‹ De la Réforme parlementaire et de la réforme électoraleChapitre 46 sur 139 · CHAPITRE MI · texte numérisé non relu

CHAPITRE MI

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consacrât systématiquement à cette œuvre déplorable tous les pouvoirs, toutes les forces, toutes les ressources que la monarchie administrative lui co'hfie; d’une administration qui, non pas quelques jours , mais plusieurs années de suite, mit an service de sa conservation personnelle la centralisation impériale tout entière; d’une administration, en un mol, qui, sans scrupule et sans mesure, livrât à ses amis, à ses clients parlementaires ou électoraux les finances, l'administration, l’armée, la justice elle-même. Aujourd’hui l’épreuve est faite, et, certes, elle est assez concluante.

Pendant quatre ans, u’a-t-il pas existé dans chaque arrondissement un protecteur officiel, avoué do tous les intérêts locaux ou privés , un intermédiaire obligé entre les besoins des populations et la justice ou la faveur ministérielle? Pendant quatre ans, a-ton vu un emploi donné, un secours distribué, une décoration obtenue, une église réparée, une route construite ou redressée, un défrichement autorisé, une bourse accordée, sans l’aveu, sans l’appui ostensible ou secret do cet intermédiaire? Pendant quatre ans, en un mot, est-il un acte de justice ou d humanité qui n’ait été misérablement subordonné à l'intérêt politique? Quand une place est vacante , croyezvous qu’on s’inquiète de savoir quel est, pour la remplir, le plus capable et le plus digne? Quand une affaire est instruite, vous imaginez-vous (pion recherche de quel côté est le bon droit ou l’intérêt pu-

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blîc? Par qui sont recommandés les divers candidats? Qui prend intérêt à l'affaire? Voilà la grande question; puis on suppute combien de votes parlementaires ou électoraux pourra donner telle ou telle décision. Et ces indignes calculs ne s’arrêtent pas même au seuil de la justice : ce u’était point assez d’avoir fait des grades militaires et du signe de l'honneur une monnaie politique; il fallait qu’on allât plus loin , et qu’on vtt le plus saint des droits, le droit de grâce, prostitué au désir de capter quelques suffrages ! Il fallait que, sur plusieurs points de la France, on vit l'exercice de la justice suspendu, afin de tenir certains électeurs en échec !

Je le dis avec une profonde conviction : ainsi entendue, ainsi pratiquée, la centralisation impériale est l’instrument le plus redoutable, le plus détestable qui jamais ait été mis aux mains d’un gouvernement; et M. Kover-Collard , en 1 824 , n'en disait pas assez. Qu il me soit d’ailleurs permis de traiter avec tout le dédain qu elles méritent les pauvres récriminations qui, sur cette question comme sur d’autres, forment le fond de l’éloquence ministérielle. Vous commencez par nier ce qu'on vous reproche; puis, cela fait, vous dites qu’après tout, personne n’est en droit de vous jeter la pierre, et que tout le monde est ou voudrait être aussi coupable que vous. Admettons que vous disiez vrai et que la tentation soit, en effet, trop forte pour tout ministère, pour toute majorité; admettons que tous

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ceux qui ont été avant vous au pouvoir, que tous ceux qui y seront après vous aient abusé ou doivent abuser comme vous de la puissance administrative; qu'en voulez-vous conclure? Sans doute que le tort est aux choses plutôt qu'aux hommes, et que, pour détruire un mal aussi grand , aussi contagieux, aussi universel, les hommes honnêtes de tous les partis doivent se réunir? Point. Vous en concluez que, la maladie ayant atteint tout le monde, personne ne doit songer à la guérir : conclusion étrange, et qui suffit pour trahir aux yeux de tous votre véritable pensée.

Que faut-il penser, après cela, de la peine qu'on a prise, dans ces derniers temps, pour rechercher toutes les recommandations, toutes les aj»ostilles données à certains électeurs par quelques députés de l'opposition? Hélas! cela est trop vrai : il est aujourd’hui si bien établi qu'aucune demande, même la plus juste, ne peut réussir sans l'appui d'un député ou d'un aspirant député, que les députés de l'opposition comme les autres sont souvent exposés à des obsessions pressantes. Que faut-il faire alors? Refuser l’apostille sans laquelle aucune demande ne réussit, ou bien renvoyer le demandeur au député surnuméraire? C'est, dans le premier cas, un acte de dureté; dans le second, un acte de vertu, dont profiterait la politique ennemie. On signe donc sans beaucoup d'espoir de succès , et on écrit une lettre à laquelle il est rarement répondu. Voilà, dans

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son exacte vérité, le fait, le grand fait dont on veut, faute de mieux, se faire une arme contre la réforme. Ou 'est-ce que ce fait prouve en définitive? Que partout, au sein du corps électoral, l'idée du député s'est profondément altérée et dénaturée; qu'au lieu de voir en lui le représentant politique des intérêts généraux, on n’y voit plus que le défenseur, le patron des intérêts locaux ou privés; que le gouvernement représentatif, en un mot, s’écroule par la base comme par le sommet. Et pourquoi en est-il ainsi? Est-ce, comme M. Dejean le prétendait, au mois d'août dernier, parce que l'opposition le dit et qu'on la croit sur parole? N’est-ce pas plutôt parce que le gouvernement y trouve son compte et en fait, au vu et au su de tous, la règle de sa conduite?

Qu’on ne se fasse pas illusion. Tant que ce déplorable système durera, députés de la majorité, députés de l'opposition, tous en subiront l’influence. Les députés do la majorité demandent et obtiennent plus que les députés de l'opposition ; le système donné, cela est inévitable, bien qu’on s'amuse parfois à dire le contraire. Mais, sans discuter sur le plus et sur le moins , on ne peut nier qu'à des degrés divers, la Chambre presque entière ne se fasse solliciteuse. Or, c'est là le mal qu'il faut couper dans sa racine. Si l’opposition obtient autant qu’on le dit, son mérite en sera plus grand; si la majorité est moins bien traitée qu'on ne le prétend, sa perte en sera moindre. Malheureusement, tout en se plaignant

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