‹ De la Réforme parlementaire et de la réforme électoraleChapitre 54 sur 139 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

mais Guillaume refusa nettement sa sanction ; alors eut lieu une scène étrange et qui fait comprendre quels étaient, cinq ans après la révolution, l'esprit et l'attitude de la Chambre élective. A peine la détermination royale était-elle connue, qu'un soulèvement général éclata dans tous les partis , dans toutes les opinions. « Sans doute, s’écria-t-on à l'envi, le veto » est un droit de la couronne; mais ce droit lui a été » conféré pour qu'elle en fit bon usage. Si elle s’en » sert contre les intérêts du peuple, il faut que quel- » qu’un en soit responsable. Or, comment comprendre » qu'on veuille empêcher la Chambre des communes » de se purifier, de s'honorer aux yeux du pays et de « prouver qu'elle donne ses votes au lieu de les ven- » dre? Si le roi et ses conseillers secrets préfèrent un » Parlement corrompu , un Parlement asservi à un » Parlement pur et libre, ce n'était pas la peine de » changer de prince. » Tel fut le langage de sir Thomas Clarges, de sir John Thompson, de Hutchinson, de Harley et de plusieurs autres.

A la suite de ce débat, la Chambre déclara, à l’unanimité moins deux voix, « que quiconque a con- » seillé au roi de ne pas donner sa sanction à l’acte » destiné à assurer un vote libre et impartial dans » le Parlement, et à détruire ainsi un abus scanda- » leux et manifeste , est un ennemi du roi et du » royaume. » Puis, se fondant sur cette résolution , elle adressa au roi une représentation nette et hardie, pour l'inviter « à user très-rarement du veto royal ,

» et à s’en fier aux avis du Parlement plutôt qu’aux d conseils secrets de certaines personnes , dont les » intérêts particulière peuvent être différents de ceux » du roi et du peuple. »

Le roi ayant répondii à cette représentation d’une manière affectueuse, mais évasive, quelques membres, Harley entre autres, proposèrent qu’une nouvelle adresse fût faite pour demander une réponse plus claire. Mais ce procédé peu respectueux fut écarté, et l'on convint de regarder la réponse du roi comme une promesse implicite de se conformer désormais au vœu du Parlement.

Cependant le conflit continua, et, soit que la persévérance du roi l’emportât sur celle des Communes, soit que d’autres questions fissent un peu oublier celle des incompatibilités, les choses, jusqu’à 1700, restèrent à peu près dans le même état. Seulement, chaque fois que les Communes votaient un nouvel impôt, elles avaient soin d’y mettre pour condition que les percepteurs de cet impôt ne pourraient être membres de la Chambre. Mais, en 1700, sous une Chambre tout récemment élue, et qui, pour premier acte, venait d'appeler Harley à la présidence, la mort du fils de la princesse de Danemarck imposa à Guillaume et au Parlement l'obligation de régler de nouveau la succession à la couronne. Plus libre alors et maîtresse de son vote, la Chambre des communes introduisit dans l’acte d'établissement un article qui déclarait incapable de servir comme membre de la

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