CHAPITRE IV
» cessa ire. Or, n’est-il pas évident que si les pre- » inières charges de la maison royale étaient occupées » par les parents, par les amis des adversaires et des » rivaux du ministère nouveau, celui-ci ne paraîtrait » pas investi de la confiance de la couronne?,.. Que » l’on remonte à d'autres temps, que l'on prenne » PiU, Fox ou tout autre ministre do ce noble pays, » et qu’ils disent s’ils auraient souffert que la femme » ou la sœur de leurs principaux adversaires entou- » rassent la personne royale. L’intérêt public no » souffrira pas de l’avortement du ministère. Il » souffrirait gravement si j’abandonnais mes de- » voirs envers moi-même, envers le pays, envers » la reine; il souffrirait si je consentais à garder » le pouvoir à des conditions incompatibles, selon » moi , avec l’autorité et les . devoirs de premier » ministre. »
Lord John Russell , qui répondit à sir Robert Peel, lui donna raison en droit , mais lui reprocha d’avoir, en fait, dépassé la juste mesure. Il lut ensuite l’avis écrit du ministère whig. Voici les termes mêmes de cet avis :
« Le cabinet pense que, pour donner à une admi- » nistration un caractère suffisant d’elficacité et de » stabilité, il est raisonnable que les grands offices » de la couronne et les emplois de la maison du roi, ■» s’ils sont occupes par des membres du Parlement , » soient compris dans les arrangements politiques » qui ont lieu à chaque changement de ministère,
)> mais que ce principe ne doit pas être étendu aux » emplois des dames de la maison royale. »
On sait que sir Robert Peel, quand, en 1841, il vint au pouvoir, appuyé par une majorité nombreuse, persista dans son opinion , et que , pour celte fois , les dames d'honneur furent changées.
Ainsi , entre les deux grands partis constitutionnels de l’Angleterre, accord parfait, hormis en un seul point. Quant aux membres du Parlement qui font partie de la maison royale, c’est l’avis de lord Melbourne comme du duc de Wellington, de lord John Russell comme de sir Robert Peel, que l’opposition ne leur est pas permise et que, par conséquent, ils doivent être, à chaque changement de ministère, choisis par les nouveaux ministres. J’ajoute que, l’an passé, ce principe a reçu une nouvelle sanction par la démission du marquis de Granby et de plusieurs autres officiers de la maison royale ou de la maison du prince Al!>ert, quand ils ont voulu , dans la question des céréales, voter contre sir Robert Peel.
Qu’on n’équivoque donc pas. En Angleterre , ce n’est point la couronne qui envoie ses délégués au Parlement, c’est le Parlement qui envoie les siens à la couronne; c’est la majorité qui veut, en quelque sorte, tenir garnison dans la maison royale. On peut juger , d’après cela, de ce qu’il y avait de sérieux , . de sincère dans l’argumentation de MM. Guizot et Duchàtel, quand à l’amendement de M. Odilon- Barrot ils opposaient l’exemple de l’Angleterre. Des
doux moyens qui peuvent empêcher un contact direct et une lutte visible entre la couronne et le Parlement, l’Angleterre a choisi le plus dur, le plus blessant, le plus radical ; nous proposons le plus doux , le plus respectueux, le plus modéré, et l'on nous objecte l'Angleterre! Eh bien! soit. Qu’il reste bien entendu que, le jour où l'opposition aura la majorité, elle disposera de tous les emplois civils et militaires de la maison royale, comme des emplois ministériels! Qu'il reste bien entendu qu elle choisira, parmi ceux qui partagent ses principes, l intendant de la liste civile, comme les secrétaires des commandements, les aides-de-camp et les oflicicrg d'ordonnance, comme les bibliothécaires! Qu'il reste bien entendu que, fermant ainsi tout accès aux opinions qui ne sont pas les siennes, elle placera la personne royale, quelle qu’elle soit, dans une atmosphère toute libérale! A ce prix l’amendement peut disparaître, et M. Odilon-Barrot , j'en suis convaincu , en fera volontiers le sacrifice. MM. Guizot et Duchâtel se chargent-ils d’obtenir ailleurs le même assentiment et de terminer ainsi le débat?
En attendant la solution radicale, il faut s'en tenir à la solution modérée et comprendre la maison civile et militaire du roi dans les incompatibilités.
Supposons, à présent , que la liste des incompatibilités soit faite et que, sous une forme ou sous une autre, certaines classes de fonctionnaires aient été exclues de la Chambre élective: tout est-il fini, et ne
reste-t-il aucune précaution à prendre? Tout le monde en convient: s’il est un exemple déplorable, funeste, contagieux , c’est celui d hommes choisis par leurs concitoyens pour défendre les intérêts généraux , et qui cherchent dans leurs fondions non l’honneur, mais le profit, non l’avantage de servir une cause, mais celui de faire leurs affaires personnelles. Toutes les fois qu’un député obtient, pour prix de sa complaisance, une place à laquelle il n’est pas naturellement appelé , c’est un mal qui , loin de s’arrêter là , descend de proche en proche dans toutes les régions, dans toutes les classes où s’agitent, où fermentent l’ambition et la cupidité. M. de Rémilly obéissait à cette pensée quand, én 1840, il proposa d’interdire absolument aux députés l’accès des fonctions publiques et toute espèce d’avancement. Ainsi se trouvaient coupés dans leur racine, taris à leur source les abus et les scandales dont l’honnêteté publique se préoccupe. Il faut néanmoins reconnaître que le remède est aussi rude qu’eüicace. Interdire aux députés non fonctionnaires tout accès dans la carrière des fonctions non politiques, rien de plus simpleet de plusjuste ; mais admettre certaines classes de fonctionnaires et les priver de tout droit à l'avancement, même légitime, même hiérarchique, n’estce pas retirer, d’une main, ce qu’on donne de l’autre et tenir la porte de la Chambre à la fois ouvert# et fermée? Dans la proposition de M. de Rémusat cette considération a prévalu ; et, pour les députés, fonc-