‹ De la Réforme parlementaire et de la réforme électoraleChapitre 44 sur 139 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

* râble il ne suffit pas de la présence d'une chara- » bre, ni delà solennité de ses débats et de la régu- » larité de ses délibérations, ni de la loyauté, des » lumières, du patriotisme des hommes qui la com- » posent ; et la véritable élite de la France , discer- » née par un choix surnaturel et rassemblée dans » cette enceinte, ne réaliserait pas encore le gouver- » nement représentatif , si elle n'était pas envoyée » par la nation. Or, malgré la volonté déclarée de » la Charte, nous avons vu, d'année en année, d’é- » preuve en épreuve, l'élection de la Chambre passer » légalement , en quelque sorte, delà nation au pou- » voir. C’est ici surtout que j’accuse les choses plus » que les hommes; un si étonnant résultat est au- » dessus de toute perversité comme de toute habi- » leté. Il a sa raison dans la société, telle que la révo- » lution l’a faite, dans le pouvoir, tel que l'Empire, » héritier de la révolution , l’a constitué. »

Après avoir énuméré, examiné toutes les res-, sources dont l’administration dispose, soit pour introduire sur les listes de faux électeurs, soit pour en éliminer les électeurs véritables, M. Royer-Collard ajoutait :

« Le ministère a formé les collèges. Qui volera » dans ces collèges? Tous les électeurs admis, sans n doute. Non ; ce sera, pour un très-grand nombre,

» le ministère. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est lui ,

1 Séance du 3 juin 1824.

DE LA CENTRALISATION. h:»

» c'est sa prétention publique, officielle, raisonnée. » Le ministère vote par l'universalité des emplois et » des salaires que le gouvernement distribue, et qui, » tous ou presque tous, directement ou indirectc- » ment , sont le prix de la docilité prouvée ; il vole » par l'universalité des affaires et des intérêts que la » centralité lui soumet ; il vote par tous les établissc- » ments religieux , civils, militaires, scientiliques » que les localités ont à perdre ou qu elles sollici- » lent; il vole par les ponts, les roules, les canaux , » les Hôtels-de-Yille , etc. : car les besoins publics » satisfaits sont des bienfaits de l'administration, et, » pour les obtenir, les peuples, nouveaux courtisans, » doivent plaire. En un mot, le ministère vole de » tout le poids du gouvernement, qu’il fait peser en » entier sur chaque département, chaque commune, » chaque profession , chaque particulier....

» Le mal est grand, messieurs, il est si grand que » notre raison bornée peut à peine le comprendre, et » qu'elle est hors d'état d’en apercevoir toutes les » conséquences , qui cependant, par la force invin- » cible des choses , se font jour , s’amassent, et déjà » nous accablent. Le gouvernement représentatif n’a » pas été seulement subverti par le gouvernement » impérial : il a été perverti, il agit contre sa nature. » Au lieu de nous élever, il nous abaisse; au lieu » d’exciter l’énergie commune, il relègue tristement » chacun au fond de sa faiblesse individuelle; au » lieu de nourrir le sentiment de l’honneur, qui est

Page 1