‹ De la Réforme parlementaire et de la réforme électoraleChapitre 48 sur 139 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

lique, l'administration n’étouffe la liberté. Qu'il dise s'il n’y a pas danger pour tout le inonde à laisser entre les mains d'un parti quelconque, dès que ce parti s'est emparé du pouvoir, un moyen à peu près certain de dominer les élections et d’obtenir une majorité complaisante?

Voici, en résumé, comment je pose la question : Il existe en France deux gouvernements, d'origine et de nature opposées, qui, pris isolément et se développant dans leurs conditions normales , pourraient donner au pays quelques-uns des biens auxquels le pays aspire à juste titre. Mais, en se rencontrant, ces deux gouvernements s'embarrassent, s’entravent, se neutralisent mutuellement. Il en résulte que la machine administrative est faussée et le gouvernement représentatif perverti. Est-il possible que ceux qui tiennent à l'une ou à l’autre restent, en présence d'un tel mal, comme les Orientaux en présence de la peste, immobiles, résignés, silencieux? Est-il possible qu'ils voient périr à la fois la justice administrative et la liberté politique sans essayer de les sauver toutes les deux?

Mais, je le reconnais : ici comme partout, il est plus aisé de signaler le mal que d'en découvrir le remède. Nous en avons eu la preuve dans la proposition qu'un ancien député, homme de talent, homme de courage, a soumise deux fois à la Chambre. Personne assurément ne s'est élevé avec plus de force que M. de Gasparin contre le système hon-

DE LA CENTRALISATION. 9

toux, dégradant, désastreux qui envahit, en ce moment, les électeurs, les députés, les ministres. Personne n'a déclaré plus nettement que le mal a toujours été croissant depuis dix ans, et qu’il doit croître encore. Qu'a-t-il proposé pourtant? D’une part, je ne sais quelle déclaration sentimentale, souscrite par tous les membres de la Chambre; de l’autre, quelques articles de loi insignifiants, pour régler l'entrée et l'avancement dans les fonctions publiques. C’est cet innocent spécifique à la main, que M. de Casparin conviait toutes les opinions à se réunir et la Chambre à sauver, par un grand effort, les libertés constitutionnelles et l'honnêteté publique!

Il faut aller au fond des choses et ne pas se contenter de si peu . D’un côté, la centralisation impériale, avec les lois et les décrets innombrables qui la constituent; de l’autre, la Chambre des députés et le corps électoral , avec les trois ou quatre lois qui les organisent, voilà les éléments dont le contact est funeste et qui, par leur rapprochement, engendrent le triste système que nous déplorons. On ne saurait obtenir un résultat quelconque sans toucher sérieusement à l’un ou à l'autre, peut-être même à tous les deux.

Malheureusement , sur cette question , au sein même du parti libéral, les opinions se divisent. Pour les uns, la centralisation est la plus admirable conquête de la civilisation moderne, la plus sûre garantie de la force, de la grandeur, de l’indé-

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