‹ De la Réforme parlementaire et de la réforme électoraleChapitre 43 sur 139 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Si

» menls les plus primitifs, les plus inaperçus

» Faut-il s’étonner que chaque année nous apporte » la révélation de quelque lacune et la demande de » quelque effort? Déjà le besoin de certaines amélio- » rations s’est fait avouer. Le temps nous indiquera » encore dans nos institutions bien des vides à rem- » plir, des changements à opérer, des impossibilités » à faire disparaître. » — « Le pouvoir, disait-il ail- » leurs', a hérité d'une machine dans laquelle au- » cune issue n'a été réservée à lopposition , où tout » émane du gouvernement et revient à lui. Il nomme » seul tous ses fonctionnaires publics , régit seul » toutes les affaires publiques, les plus petites comme » les plus grandes , les plus obscures comme les plus » apparentes. Si, dans la région où il s'exerce et qui » embrasse tout , une volonté autre que la sienne se » manifeste, il la brise comme il lui plaît. Si quelque » question oii il soit engagé se présente, il la décide » comme il lui convient. Nulle part, si ce n'est à la v Chambre des députés, l’opposition ne se place sur » son chemin. Nulle part ailleurs une force indépen- » dante n’est admise à concourir à son action, à lui » disputer ce qu’il veut. Est-ce là l’état naturel d’un » peuple libre, la condition du gouvernement repré- » sentatif? Je ne le pense pas. »

«De la société en poussière, disait M. Royer- » Collard, en 1822, est sortie la centralisation. 11 ne

1 Des moyens fie gnwrrnemenl el d’opposition.

DE LA CENTRALISATION. 83

» faut pas chercher ailleurs son origine. La cenlrali- » sation n’est pas arrivée, comme tant d'autres doc- » trines non moins pernicieuses, le front levé, avec » l'autorité d’un principe : elle a pénétré modeste- » ment, comme une conséquence, une nécessité. En » effet, là où il n’y a que des individus, les affaires » qui ne sont pas les leurs sont des affaires publiques, » les affaires de l'État. Là oii il n'y a point de ma- » gistrats indépendants, il n’y a que des délégués » du pouvoir. C’est aiusi que nous sommes devenus » un peuple d’administrés, sous la main de fonction- » naires irresponsables, centralisés eux-mémes dans » le pouvoir dont ils sont les ministres... La société, » si riche autrefois de magistratures populaires, n'en » a plus une seule. Elle est centralisée. Son admi- » nistration tout entière a passé dans le gouverne- » ment. Pas un détail ne lui a échappé. Ce sont les » délégués de la souveraineté qui nettoient nos rues » et qui allument nos réverbères. »

En 1824, M. Royer-Collard alla plus loin. Alors, comme aujourd'hui, on était au lendemain d une élection dont la corruption avait faussé les résultats, et qui livrait la France à un ministère, à une politique que la France repoussait. Cette situation frappa M. Royer-Collard, et, dans la discussion sur la septennalité, il prononça un discours que je voudrais reproduire tout entier.

« Pour que le gouvernement représentatif existe, » dit M. Royer - Collard dans ce discours mémo-

Page 1