‹ De la Réforme parlementaire et de la réforme électoraleChapitre 29 sur 139 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

l'a possédé. Lo jour où on le perd, on songe donc aux moyens de le recouvrer, et on fait bien, puisque la possession du pouvoir est attaché le triomphe des idées que l’on croit lionnes et justes. En conséquence, le ministre tombé devient membre de l’opposition, et continue, dans l'opposition, à défendre la politique qu'il défendait dans le ministère. Mais le roi, dont la politique a péri, dont le parti est vaincu, que fait-il? passe-t-il, comme les ministres tombés, dans l’opposition, et travaille-t-il comme eux à renverser les ministres nou\ eaux , la politique nouvelle"? Voilà dès lors l’opposition, et quelle opposition ! placée , installée au cœur même du gouvernement, au sein même du pouvoir, et délibérant avec ceux dont elle déteste les projets, dont elle médite la ruine! voilà (opposition maîtresse non-seulement de contrôler, mais de contrarier, d’entraver, d’arrêter à chaque pas la politique de la majorité! voilà l'opposition en mesure de faire échouer par l’exécution, par le détail, les projets qu elle désapprouve dans leur pensée, qu’elle condamne dans leur ensemble! u’ est-ce pas un désordre, une anarchie sans exemple? Personne assurément ne comprendrait lord Stanley ou laid George Bentinck gouvernant avec lord John Russell, M. Thiers ou M. Odilon Barrot siégeant avec M. Guizot autour de la table du conseil ; c’est pourtant à quelque chose de pire qu'on arrive, quand on trouve bon que le roi gouverne et qu’il se fasse chef de parti,

Il est d’ailleurs évident qu’entre le roi , chef de parti, et le parti dont il est le chef, il se nouera certaines intelligences, certaines relations plus ou moins secrètes, et qui auront pour but le triomphe de l’opinion commune; il est évident qu’ainsi, entre la couronne et ses conseillers légitimes, toute confiance, toute bienveillance réciproques auront bientôt disparu; il est évident qu’ils se regarderont mutuellement comme des ennemis, comme des rivaux, et qu'ils se conduiront en conséquence. L’opposition introduite dans le gouvernement, toute harmonie détruite entre les pouvoirs , telles sont les conséquences de la théorie, conséquences déplorables, absurdes, et qui ne peuvent manquer de paralyser toutes les forces de l’État.

Qu'on ne vienne pas avec une candeur hypocrite prétendre que ce sont là de vaines hypothèses, des hypothèses auxquelles un prince honnête donnera toujours un éclatant démenti. Quand on tient ce langage, on force à répondre d’abord que tous les princes ne sont pas honnêtes, ensuite que les plus honnêtes ont leurs passions, leurs préjugés, leurs affections. On s’est quelquefois appuyé , dans toute celle polémique , de l’exemple de certains rois anglais qui, dans le siècle dernier, ont eu un parti, une |>olitique, et qui ont voulu faire prédominer leur influence personnelle. A-t-on jamais vu que les Vois düht il s'agit se résignassent , quand leur parti uccombait , quand leur politique était vaincue, à

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