CHAPITRE II
M. de Yillèle de vouloir dépraver la France pour mieux l'asservir.
« On se récrie, disait-il *, sur le maintien des for- » mes constitutionnelles. Vous ne les avez pas dé- » truites, en effet, vous avez fait quelque chose de » pis. Vous avez imité ces juifs d'un siècle barbare, » qui % dans leur haine contre la population chré- » tienne, imaginaient de la perdre au moyen des » fontaines publiques. Ne pouvant les tarir et n'osant » les abattre, ils avaient pris le parti de les empoi- » sonner. » N'en déplaise à 31. de Salvandy, les fontaines ne sont pas aujourd'hui plus pures qu'en 1 82 i, les juifs ne sont pas meilleurs, et, pendant ces vingt années, l’art des empoisonnements a fait des progrès inattendus.
S'il en est ainsi, la théorie de 1 8 i6 cesse d’élrc inconséquente, et se rapproche beaucoup de la théorie de 1830. II reste entre elles celte seule différence que l'une aboutit fatalement à la violence, l'autre non moins fatalement à la corruption. La corruption alors n'est plus un simple accident, mais la conséquence nécessaire, logique de toute une théorie. Celte théorie donnée, le raisonnement peut l'en faire sortir avec certitude, comme de la théorie royaliste de 1 830 il pouvait faire sortir les coups d'Ktat.
Je touche ici au vif de la question. Si le système du roi qui gouverne n'avait d'inconvénients et de dan-
1 Le Ministère cl la France, 1824.
gers que le jour où la politique royale est condamnée par la Chambre, on pourrait dire que le débat est peu opportun et qu'il convient de l’ajourner. Si, d'un autre côté, la corruption tenait uniquement à quelques circonstances passagères, telles que le caractère ou les penchants de tels ou tels ministres, on pourrait dire que le mal cessera avec ces ministres. Si , au contraire, entre le système du roi qui gouverne et la corruption politique il y a un lien étroit et nécessaire; si, dans ce système, la corruption est le seul moyen d'échapper soit aux humiliations qui suivent la défaite, soit aux périls qui environnent les coups d’État , alors la question s’élargit, s'agrandit, et devient aussi pressante que sérieuse. Encore une fois , quand on veut faire prévaloir l’cs>prit et la pensée des monarchies absolues, tout en respectant les formes et les apparences des monarchies constitutionnelles, la corruption devient une nécessité. Cest là sans doute ce qui la. rend, pour certains publicistes comme pour certains hommes d État, si respectable et si sainte. C'est ce qui fait qu’on la pare des habits les plus splendides, qu’on la décore des noms les plus honorables. C’est ce qui fait qu’ainsi déguisée et ennoblie on la présente à l'admiration du monde, comme la compagne naturelle des institutions libres et comme un contre-poids obligé.
« Il y a, disait M. Burke en 1770, peu d'hommes » d'Etat assez maladroits, assez fous j>our aller se