CHAPITRE II
déposer le pouvoir purement et simplement , et à le remettre de bonne grâce , sans arrière-pensée , entre les mains d'un autre parti, d'une autre politique? A-t-on jamais vu qu’ils n’employassent pas au profit de la politique qu’ils préféraient tout le pouvoir dont ils pouvaient disposer? A-t-on jamais vu , d’un autre côté , que le parti contre lequel ils agissaient respectât en eux la fiction légale et pliât le genou devant leur inviolabilité? S'il est un exemple qui puisse être cité, c’est celui de George III, de ce triste monarque dont la santé fut cent fois plus funeste que la maladie, et qui, pour le plaisir de gouverner, condamna pendant vingt ans son pays à tous les désordres, à tous les désastres, à toutes les humiliations.
Or, qui ne sait qu’aussitèt après la démission du ministre favori, lord Bute, il se forma sous les auspices, par les soins de la couronne, un parti qui s'intitulait « le parti des amis du roi , » et dont la mission unique était de soutenir, non les ministres contre l’opposition , mais le roi contre les ministres? Qui ne sait que , tenus en échec par ce déplorable parti , et privés, au dehors comme au dedans, de toute considération, de tout crédit , de toute force , quatre à cinq cabinets se succédèrent jusqu’au jour où un nouveau favori, lord Norlh, vint satisfaire les penchants royaux en perdant l’Amérique? Qui ne sait qu’après . avoir été un moment toléré, ce régime honteux souleva contre la cour ét contre le roi lui-même "toutes les susceptibilités, toutes les jalousies, toutes les
haines nationales? Assurément, de 1770 à 1780, on ne peut trouver en Angleterre quatre noms plus considérables que ceux de lord Chatham, du marquis de. Rockingham , du duc de Grafton, de lord Shelburne : les trois premiers qui venaient d’être premiers ministres, le dernier qui devait l’être bien têt. Veut-on savoir ce qu’ils pensaient , ce qu'ils disaient du gouvernement personnel?
En 1770, en 1771., lord Chatham se levait dans la Chambre des pairs, affaibli par la souffrance, courbé par la maladie, et déclarait « que depuis » l avénement du roi George III le pouvoir n’avait » point appartenu aux ministres responsables , mais » à une influence irresponsable, invisible, à une » influence aussi basse que perverse* — Je dois » avouer avec douleur, ajoutait-il , que j’ai été dupe » moi-méme, et que j'ai acquis, à mes propres dé- » pens, la triste conviction qu’aucune administration » indéi>endanto ne peut exister. — Si j’avais voulu » me soumettre à l’influence dont il s'agit et accepter » la responsabilité sans le pouvoir, je serais encore » ministre. »
En 1777, en 1779, en 1780, le marquis de Rockingham, comparant la gloire de l’Angleterre sous George II aux désastres, à la décadence des dernières années, n’hésitait pas à en trouver la cause « dans le système pernicieux d'influences inconsti- » tutionnelles qui déplace le pouvoir et ne laisse sub- » sister que les formes de la liberté. On a d’ailleurs