CHAPITRE II
à les faire triompher toute sou influence ; il est bon , juste, convenable qu'il soit, selon ses penchants, selon ses sentiments, selon ses opinions, avec les conservateurs contre les libéraux, ou avec les libéraux contre les conservateurs. Seulement, le jour où la majorité se retire, il doit céder et appeler au pouvoir le parti qu’il a combattu au grand jour, la politique que publiquement il a déclarée mauvaise. En d’autres termes , il y a deux hommes dans le roi : le chef permanent de l’État , investi à ce titre, quoi qu’il arrive, de certaines attributions constitutionnelles; le chef de parti, soumis, comme tel, à toutes les vicissitudes, à tous les mécomptes de la vie politique ; tantôt vainqueur, tantôt vaincu; aujourd'hui appelé au pouvoir par un vote, demain renversé du pouvoir par un autre vote; également inviolable d’ailleurs, également respecté dans les deux situations.
Je ne sais si je m'abuse, mais il me semble que, pour réfuter une telle théorie, il suflïl de l’exposer. Les royautés élues ne sont sans doute point des idoles devant lesquelles les i>euples se prosternent comme ils se prosternaient jadis devant les royautés légitimes ; les royautés élues ont aussi pourtant leur dignité à faire respecter, leur inviolabilité à maintenir, leur haute position à garder. Que devient cette dignité, si on les fait descendre dans la rnéléc des partis , et si les Chambres ont à contrôler, à critiquer, à juger la politique du roi, non celle du ministère? Que devient cette inviolabilité, si toutes les attaques, toutes
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les injures dont cette politique peut être l’objet passent, comme on le disait en 1839, par-dessus la tête des ministres pour atteindre une tête auguste? Que devient cette haute position, s’il est bien avéré, bien constaté , le jour où la majorité change , que le roi lui-même est vaincu et qu’il rend son épée? Ce n’est point là, quoi qu’on en dise, élever et fortifier la couronne; c’est l’abaisser et l'affaiblir. On prétend que , selon nous , « la Charte ne serait exécu- » tée que s’il y avait hostilité entre les Chambres et » le prince, et que les ministres tinssent constam- » ment le pied sur la tête du roi » C’est précisément le contraire. Dans le système parlementaire, dans le système où le roi reste neutre et impartial entre les partis constitutionnels, les ministres ne tiennent jamais le pied sur sa tête; ils l’y tiennent quelquefois , dans le système où le roi se fait chef de parti. Lequel des deux systèmes est le plus fait pour assurer à la couronne le respect qui lui est dù?
Ce n'est pas tout, et le système que je combats, si dangereux qu’il soit pour la couronne, l’est encore plus pour l’État. Nous ne sommes plus au temps où l’on voyait, où l’on voulait voir dans les rois des êtres à part, étrangers ou supérieurs aux faiblesses humaines. Qu’on soit roi ou ministre, on a les mêmes sentiments au fond de I’àme, et l’on n’aiinc point à perdre le pouvoir quand une fois on
1 Journal det Débats, 29 avril.