CHAPITRE IV
» tout , dans les services militaires comme dans les » services civils. Ce sont elles qui dictent tous les » choix , au détriment des bons serviteurs de l'É- » tat. » — « Mon but, disait Burke, est moins dedi- » minuer les dépenses publiques (pie de détruire, » que de restreindre au moins I influence corruptrice )> de la couronne , cette source éternelle de tous les » désordres et de tous les désastres; ce chancre (fui » ronge les entrailles de la constitution , sans qu'ex- » térieuremenl le corps paraisse moins robuste ; ce » mal redoutable qui ôte toute vigueur à nos bras, » toute sagesse à" nos conseils , toute moralité à notre » conduite. » 11 n'esl pas sans intérêt de remarquer que, Burke ayant repris, en 1781 , le bill de 1780, le second Pitt, qui venait d’entrer dans la Chambre, à l’âge de 22 ans, choisit cette question pour son début et signala , comme Burke et comme Fox , les dangers que faisait courir au pays l'influence excessive de la couronne.
De toutes ces attaques à la corruption politique, la plus vive, la plus directe, la plus significative fut celle de M. Dunning, qui, en 1780, d'accord avec l’opposition tout entière, proposa à la Chambre de déclarer « que l’influence de la couronne avait aug- » monté, augmentait et devait être diminuée. » M. Dunning , comme conséquence de cette résolution , demanda en outre que la Chambre des communes frappât d'inéligibililé un certain nombre de fonctions, surtout dans la maison royale , comme in-
compatibles avec l’indépendance du Parlement. La motion de M. Dunning était hardie et fut hardiment soutenue. Ainsi M. Thomas Pilt, neveu de lord Cha- Iham , cousin germain de William Pitt, alla jusqn’à dire «qu’il voyait dans lord Norlh la preuve, une » preuve vivante de l'influence démesurée de la cou- » ronne. Comment, sans cette influence, lord North P resterait-il ministre, lui qui a abaissé, dégradé, » flétri l'honneur de la Grande-Bretagne ; lui par qui » le nom d'Anglais , jadis l’envie du monde entier , » est tombé au-dessous du mépris ; lui qui a rendu » ses compatriotes et son pays un sujet de risée pour » les peuples étrangers? — Au reste , ajoutait Tho- » mas Pilt , c’est à sa mauvaise politique même que » le noble lord doit sa durée. 11 est bien connu que, » s’il avait conseillé une politique plus honorable et » plus sage, il ne serait plus ministre. La ligne » qu’il a suivie est la seule qui , dans une certaine » région , pêt lui concilier la faveur. » Le débat fut d’ailleurs fertile en incidents curieux, en révélations instructives. Ainsi, M. Dunning ayant dit «qu’il » était dans la Chambre , à sa connaissance person- » nelie , plus de cinquante membres qui votaient » toujours avec le ministère et qui, au dehors, par- » laient comme l’opposition , » lord Nugent releva vivement cette assertion et s'indigna à la seule pensée que de tels misérables , que de si effrontés coquins pussent siéger à ses cùtés. M. Dunning reprit alors et déclara qu'en disant cinquante , il était loin d’a-