‹ De la Réforme parlementaire et de la réforme électoraleChapitre 51 sur 139 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

sont bien comme elles sont. Ainsi , il est possible que les communes et les départements , si l’on étendait leurs attributions, n’en fissent pas toujours un excellent usage, et que la tutelle étroite de l’État leur évite certaines fautes. Il est possible également que la distribution des fonds communs par l'autorité centrale soit très-bien imaginée, très-bien entendue, dans le système de la monarchie administrative , de cette monarchie où l’autorité centrale, assurée de son existence et maîtresse de ses mouvements, n'a personne à ménager, personne à gagner, et peut facilement rester juste. Mais c’est une singulière prétention que de vouloir, dans un pays libre, prévenir toutes les fautes, toutes les erreurs et affranchir les citoyens de toute responsabilité collective ou locale. C'est une étrange illusion, d’uh autre côté, que de demander à l’arbitraire uni à l'intérêt beaucoup d'équité, beaucoup d’impartialité. Encore une fois, l’autorité centrale de 1 846 n’est point celle de 1 808 ; celle de 1808 relevait d’un chef unique et n'avait à compter ni avec 459 députés ni avec -250,000 électeurs ; celle de 1846 attend de ces députés, de ces électeurs la victoire ou la défaite , la vie ou la mort. Pour que la première fût impartiale, il suffisait d'une faible dose de justice et d’honnêteté; pour que la seconde le soit, il faut de la vertu. Or, la vertu n’a jamais passé pour commune en ce monde, et je doute que, sous le régime actuel, elle soit en voie de le devenir.

DE LA CENTRALISATION. 101

Il y a donc , j’en suis convaincu , quelques modifications à introduire dans notre organisation administrative; mais, quahd on y regarde de près, on s’aperçoit aisément que, toutes ces modifications faites, il restera encore entre les mains du pouvoir central une masse considérable de moyens d'influence. On ne supprimera pas, en effet, les administralions financières , qui, dans leurs branches si diverses et si nombreuses , ouvrent aux familles une carrière avantageuse; on ne supprimera pas l'organisation judiciaire, qui, depuis le premier président de la cour de cassation jusqu’au plus petit juge de paix , place sous l'autorité d'un seul ministre plusieurs milliers de magistrats, titulaires ou aspirants; on ne supprimera pas l’armée, la marine, où la faveur lutte sans cesse contre la règle, où trop souvent les services militaires s'effacent devant d'autres services beaucoup moins glorieux ; on ne supprimera pas l'administration des ponts et chaussées, qui, dans ces dernières années surtout, à éveillé tant d’espérances, inspiré tant de craintes, suscité tant de convoitises locales ou personnelles ; on ne supprimera pas enfin, dans l'administration proprement dite, cette foule d'attributions de toute espèce, qui, en Angleterre, se partagent entre le Parlement et les associations locales, tandis qu'en France, elles vont, au nom de l'autorité centrale, chercher, saisir les citoyens dans presque tous les actes de leur vie publique et privée. C'en est plus qu’il n'en faut assuré-

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