CHAPITRE IV
« le régime du passe-droit? » Ici j’éprouve quelque embarras. 11 est plus facile, surtout quand on a l'honneur d’être membre delà Chambre, de loucher aux chiffres qu’aux personnes. Je me borne, comme M. de Broglie, en 18*28, à invotpierla notoriété publique et à poser en fait qu’il y a eu, depuis quinze ans, des abus énormes, monstrueux, intolérables. Nous avons dans la Chambre des premiers présidents et des maîtres des comptes, des procureurs généraux et des directeurs des finances , des conseillers d’État et des ministres plénipotentiaires, des officiers supérieurs et des référendaires , dont plusieurs ont fait leur chemin assez aisément, assez vite, sans quitter les bancs de la Chambre. Pense-t-on qu’ils l’eussent fait également si les électeurs ne leur eussent pas mis une boule blanche et une boule noire dans la main? Je ne serai point assez indiscret pour répéter là-dessus tout ce que j’ai entendu dire dans la salle des Conférences , non par l’opposition , mais par les membres les plus dévoués , les plus honorables de la majorité. Je me contente d’affirmer, sans crainte d’être démenti, que de tristes nominations ont eu lieu et que ces nominations ont , sur presque tous les bancs, rencontré le même sentiment. Qu'on sorte, au reste, de la Chambre et qu’on interroge, non publiquement, mais à part, un des innombrables fonctionnaires non députés auxquels les députés font concurrence. En est-il nn qui ne sache, qui ne dise que, pour faire son chemin aujourd’hui , les services
parlementaires valent incomparablement mieux que les autres services? En est-il un qui ne plie tristement , douloureusement sous le poids de cette fâcheuse conviction? C’est là , qu’on le sache bien , ce qui pousse vers la Chambre tant de fonctionnaires qui, dans d'autres circonstances, se tiendraient sagement à l’écart. Ils veulent devenir députés, non pour entrer dans la carrière politique, mais pour avancer dans leur carrière administrative. Ce n'est point à eux qu'il faut en faire un reproche ; c’est au syslèmç dont la partialité corruptrice leur en fait presque une nécessité.
M. Thiers avait donc mille fois raison quand, dans la dernière session , il disait qu’il venait défendre le pouvoir en même temps que la Chambre , les fonctionnaires non députés en même temps que les députés non fonctionnaires, la justice administrative en même temps que l’indépendance parlementaire. Maintenant, si la loi de 1 830 n’a point prévenu les abus, les a-t-elle du moins punis, non toujours, mais quelquefois , mais une fois sur dix? Pour en juger, que l’on compte parmi les députés soumis à réélection combien n’ont pas été réélus : deux ou trois tout au plus ! Je sais qu'on présente gravement ce fait comme une preuve de l'excellence des choix faits, depuis quinze ans, par tous les ministères. C’est précisément ainsi que raisonnait Walpole, en 1741 , et c’est à ce beau raisonnement que les premiers hommes de la Chambre des lords répondaient par le considérant
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