CHAPITRE II
» tort, ajoutait le marquis de Rockingham, de s’en » prendre uniquement à lord Bute; en honnête » homme, je dois dire que le même système eût » existé, quand lord Bute n'eût jamais joui de la » copfianee du roi et quand il ne serait point né. » Mais ç’a été, dès les premiers jours du règne, un » axiome de cour, que le pouvoir et 1 influence de la » couronne doiv ent suffire pour maintenir tout minis- » tère que Sa Majesté juge à propos de choisir. De là » un système de corruption , de vénalité , de despo- » tisme, dont il n'existe aucun exemple dans lesgou- » vernements limités. Pendant le peu de temps que » j'ai passé dans le ministère, je me suis efforcé de ro- » duire, de limiter le pouvoir inconstitutionnel de la » couronne. Je regrettede n’y avoir pas mieux réussi.»
A la même époque le duc de Grafton et lord Shelhurne tenaient un langage analogue, et déclaraient « que, depuis le jour où George 111 était monté sur » le trûne, un gouvernement occulte et inconstitu- « tionnel s’était emparé de l’Angleterre, et que les » ministres, quoi qu'ils pussent dire, n’avaient ni «"pouvoir ni responsabilité véritable; — s’il leur ar- » rivait malheur, disait lord Shelburne, on en se- » rait quitte pour en prendre d'autres, quicontinue- » raient avec un zèle, avec un succès égal la sale » besogne de leurs prédécesseurs. Le pays n’a rien « à espérer, tant qu'il en sera ainsi , et tant que le » parlement , au lieu d'obéir à sa conscience, obéira » à des ordres supérieurs. »
Ainsi parlaient dans la Chambre des lords les quatre hommes d'Etat les plus considérables de l’époque. De son côté, dans la Chambre des communes, Fox déchirait tous les voiles et ne laissait rien à deviner.
«Ce n’est point, disait Fox en 1779, un vain » bruit «les rues que le roi est son propre ministre ; » c'est une fatale vérité , une vérité connue de tous. » Je sais que le premier ministre l'a niée, mais ses » subordonnés, ses familiers la proclament avec com- » plaisance. Or, il n’est point de doctrine plus dan- » gerouse, plus inconstitutionnelle, puisqu'elle tend » à décharger les ministres de leur responsabilité » pour la faire peser sur une personne inviolable. » Elle a pourtant un avantage, celui de rappeler aux >• rois que si , conformément aux principes de notre » gouvernement, les malheurs d'un règne doivent » être imputés aux mauvais conseils des ministres , » il peut arriver, il arrive, quand ces malheurs dé- » passent une certaine mesure, que les ministres » sont oubliés et que le prince seul est puni. Les » Stuarls aussi avaient de détestables ministres ; ce » qui ne les a pas empêchés d'être punis, l’un par » la perte de la vie, l'autre par la perte de la cou- » ronne. »
Peu de jours après, lord Shelburne répétait l'accusation de Fox, et déplorait que la couronne, au lieu de laisser gouverner ses ministres, voulût gouverner elle-même. « La couronne, disait-il, doit toujours
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