CHAPITRE III
représentatif est fort différente, et c’est dans un tout autre milieu qu'il se trouve placé. Après les erreurs, après les violences de la Révolution, quand l’ordre politique tout entier était à refaire, un homme de génie apparut, qui, en peu de mois, et presque d'un seul jet, créa une machine régulière, puissante, admirable, mais qui certes n'était pas destinée à avoir la liberté pour moteur. C'est pourtant de cette machine, inventée pour le despotisme, que la liberté, depuis 1814, est condamnée à se servir. On a bien, à des époques diverses, et notamment en 1831 , essayé de la modifier dans quelques-unes de ses parties et de l'approprier à sa destination nouvelle. En réalité, elle est restée la même, et, en 1846 comme en 181 4, notre gouvernement se compose d’un corps et d’une tète qui n’ont point été créés l’un |>our l’autre, et dont, chaque jour, à chaque minute, les fonctions se contrarient. La conséquence, c'est qu'à l’inverse de l’Angleterre, notre gouvernement cache, sous une régularité apparente, une irrégularité réelle. Comment comprendre, en effet, que des institutions dont l’origine est si différente, dont le princi|>e est si coittradictoire puissent, par cela seul qu'on les juxtapose, perdre leur caractère propre et vivre en bon accord? Comment comprendre que les pensées si divergentes d’où elles procèdent se transforment au moment où elles se rencontrent, et se confondent tout à coup dans une seule (lenséc? Comment comprendre, en un mot, que d’une union aussi arbi-
DE LA CENTRALISATION
traire, aussi artificielle il ne résulte pas quelque chose de bâtard et d’incomplet?
La condition essentielle du gouvernement représentatif, personne ne le nie, c’est que la Chambre élective soit indépendante, c’est que les élections soient libres et pures. La condition essentielle de la monarchie administrative, tout le monde en convient, c'est que les pouvoirs immenses dont l’autorité centrale est investie soient appliqués par elle avec justice, avec discernement; c'est que les faveurs innombrables dont elle dispose se répartissent, se distribuent avec équité et dans le seul intérêt d’une bonne administration. Mais en même temps le gouvernement représentatif subordonne l’existence des ministres au vote des députés, l’existence des députés au vote des électeurs. La monarchie administrative, d’un autre cèté, met chaque jour les députés, comme les électeurs, dans l'obligation de frapper à la jiorte des ministres, pour obtenir d’eux non-soulen^ent faveur, mais justice. N’y a-t-il pas, dans ce double besoin, dans cette double dépendance, une double tentation qui tend à altérer profondément les conditions du gouvernement représentatif comme celles de la monarchie administrative? Ne peut-il pas, no doit-il pas arriver que, d’une part, les électeurs et les députés pèsent par leur vote sur les ministres, que, de l’autre, les ministres pèsent, par tontes les forces de l'administration, sur les électeurs et sur les députés? N’est-il pas à craindre enfin que