‹ De la Réforme parlementaire et de la réforme électoraleChapitre 96 sur 139 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ciée à sa source, faussée dans son action. Or, si, contrairement à la théorie du suffrage universel, on peut admettre qu’un échantillon suffise pour connaître, pour apprécier exactement les vœux et les besoins du pays, au moins faut-il que cet échantillon soit bien choisi et qu’il ne soit point frelaté. Je suis profondément convaincu qu’aujourd'hui l’échantillon n’a rien de sincère, et qu’ainsi, entre le pays et ceux qui le représentent, il n’y a plus cette ressemblance, cette conformité qui font la force et la vie des gouvernements libres.

Mais, j’en conviens, ce n’est pas tout de reconnaître le mal dans ses effets, dans ses symptômes extérieurs ; il faut encore en distinguer la cause , en découvrir le siège, avant d'en chercher le remède. Or, n’est-il pas évident que la cause directe du mal réside dans la dépendance mutuelle des électeurs et des députés et dans les accommodements déplorables qui en résultent? N’est-il pas clair que le siège principal du mal est dans les collèges peu nombreux, où cette dépendance est plus étroite, où ces accommodements sont plus profitables? Si l’on ne veut point imiter ces médecins qui hâtent la fin du malade en le traitant pour une autre maladie que la sienne, c'est à détruire, ou du moins à atténuer ce double inconvénient que doit viser toute réforme sérieuse.

Le problème ainsi posé, j'en cherche la solution et j’examine tout de suite deux idées , deux systèmes qui paraissent, en ce moment, jouir d’une assez

grande faveur. Je veux parler des deux degrés , comme en 1791, et du vote au chef-lieu , comme en 1817.

Quand on étudie la série de nos lois électorales -et qu’on lit les débats auxquels ces lois ont donné lieu, on voit que , sur la question du vote direct ou indirect , les opinions ont subi , entre 1 81 6 et 1 820, un changement singulier. De 1789 à 1816, le principe des deux degrés était admis presque universellement , presque sans débat , et l’extrême démocratie se rattachait seule au principe contraire. De 1 81 6 à 1820, après une lutte fort vive, le principe de l’élection directe l'emporta définitivement, et, depuis cette époque , il règne en maître. 11 ne faut d'ailleurs pas oublier que, pendant la période transitoire, la question du vote direct ou indirect fut le terrain sur lequel la France nouvelle et l'ancien régime se livrèrent les combats les plus acharnés. A tort ou à raison , le parti de l’ancien régime croyait que, dans les assemblées cantonales ou communales , l’influence de la grande propriété serait toujours prépondérante. A tort ou à raison , le parti de la France nouvelle avait la même pensée. Chaque parti d’ailleurs, pour combattre son adversaire, se servait d'armes qui eussent trouvé dans le camp opposé un emploi plus naturel. Ainsi, le parti de l’ancien régime s'indignait qu’on voulût réduire à cent mille le nombre des électeurs et priver ainsi la majorité des Français d’un droit imprescriptible. Le parti de la France

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