CHAPITRE V
qui, à peu de chose près, respectaient les proportions établies. Personne d'ailleurs ne se dissimula qu’une loi aussi rapidement faite ne dût être défectueuse; et les plus zélés conservateurs. M. Augustin Périer notamment, reconnurent qu'à une époque plus paisible, elle pourrait être utilement révisée. Tout le monde aussi s’empressa de déclarer que le droit de suffrage devait être donné à tous les citoyens capables de l'exercer, et que, dans un délai prochain, il serait juste et convenable d’abaisser encore le cens. Ainsi , sur les principes de la loi comme sur ses dispositions importantes, il y eut entre les partis parlementaires accord presque complet. Ce ne fut point l’œuvre de quelques-uns, mais de tous.
Depuis cette époque, quinze ans se sont écoulés, six élections ont eu lieu, et l'on a eu le temps d’étudier la loi de 183! dans son action, dans son mécanisme, dans ses résultats. La conséquence, c’est que les imperfections dont tout le monde convenait, en 1831, ont entièrement disparu aux yeux des uns, tandis qu’aux yeux dos autres, ces imperfections sont devenues plus sensibles. Dans les chapitres qui précèdent j’ai suffisamment expliqué pourquoi je ine range au nombre de ces dernière. Je veux pourtant dire encore sur quel terrain je me place et comment j’entends la réforme.
Pour ceux qui croient qu’au droit d’être bien gouverné correspond nécessairement , universellement le droit de participer au gouvernement, les lois élec-
torales sonl bonnes ou mauvaises, selon qu’elles se rapprochent plus ou moins du suffrage universel , le seul juste, le seul légitime en ce monde. Pour ceux qui voient dans l’électorat une fonction sociale plutôt qu’un droit personnel, les lois électorales n’ont qu'un but : c’est de placer au faite de l'État une assemblée qui, élue avec liberté, avec honnêteté, avec discernement, représente, dans de justes proportions, tous les droits et tous les intérêts. Une loi électorale qui approche de ce but est bonne, quels que soient ses défauts théoriques. Elle est mauvaise, quelle que soit sa perfection philosophique, si elle s’en éloigne.
C’est à co dernier point de vue que , pour ma part , j’examine la loi électorale actuelle. Je ne lui reproche point d’être en contradiction avec certaines théories plus ou moins contestables; je lui reproche de ne point donner au pays le gouvernement représentatif vrai, le gouvernement représentatif tel que nous le voulions tous en 1 830 ; je lui reproche d’agir en sens inverse de son but et de subordonner partout les intérêts généraux aux intérêts locaux, les intérêts locaux aux intérêts personnels ; je lui reproche, comme le lui reprochait M. Royer-Collard, en 1824, « de » reléguer tristement chacun au fond de sa faiblesse » individuelle, an lieu d’exciter l'énergie commune; » d’étouffer le sentiment de l’honneur et l’esprit » public, au lieu de nourrir l’un et l’autre. » Pour tout dire en un mot , je lui reproche de créer une représentation mensongère, une représentation vi-