‹ De la Réforme parlementaire et de la réforme électoraleChapitre 50 sur 139 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

mêmc nom des choses fort différentes. La centralisation, dit-on, fait la grandeur, la force, l’indépendance de la France. De quelle centralisation veut-on parler? Est-ce de celle qui de vingt provinces, diverses par la langue, par les mœurs, par les lois, a fait un vaste empire dont tous les habitants se reconnaissent pour frères et se confondent dans une grande association nationale? Est-ce de celle qui à la confusion des coutumes judiciaires et au désordre des finances a substitué l'uniformité du Code civil et la régularité financière? Est-ce de celle qui place entre les mains du gouvernement central l’armée, l’administration politique, l’université, le budget, tout ce qui tend à réunir dans une unité puissante toutes les parties du territoire et toutes les forces morales ou matérielles du pays? Est-ce enfin de celle qui, par des moyens divers, met le gouvernement en mesure de se faire partout respecter et partout obéir? Excepté peut-être dans quelques salons, dans quelques châteaux des vieux temps, personne, que je sache, ne songe à supprimer, à altérer, à atfaiblir la centralisation ainsi comprise.. Ce n'est point seulement 1 œuvre de l’Empire ; c'est l’œuvre des siècles, commencée par Richelieu , continuée par Colbert et Turgot~, complétée par la Révolution et par 1 Empire. Quels qu’en puissent être les inconvénients partiels, les avantages généraux en sont trop grands pour que la France consentit à les perdre.

Mais, à côté de cette centralisation, il en est une

DE LA CENTRALISATION. 99

autre, que l'Empire a créée, que la Restauration a perfectionnée, et qui ne peut se couvrir des mêmes raisons. Peut-on dire, par exomple, en quoi la force et la grandeur de l'État seraient compromises si les départements, si les communes étaient soumis à une tutelle moins rigoureuse? Peut-on dire en quoi il importe à l'indépendance nationale que les ministres réparent les églises et les presbytères, distribuent çà et là des tableaux ou des livres, disposent enfin arbitrairement , comme bon leur semble , de tous les fonds communs? Est-ce que par hasard l’unité de la France serait moins grande, la frontière moins bien gardée, le gouvernement moins bien obéi, si ces fonds communs, répartis, d’après certaines règles, entre les départements, étaient distribués soit par les conseils généraux, soit par les préfets, sous le contrôle de ces conseils? Qu’on cesse donc do confondre ces deux centralisations et de mettre les infirmités de l'une à couvert sous les mérites de l’autre. 11 y a une centralisation politique, gouvernementale, qui, dans l'intérêt de la grandeur et de la force nationales, doit être, à tout prix, maintenue. Il y a une centralisation purement administrative, qui, sans danger, sans inconvénient pour aucun des grands intérêts du pays, peut être révisée et diminuée.

Ici d’ailleurs so place et s'applique l'observation que j'ai faite : si l'on voulait examiner l’organisation administrative indépendamment de l'organisation politique, peut-être trouverait-on que les choses

Page 1