‹ De la Réforme parlementaire et de la réforme électoraleChapitre 58 sur 139 · M CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

M CHAPITRE IV

partis , l’opposition perdit courage et, pendant quelques années, abandonna le bill des places. Mais des circonstances contraires, notamment les démêlés avec l'Espagne, ayant ébranlé Walpole, l'opposition résolut, en 1740, de reprendre le débat et de livrer, sur ce terrain, au premier ministre un combat décisif. Sandys proposa donc de nouveau le bill de 1734 et le défendit à peu près par les mêmes raisons. Parmi ceux qui appuyèrent Sandys, il faut citer en première ligne Littleton , Pulteney, William Wyndham. Après avoir établi que les nations soupçonneuses sont les dernières asservies et que la conliance n'est point une vertu parlementaire ; après s'être demandé s'il n’arrivait jamais que les conversations particulières des membres du Parlement fussent en contradiction manifeste avec leur conduite publique, Littleton pénétra au cœur même de la question et signala énergiquement les dangers que la corruption fait courir au gouvernement représentatif. « La forme actuelle » du gouvernement anglais, dit-il, si on la garde de n la corruption , a tous les avantages d'une répu- » blique, sans en avoir les inconvénients. Mais, si la » corruption l’envahit et si le contrôle du Parlement » est acheté par la couronne, c’est précisément le » contraire. La forme actuelle du gouvernement au- » rait alors tou» les vices, tous les inconvénients des » monarchies absolues, sans en avoir les avantages. » Il y aurait plus de dépenses et moins de chances j> d’une bonne administration. »

Passant de la théorie à l’application, Pulteney fit un tableau animé de la situation actuelle du Parlement et prédit le moment où la Chambre, remplie des instruments les plus bas et des plus vils sycophantes du pouvoir ministériel, Serait une honte et un désastre pour le pays.

« Assurément, ajouta-t-il, personne ne pense que » les libertés de cette' nation consistent à avoir le » semblant d’un Parlement. On peut avoir un Parle- » ment ; ce Parlement peut être élu tous les sept ans » et siéger tous les ans, comme cela se fait aujour- » d'hui; il peut passer des lois, voter de l’argent, «recevoir des comptes, même faire des enquêtes, » et pourtant on peut n'avoir ni liberté ni constitn- » tion. Qu'il soit jamais au pouvoir de l’adminisfra- » tion de se faire, à l'aide des fonctionnaires et des » pensionnaires, une majorité toujours prête à obéir » au ministre, et, de ce moment, il devient inutile » de détruire la forme de la constitution ou de sup- » primer directement les libertés publiques. Sans en » venir à cette extrémité, le roi régnant serait aussi » absolu et pourrait être aussi despote (pie le grand » seigneur lui-même. Un tel Parlement lui accorde- » rail autant de spahis et de janissaires qu’il lui en » faudrait pour tenir ses esclaves en respect ; il lui » donnerait toutes les lois, tout l'argent qu’il deman- » derait, et l'oppression se trouverait ainsi protégée y> par les formes mêmes de la loi... Sans doute il y »a, dans la Chambre actuelle, des fonctionnaires

» fort honorables; mais il y en a d'autres qui, en » venant ici , n’ont d’autre but que de faire leurs » affaires privées. Il faut, si l'on veut sauver la con- » stitution, diminuer le nombre de ces mercenaires. »

Enfin, dans un discours d une grande élévation, le chef des tories, William Wyndham, lit ressortir l’inconvénient de placer le pouvoir exécutif tout entier sous le contrôle d’une majorité dévouée à ce pouvoir par intérêt et par position.

« Prenez-y garde, messieurs, s’écria-t-il, l’esprit » et les habitudes de la corruption font parmi nous » des progrès effrayants. C’est cet esprit détestable, » ce sont ces habitudes honteuses que le bill de » M. Sandys est appelé à combattre. Quand la cou- * ronne n'avait que peu d’emplois lucratifs à donner, » l’administration la plus perverse était à peu près » impuissante. Mais ces emplois sont si nombreux » aujourd’hui que , si l’on s'en sert pour corrompre » la Chambre et le corps électoral , bientôt c'en sera » fait de toute liberté et de toute honnêteté en An- » gleterre. On commence dans cette Chambre, puis » le mal se propage par l’exemple. La corruption du » premier autorise celle du second, et celle-ci auto- » rise la corruption du troisième, de telle sorte que « bientôt la majorité doit être atteinte. Une fois bien » établie dans cette Chambre, comment la corruption » ne descendrait-elle pas parmi les électeurs? Si nous » voulons que le ruisseau soit pur, commençons par » purifier la source. »

Dli LA RÉFORME PARLEMENTAIRE. HT

Les arguments des adversaires du bili peuvent se résumer en peu de mots : « Le mal n'existe pas; s’il «existait, le bill -n'y remédierait pas, puisque les » membres disposés à se vendre pourraient toujours «obtenir soit des gratifications secrètes, soit des » places pour leurs familles. Enfin, si les fonction- « naires ne faisaient plus partie de la Chambre, il y » viendrait plus de républicains et de jacobites. « On voit qu'il n’y a pas un sophisme nouveau sous le soleil. Quelques-uns, Henri Pelham entre autres, furent plus sincères et ne craignirent pas d’avouer que « la libre disposition des emplois lucratifs est « nécessaire pour limiter le pouvoir des Parlements » et pour les empêcher de devenir factieux. » Quant à Waljwle, qui , comptant sur la Chambre des lords , laissait d’ordinaire ces sortes de bills passer sans mot dire, il rompit le silence pour lancer contre l’opposition une récrimination vive et mordante. M. DuehAtel, qui, on le sait, a pour cette sorte d'arguments un goût tout particulier, ferait bien de lire avec soin le discours de Walpole et de s'en pénétrer.

Le bill ayant été rejeté à 16 voix do majorité (222 contre 206), la Chambre des lords n’eut point à s’en occuper. Mais un autre bill, celui des pensions , passa presque sans difficulté à la Chambre des communes et donna aux lords opposants une occasion toute naturelle d’exprimer leur opinion. Ils la saisirent avec empressement , et l’on vit les hommes les plus considérables de l'aristocratie anglaise, lord

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