CHAPITRE II
plaire seront censés n'en rien savoir; il en coûte peu de dire à la tribune que le bien remontera toujours à la couronne, jamais le mal, de telle sorte que le même acte, au même moment, sera l’œuvre du roi pour ceux qui en seront satisfaits, l’œuvre du ministère pour ceux qui en seront mécontents; il en coûte peu d'introduire ainsi dans la fiction constitutionnelle une seconde fiction , et d’exiger qu'on la respecte. Ce sont là des subtilités dont se rit , dont se joue l’opinion publique. Qu'au lieu de s’étonner, de s’indigner, de se lamenter, on reconnaisse donc qu'on avait tort il y a six mois, et que l'opposition avait raison. Qu’on reconnaisse que l’éloge conduit au blâme, et qu’il est puéril de vouloir échapper à l'un quand on a recherché l'autre; qu’on reconnaisse, en un mot, que la responsabilité ne se divise pas, et qu’en dépit de toutes les conventions, de toutes les fictions légales, elle est, pour le mal comme pour le bien, inséparable de faction.
Je crois avoir nettement établi qu'un roi constitutionnel ne peut être chef de parti sans que la dignitéde la couronne en souffre, sans que les intérêts de l’État en soient gravement compromis. Je crois avoir établi qu'entre les deux positions il y a incompatibilité radicale, et que la théorie du roi qui gouverne, malgré l'amendement qu elle a subi, n'est pas plus soutenable en 1846 qu'elle nelctaiten 1830. Je vais maintenant plus loin, et je dis qu’elle l'est moins. En 1 830, on voulait que le roi gouvernât ; mais on vou-
lait en mémo temps que la Chambre des députés ne pût pas lui im|)Oser, aux yeux de tous, des ministres qui lui déplussent, une politique qui no fût pas la sienne. Si rela était mauvais, cela du moins était logique. Ce qui est mauvais et très-peu logique, c’est de vouloir que le roi gouverne, sans lui laisser le dernier mot et l’influence principale.
On est ainsi conduit à se demander si, entre les deux systèmes, celui de 1830 et celui de 18ifi, il y a au fond beaucoup de différence, et s'il ne s'agirait pas seulement d'arriver au même but par un autre chemin. « Réduire le roi, en France, au rôle des » rois anglais, disait M. Courvoisier, en 1817, c’est » le réduire à user de force ou d 'adresse pour recou- » vrer ses justes prérogatives. »
« 11 est des gouvernements, disait M. Guizot en » 1820, qui s’efforcent de suppléer à la force par » l’astuce et de corrompre les institutions qu'ils sont » contraints de subir. » L’histoire, en effet, est là pour prouver que, dans les pays où le gouvernement représentatif existe, il y a toujours eu deux manières de faire prévaloir, la volonté de la couronne sur la volonté nationale , et que ces deux manières ont été successivement employées : on peut supprimer brutalement l’obstacle qui gène, ou le tourner avec adresse; on peut briser par la force le corps qui résiste, ou l'assouplir par la ruse. En 1824, un des ministres actuels, M. de Salvandy, savait et pensait cela , quand , dans un pamphlet incisif, il accusait