CHAPITRE II
» briser exactement contre l'écueil qui a été fatal à » leurs devanciers. Chaque temps d'ailleurs a ses » mœurs, ses habitudes, sa politique, et l'on s’y » prend autrement pour détruire une constitution » toute formée et venue à maturité que pour l’é- » touiïer dans son berceau. » Cela est vrai , et M. Guizot le comprenait en 1839, quand, dans la commission dont nous faisions partie l'un et l autre, il insistait pour qu’une phrase formelle de l'adresse vint flétrir les influences illégitimes, corruptrices sur lesquelles, selon lui, M. Molé appuyait sa politique et sa majorité. Aujourd'hui M. Guizot feint de ne plus le comprendre, et, du haut de sa chaire politique, il veut bien nous apprendre que ce sont là des misères auxquelles les petits esprits seuls peuvent attacher quelque importance. Faut-il rappeler à M. Guizot qu'à la tète de ces petits esprits se trouve Montesquieu , et après lui une foule d hommes d'Élat éminents? Faut-il lui rappeler que dans tous les temps, dans tous les pays, ces misères ont été signalées comme la grande plaie, comme le grand péril des gouvernements où l'élection intervient?
En Angleterre, au reste, les choses ont à peu près suivi la même marche. Jusqu'au règne de Charles II, fière et forte de sa prérogative, la couronne ne songeait point à corrompre. Elle intimidait, elle commandait, au risque de rencontrer une énergique résistance. Charles II , dont le tempérament s’accommodait mal des luttes violentes, changea tout cela,
du gouvernement représentatif. 73
et deux de ses ministres, Clifford d’abord, puis Danby, se chargèrent de conduire la Chambre des communes par des moyens moins dangereux. Ces moyens ayant peu réussi , Jacques II les dédaigna et en revint à ceux qui avaient fait monter son père sur l’échafaud. S’il n’y perdit pas la vie, on- sait qu’il y perdit la couronne, et que, vaincue avec lui , la prérogative royale laissa sur le champ de bataille ses attributions principales. Il eût été insensé de vouloir les lui rendre au lendemain de la Révolution de 1688, d’une révolution qui avait eu précisément pour but de placer la volonté nationale audessus de toutes les volontés personnelles. Mais, le système de Jacques II écarté, il restait celui de Charles II, qui, sans exposer aux mêmes dangers, pouvait conduire au même but. Ce système fut donc repris, étendu, perfectionné, et, pendant un siècle, presque constamment pratiqué. C’était ce qu’on appelait gouverner par l’influence au lieu de gouverner par la prérogative. Il 11e manquait pas d’ailleurs de ministres ou de ministériels pour soutenir, pour démontrer que rien n'était plus légitime et plus nécessaire. « De quoi vous plaignez-vous? répondaient-ils à l’opposition ; est-ce qu’il u’y a pas une Chambre, élue aux époques et par les électeurs (pie la loi détermine? est-ce que dans cette Chambre nous n'avons pas la majorité, une majorité considérable et qui va toujours augmentant? est-ce que dix fois, vingt fois nous n’avons pas dit que nous cécle-