CHAPITRE II
grandes résolutions, non sur les résolutions secondaires; sur les questions d'État, non sur les mesures qui touchent à l'exécution. Il n’arrive donc jamais, il ne peut point arriver, soit à l’intérieur, soit à l'extérieur, que la pensée royale et la pensée ministérielle soient en contradiction ostensible et se neutralisent. Il ne peut point arriver qu’au dehors les conversations et les dépêches officielles se trouvent démenties ou affaiblies par d’autres dépêches et par d’autres conversations. Il ne peut point arriver qu'au dedans l’administration reste ballottée et flottante entre deux maîtres, l’un immuable, l’autre passager. En Angleterre, l'initiative même n'appartient pas au pouvoir royal, et, quand les ministres l'exercent, c’est en leur propre nom , comme membres du parlement, non comme délégués de la couronne. Tout ce que peut faire la couronne , c’est donc de laisser percer la malveillance qu elle porte à ses ministres ; c’est de permettre que dans le parlement et dans le pays on exploite cette malveillance.
Dans un tel pays, avec de telles habitudes, il importerait assez peu que la couronne eût sa politique et son parti. Et pourtant, je le répète, quand cela arrive, cela est considéré par tout le monde comme une infraction déplorable aux vrais principes de la constitution , comme un danger sérieux pour le gouvernement représentatif.
Que l’on retourne la question comme on le voudra , il faut toujours en revenir au point de départ.
Dans l'hypothèse du roi qui gouverne, il est inévitable que la politique royale, le ministère royal, le parti royal succombe quelquefois dans la Chambre et dans le pays. Alors si la terrible ressource des coups d'Élat est écartée, on aboutit au dilemme que voici : ou bien le roi dont la politique a succombé, dont le parti a été vaincu, dont le ministère est en minorité, se résignera franchement à devenir l'instrument d’une politique qui n'est pas la sienne, le soutien d'un parti qu’il blême, le président d'un ministère qu’il regarde comme ennemi; ou bien, conséquent avec lui-même, fidèle à ses opinions et à son parti, il transportera l’opposition au sein même du pouvoir, et détruira dans le gouvernement toute unité, toute énergie, toute vitalité. Dans le premier cas, c'est faire à la royauté une position qu'aucun ministre, aucun député ne voudraient accepter ou subir. Dans le second, c’est condamner l'État, toutes les fois que l’avis du roi n’est pas celui de la Chambre élective, à la plus faible, à la plus irrésolue, à la plus contradictoire des politiques. C’est, dans un cas comme dans l’autre, compromettre gravement l'irresponsabilité royale, et exposer la personne même du roi à tous les ressentiments , à toutes les lutines de l’esprit de parti.
Est-il vrai maintenant que le système parlementaire soit à son tour plein de contradictions, plein d’impossibilités? S’il en était ainsi, il faudrait reconnaître que les partis extrêmes ont raison et que la monarchie constitutionnelle est impossible. Mais il