CHAPITRE II
été satisfaite , et, pendant quatre années, a travaillé à la détruire. Il y aurait quelque danger à faire croire que la monarchie a aujourd'hui, bien que dans un sens contraire, le même deasein que la république.
Faut-il maintenant réfuter les tristes sophismes dont un des chefs de la coalition s'est fait l’éditeur responsable dans la dernière session? Selon M. Guizot, en 1846, c’est faire preuve d’un orgueil frivole que de s'interposer entre la couronne et le pays, que de revendiquer hautement l'indépendance de ses opinions. Un roi qui a sa politique propre, une Chambre qui a la sienne, et, pour les mettre d’accord, des ministres, simples intermédiaires, choisis par l’un, acceptés par l'autre, et qui s'effacent le plus possible, voilà le gouvernement représentatif tel que M. Guizot le comprend en 1846, tel du moins qu'il consent à le définir. Et, quand on lui dit qu’avec de telles idées, avec une telle théorie, il est étrange qu'il ait fait partie de la coalition; quand on lui rappelle les opinions, si parlementaires selon les uns, si factieuses selon les autres, qu'il professait alors, et qui le faisaient mettre au ban de la monarchie, non moins que MM. Thiers et Barrot, saif-on comment il s'en tire? « Il est, répond-il, parfaitement constitutionnel, parfaitement légitime de dire aux ministres qu’ils sont coupables de laisser prendre à la couronne une influence excessive dans le gouvernement. Il n'est ni légitime ni constitutionnel
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de dire que la couronne prend une influence excessive. » Et, après cette sublime distinction , M. Guizot s'écrie : « Entre ces deux manières de parler il y a » un abline, et c’est cet abîme qu'il n'est permis A » personne de franchir »
Qu’entre le tribun de 1 839 et le courtisan de 1 8IG M. Guizot ait quelque peine à rétablir la lionne harmonie, cela se comprend et s'excuse; mais, jusqu'à ce jour du moins, il avait habitué ses adversaires comme ses amis à prendre ses paroles au sérieux.
Dans ces derniers temps, au reste, M. Guizot a pu voir s il est aisé de laisser passer le bien sans le mal, l’éloge sans le blâme, et si un roi qui gouverne est réellement couvert par un ministre qui s'ellace. Il y a six mois, on trouvait lion, juste, constitutionnel, que dans un pays voisin on fit remonter jusqu’à la personne du roi tout le mérite, tout l'honneur, foute la gloire d’une certaine politique, et qu'à ce titre la presse entière retentît de ses louanges; on trouve aujourd'hui mauvais, injuste, inconstitutionnel , que dans le même pays on fasse peser sur la même personne tous les torts d’une autre politique , et qu’aucun outrage ne lui soitépargné. Ce n’est pas, en vérité, faire preuve de beaucoup de bon sens et de perspicacité. Il en coûte peu d écrire dans un livre ou dans un journal que le roi gouvernera , mais que ceux à qui le gouvernement royal pourrait dé-
•' Moniteur (tu 29 mai 18(6.