‹ De la Réforme parlementaire et de la réforme électoraleChapitre 59 sur 139 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Talbot , lord Halifax , lord Carlisle , lord Carterel , lord Chesterfield , le duc d'Argyle flétrir à l’envi les corrupteurs et les corrompus. «.Quand des minis- » très, dirent-ils, ne peuvent obtenir la majorité par » les influences morales, ils la demandent aux in- » fluences matérielles, et toujours il se trouve qucl- » ques misérables prêts à vendre leur vote pour uue » place ou pour une pension. C'est cette corruption » que les Communes ont aperçue; et, quand elles » refusent de se laisser souiller par la prostitution mi- » nistérielle, convient-il à la Chambre des lords de » les en empêcher? Ce serait encourir gratuitement » et justement lïndignation du pays. Qui ignore » d'ailleurs que la corruption est le plus grand dan- » ger auquel soient exposées les institutions des pays » libres? Souvent, en Angleterre, les princes et leurs » ministres ont essayé d'établir le gouvernement ab- » solu contre les Parlements ou sans leur assistance. « Ils ont échoué et payé quelquefois de leur vie cette » audacieuse tentative. Qu'on laisse faire la eorrup- » tion, et d'autres rois, d'autres ministres pourront, « sans courir les mêmes risques , arriver à la même » fin. Qu’on laisse faire la corruption, et le Parle- » ment ne sera bientôt plus qu'un divan turc. »

De tous les discours prononcés dans le débat , le plus remarquable sans contredit est celui de lord Chesterfield. En voici quelques passages :

« Notre constitution se compose de deux Cham- » bres, qui limitent le pouvoir de la couronne et qui

» se limitent entre elles. Supposez maintenant que , » par certains moyens de corruption , par des places, » par des pensions, par des pots-de-vin , la couronne » devienne maîtresse des deux Chambres ; n’est-il pas » évident que la constitution sera détruite? La cou- » ronne alors n’aurait pas besoin de briser la forme » même du Parlement. Sous cette forme, en effet, sous » cette apparence, le roi pourrait être plus absolu et » gouverner plus arbitrairement que si le nom même » de parlement se trouvait aboli. Remarquez d’ail— » leurs que nos hommes riches et bien nés ne vou- » draient peut-être pas , pour une pension ou pour » une place, abolir la forme du gouvernement. C’est » à cette forme qu’ils doivent l’avantage de recevoir » le prix infâme de leurs infâmes services, et cet » avantage, ils le perdraient, le jour où la constitu- » lion périrait. Tant qu'ils sont membres du Parle- » ment, il est, au contraire, loisible et commode à » nos hommes riches et bien nés d’approuver les » mesures les plus détestables, de consentir aux dé- » penses les plus inutiles, de voter les lois les plus » tyranniques, de sanctionner les comptes les plus » faux, d’acquitter les hommes les plus coupables, » de condamner les hommes les plus innocents, sur » l’ordre du ministre qui leur donne leur place ou » qui leur paye leur pension. Il leur est loisible et » commode de réunir ainsi les profits de tous les ré- » gimes et de constituer, sous l’apparence de la li- » berté, la plus ignoble des tyrannies, v

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