‹ De la Réforme parlementaire et de la réforme électoraleChapitre 47 sur 139 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

quelquefois du fardeau qui pèse sur elle, la majorité ne parait pas fort pressée de s’en débarrasser. On sait à quel signe une sagesse antique distingua jadis la fausse mère de la mère véritable. Il est un signe non moins certain , auquel on peut distinguer les vrais et les faux adversaires de la corruption politique.

Je n’entends point d'ailleurs nier, pour ma part, que, sur ce point comme sur d'autres, je n’aie beaucoup appris depuis six ans. On dit, avec une intention facile à saisir, (pie la défaite rend clairvoyant et que les leçons de l’adversité sont instructives. Cela est vrai, comme il est vrai que la victoire aveugle et que le succès égare. C’est pourquoi, dans le gouvernement représentatif, il est bon, il est nécessaire que les partis changent quelquefois de positions et de rôles. L’opposition, devenue majorité, s'aperçoit (pie, sur certains points, elle se trompait, et (pie le pouvoir a des difficultés dont elle 11e tenait pas assez compte. La majorité , devenue opposition, découvre que certains actes , certaines pratiques, qui lui paraissaient naturels et légitimes, sont blâmables et injustes. Ainsi, par l’enseignement salutaire de l’expérience se corrigent, se redressent les exagérations et les erreurs des partis.

Bien que le parti conservateur ail grand besoin de cet enseignement, on no [>eut espérer qu’il aille le chercher de sou plein gré. Mais, si le parti conservateur croit encore un peu au gouvernement repré-

DH LA CENTRALISATION

sentatif, il doit se préparer au jour où le pouvoir quittera ses rangs pour passer dans ceux de l'opposition. Toutes les forces de l’administration, ces forces dont le parti conservateur use et abuse aujourd’hui, tomberont alors entre les mains de ses adversaires, qui pourront être tentés de prendre leur revanche. Que deviendrait, dans ce cas, le parti conservateur, au milieu de tant d’appétits surexcités depuis de longues années, et auxquels il ne serait plus maître de donner leur pâture? Que deviendrait-il surtout, si cette pâture, distribuée par des mains ennemies, servait à payer des votes en sens contraire? Un journal conservateur (la Presse) disait, ces jours derniers, que la majorité ferait touours bien de se conduire comme si elle devait, le lendemain , devenir minorité. Le conseil est excellent, et nulle part l’application n’en est plus évidente.

Ce n’est donc point seulement au nom de l'honnéteté publique, au nom des principes constitutionnels, au nom de la bonne administration , c’est encore au nom de lintérét personnel et de la plus vulgaire prévoyance que l’op|»osilion , dans cette grave question , fait appel au parti conservateur. Qu’il y regarde de près, et qu’il dise s’il est juste, s’il est bon que le gouvernement représentatif et la centralisation administrative continuent à s’énerver, à se pervertir l'un l’autre. Qu’il dise s’il n’est pas temps d'em pécher que, dans l'administration, la politique ne détruise l’équité; que, dans la poli—

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