‹ De la Réforme parlementaire et de la réforme électoraleChapitre 32 sur 139 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

» être dirigée par ses ministres responsables. C’est » là-dessus qu’est fondée la maxime que le roi ne » peut mal faire. Celte maxime deviendrait scanda- » leuse et blasphématoire si le roi se dirigeait par » son propre jugement. Malheur au monarque qui » l’oublierait et qui exercerait personnellement les » pouvoirs actifs que la constitution confie à ses mi- » nistres ! »

Quand, au sein môme du parlement, les influences secrètes étaient dénoncées, attaquées avec cette audace, on peut juger si la presse restait muette. Demander au roi qui a un parti de l'abandonner le jour où il tombe, demander au parti qui a le roi pour ennemi de respecter en lui l’inviolabilité royale, c'est, il faut le dire , demander à la nature humaine plus qu'elle ne peut donner. Qu'on ne s'abuse donc pas: quand une fois il sera bien établi que le roi a un parti et une politique, rien n’empôchera que le parti et la politique contraires ne s’en prennent à lui de leurs revers, de leurs désappointements, môme de leurs fautes ; rien n'empôchera que dans les actes les plus simples, quelquefois les plus légitimes, ils ne soupçonnent, ils ne dénoncent une odieuse trahison. Quand la couronne gouverne, quand elle agit, elle répond inévitablement de l’adversité comme de la prospérité, des revers comme des succès, de la honte comme de la gloire, du mauvais gouvernement comme du bon. C’est ce qui est arrivé , constamment arrivé en Angleterre, quand il a plu à la couronne de

se mêler personnellement aux querelles des partis. Ceux qui paraissent en douter ne savent pas un mot de l’histoire d’Angleterre , ou ne disent pas ce qu'ils savent 1 .

Il ne faut d’ailleurs pas s'y méprendre : les choses ne sont plus ce qu’elles étaient en 1770, et un roi anglais qui voudrait aujourd’hui imiter George III en trouverait difficilement le moyen. En Angleterre la saine intelligence et la longue pratique du gouvernement représentatif ont établi , dans les rapports de la couronne avec les ministres , des règles sages , des règles salutaires et qui prêtent force aux principes. Le jour où un cabinet tombe, la couronne discerne au sein du parlement et appelle auprès d’elle l’homme qui lui est désigné par l'opinion publique, et qui lui parait le plus propre à rallier la majorité nouvelle. C’est cet homme qui, investi de fonctions quasi royales, choisit ses collègues , arrête avec eux son programme et distribue comme il lui plaît les emplois inférieurs. C’est cet homme qui, premier ministre de fait comme de droit , gouverne ensuite d’accord avec les autres ministres, sans que personne en dehors du parlement le gêne ou le contrarie. Une fois constitué, le conseil d’ailleurs se réunit, discute, délibère hors de la présence de la couronne, qui peut approuver ou rejeter ses délibérations , non les modifier. La couronne ainsi conserve son veto sur les

1 Appendice C.

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