CHAPITRE III
celle action , cette pression réciproque ne pervertisse Injustice administrative, en même temps qu'elle détruit l'indépendance parlementaire et la pureté électorale?
Qu’on vienne dire maintenant que la corruption, cette lèpre des gouvernements libres, ne saurait se propager et s’étendre en France comme en Angleterre! Est-ce que les ministres anglais ont dans leurs poches quelques milliers de places à donner comme il leur plaît? Est-ce que ce sont eux qui font les routes, qui construisent les ponts, qui relèvent les églises? Est-ce qu’on a besoin de leur permission pour défricher son bois, pour rebâtir sa maison, pour réparer sa fabrique? Est-ce qu’ils distribuent à qui bon leur semble des décorations, des tableaux et des bourses? Est-ce que leur patronage embrasse tous lçs besoins, tous les intérêts, toutes les carrières, depuis le premier jusqu'au dernier degré de l'échelle? Auprès de tels moyens d'influence les richesses de l'aristocratie anglaise sont peu de chose, et celles du ministère anglais ne sont rien. On a fait grand bruit, dans le dernier siècle, des pensions secrètes dontWalpole, pour se créer une honnête majorité, tirait si bon parti. Qu'on donne à Walpole la centralisation française, et nul doute que sa vertu ne répudie facilement 1 inutile ressource des pensions.
Le gouvernement représentatif, c'est le pays qui se gouverne lui-même, non pas directement, mais par des représentants qu'il choisit. La monarchie admi-
DE LA CENTRALISATION
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nistrativo, c'est le pays qni est gouverné despotiquement , mais avec équité et selon des formes régulières. Quant au gouvernement mi -parti de l'un et de l'autre, il se pourrait que chacun des deux lui eût transmis ses inconvénients sans ses avantages ; il se pourrait qu'il manquât d'équité comme de liberté, de régularité comme de vie; il se pourrait, en un mot, que la corruption, une corruption savante, organisée, systématique, le possédât tout entier, et qu'il devint ainsi le pire des gouvernements.
On aurait d'ailleurs tort de croire que le vice, le danger dont il s’agit ait échappé à la pénétration politique de nos devanciers. Sans parler des écrivains royalistes, qui, au début de la Restauration, attaquaient la centralisation impériale par haine de lEmpire, il se trouva, vers 1817, des hommes vraiment libéraux, vraiment patriotes, qui mirent en doute la possibilité de faire vivre et prospérer ensemble des institutions si opposées. En 1820, dans son livre sur le gouvernement de la France, M. Guizot, membre alors d'une vive opposition , traita la question avec sa sagacité ordinaire : « En Angleterre » et en Amérique, dit-il , l'arbre est sorti de ses ra- >i cines, l'édifice s'est élevé sur d’anciens fonde- » monts. Pour nous, au contraire, le gouvernement » représentatif est arrivé d'en haut. Il s'est superposé » sur un pays qui l'implorait et ne l’avait pas créé. «Aussi en avons-nous reçu les grands linéaments, « les formes principales, avant d'en posséder les élé-