CHAPITRE II
rions la place à d’autres, le jour où cette majorité nous échapperait? C'est là le régime constitutionnel véritable, celui que nos pères ont voulu en 1640, en 1688. N'est-il pas en outre fort naturel que dans la distribution des places, des pensions, des faveurs, les ministres préfèrent leurs amis à leurs ennemis? n'est-il pas juste que la couronne trouve dans cette distribution une compensation telle quelle des privilèges qu'elle a perdus? Ce n'est point là de la corruption, c’est de l'influence, une influence sans laquelle la monarchie ne pourrait pas subsister. »
Je ne fais certes point aux ministres qui tenaient ce langage, à Walpole notamment, l’injure de les comparer à ceux qui les imitent aujourd'hui. Walpole n'aimait pas moins qu’eux le pouvoir, et, pour le conserver, rien non plus ne lui coûtait. Comme eux il était donc toujours prêt soit à sacrifier les mesures qui lui paraissaient les meilleures, soit à adopter celles qui lui paraissaient les plus fâcheuses; comme eux, il prenait le moyen pour le but, et croyait ou feignait de croire qu’un Parlement assouvi constitue le gouvernement parlementaire. Mais Walpole, a beaucoup d’égards, était un homme d’Ktal supérieur, et qui comprenait bien les grands intérêts de son pays. Cela n’empêche pas, malgré quelques tentatives tardives de réhabilitation, que le nom de Walpole n’éveille aujourd’hui encore dans tous les esprits l'idée d’une société pervertie et d'un
DU GOUVERNEMENT REPRÉSENTATIF.. 7o
gouvernement fondé uniquement sur la corruption politique*.
Si maintenant, pour mettre l’amour-propre national de son côté, on veut prétendre que tout cela est l)on en Angleterre, pays de corruption électorale et parlementaire, mais qu'en France rien de semblable ne saurait avoir lieu, je demande qu’on s’explique. 11 est, tout le monde le sait, deux sortes de corruptions: l’une privée, qui s’exerce aux dépens du corrupteur; l’autre publique, dont I État fait les frais. Or, il est très-vrai qu’en France les candidats ne sont pas assez' riches pour que la première de ces corruptions y soit aussi habituelle , aussi eiiicace qu’en Angleterre. Elle est d’ailleurs de celles que tous les partis flétrissent volontiers, parce que tous la redoutent; de celles que le gouvernement ne protège pas, parce qu’il y voit une concurrence. On est donc plein de rigueur pour ceux qui payent de leur propre bourse les votes qu’ils achètent; mais on est plein d indulgence pour ceux qui les font payer par l’État, sous forme de .places ou de faveurs. Or , des deux corruptions, je maintiens que la seconde est, à tous égards, la plus immorale, la plus étendue, la plus dangereuse. Je maintiens en outre que, pour envahir, pour inonder le pays, elle a en France une foule d issues qui lui manquent en Angleterre. Il sullit, pour s'en convaincre, d’un coup d’œil jeté sur les institutions des deux |>euples et sur les forces des deux gouvernements.
>• Appendice I).