‹ De la Réforme parlementaire et de la réforme électoraleChapitre 45 sur 139 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

» notre esprit public et la dignité de notre nation , » il l'étouffe, il le proscrit , il nous punit de ne savoir » pas renoncer à notre estime et à celle des autres. » Vos pères , messieurs, n ont pas connu cette pro- » fonde humiliation. Ils n’ont pas vu la corruption » placée dans le droit public et donnée en spectacle » à la jeunesse étonnée, comme la leçon de l'âge » mâr. »

Je le demande aux hommes sincères de toutes les opinions : y a-t-il dans cet admirable morceau une ligne , une seule ligne qui dût être aujourd'hui retranchée?

Je sais d’ailleurs ce qu’on peut dire. C'est en 182i que M. Royer-Collard déclarait le gouvernement représentatif abaissé et corrompu. Trois ans apres, le gouvernement représentatif se relevait, se purifiait , et le corps électoral , le même corps électoral qui , en !82i, avait envoyé la chambre des trois cents, nommait une chambre toute différente , celle qui fit la glorieuse adresse de 1830. Cela est vrai, et je reconnais qu’à la fin de la Restauration, comme au début du gouvernement actuel , on a pu croire que la maladie s’était arrêtée -et que le progrès des moeurs suffirait , sinon pour la guérir tout à fait, du moins pour la rendre peu dangereuse. La cause en est toute simple : à la fin de la Restauration comme au début du gouvernement actuel , la France était en état de crise violente. L'ancien régime triompherait-il de la France nouvelle, ou serait-il vaincu par

DE LA CENTRALISATION

elle? La monarchie élue , la monarchie constitutionnelle remporterait-elle, d’une part, sur la monarchie légitime, de l’autre, sur la république? Voilà les questions qui se débattaient dans les Chambres, dans les collèges électoraux , dans la presse , dans la rue ; questions brûlantes, révolutionnaires, et qui mettaient en présence toutes les passions et tous les intérêts. Or, dans de tels moments, les petits calculs , les petits moyens disparaissent devant la grandeur des événements, et les âmes les plus faibles se retrempent. Mais les constitutions ne sont pas faites pour les temps de révolution et de guerre civile; elles sont faites pour les temps ordinaires, pour les temps où les passions s'apaisent , oii les intérêts se rassurent, où les questions se rapetissent. Si alors elles fonctionnent mal, c’est qu’il est en elles un vice caché, un vice auquel il importe de porter remède.

De 1827 à 183b, la France était un champ de bataille où le bruit des armes couvrait la voix de la corruption , où l’ardeur et l'importance de la lutte élevaient à des pensées plus hautes, à des sentiments plus généreux les esprits et les cœurs. De 1835 à 1 840 , la lutte cessa , le calme se rétablit , et la maladie reprit son cours. Néanmoins, pour que la question se présentât au pays dans toute sou étendue , avec toute sa gravité , une épreuve restait à faire : celle d une longue administration qui, au milieu de l’apaisement des passions politiques, entreprit de séduire la Chambre élective et le corps électoral, et

Page 1