CHAPITRE IV
Remarquez que je m’en tiens aux inconvénients naturels, nécessaires d’une telle situation. J'aurais bien autre chose à dire si je supposais la couronne travaillant dans l’ombre, comme George III, contre son ministère, et les députés qui l’entourent devenant, comme en 1783 les gentilshommes delà Chambre, les complices et les instruments de cette manœuvre mystérieuse. Puisque cela s’est vu dans un pays , cela peut se voir dans l’autre ; et ce n'est point, je pense, faire injure aux rois constitutionnels de la France que do les comparer à George III.
Pour prévenir ces désordres, il n’est que deux moyens : l’un, de mettre tous les emplois de la maison civile et militaire du roi à la discrétion des ministres; l’autre, de les laisser à la disposition du roi, mais eh fermant à ceux qui les occupent l’entrée de la Chambre. C’est entre ces deux moyens que nous sommes obligés de choisir.
Le premier, on le sait, est celui qu’a choisi l’Angleterre. Quelques emplois inférieurs de la maison du roi sont exclus de la Chambre ; mais les emplois supérieurs y sont admis, et les ministres, quand ils arrivent au pouvoir, en disposent librement en faveur de leurs amis. Tel est le principe établi , consacré par une longue suite de précédents. A une époque toute récente, en 1839, la question se posa sur une des conséquences les plus singulières, les plus excessives de ce principe : sir Robert Peel , appelé par la reine et chargé de former un cabinet , avait
obtenu d'elle sans difficulté le renvoi de tous les ofliciers de sa maison qui faisaient partie des deux Chambres; mais il exigeait en outre la destitution des dames d'honneur, et la reine, froissée dans ses affections, contrariée dans ses habitudes, refusait d’aller jusque-là. Sir Robert Peel, par une lettre ferme et respectueuse, déclina alors les fonctions de premier ministre, et une explication s'ensuivit dans les deux Chambres. A la Chambre des lords, ce fut le duc de Wellington qui porta la parole. Il déclara nettement que, « selon lui, il était impossible de se charger du gouvernement sans avoir sur la maison n royale l’influence et le contrôle dont les cabinets » précédents avaient toujours joui. » Il ajouta que , » lorsqu’une reine était sur le trône, on ne pouvait » dire que les fonctions de dames d'honneur ne fus- » sent pas des fonctions politiques. L’histoire offrait » une foule d’exemples d’influences pernicieuses qui » s’étaient ainsi exercées, au grand détriment de la » chose publique. » A la Chambre des communes, sir Robert Peel entra dans de plus longs détails. Il reconnut que, pour les officiers de la maison royale, la reine- n’avait rien refusé à ses ministres. Mais le ministre ne pouvait renoncer au droit de faire, parmi les dames d honneur, les changements qui lui paraîtraient nécessaires. « Les fonctions de premier mi- » nistre, dit sir Robert Peel, sont les plus hautes et » les plus diflioiles qu’il y ait. Il serait peu raison- » nable de les accepter sans obtenir tout l’appui né-