CHAPITRE V
nouvelle, au contraire, étalait les souvenirs sanglants de la Révolution, et s’étonnait qu’on voulût rouvrir à l’anarchie la j>orte des collèges électoraux. Qu’on lise les débats de 1815, do 1816, de 1817, et partout on remarquera ce contraste entre la pensée et le langage.
Cependant , il faut le reconnaître, Qutreles raisons de convenance et d’utilité actuelle , les partisans de l’élection directe pouvaient alléguer, à l’appui de leur opinion, des motifs puissants et péremptoires. « Ce » que vous appelez élection , disaient-ils, nous l’ap- » pelons élimination. Que font, en effet, vos assem- » blées primaires? Elles choisissent entre des citoyens » dont la loi a précédemment reconnu l’aptitude. Or, » l’aptitude confère le droit; là où elle existe, eRe » est entière , indivisible , et l’on ne peut rien dernan- » der au delà. Égalité des électeurs, égalité des suf- » frages, élection directe, c’est une seule et même » chose. » Puis, après avoir invoqué le droit, les partisans du v ote direct faisaient appel à l’expérience, a Qui ne sait, disaient-ils, que les assemblées pri- » maires, passionnées et violentes au milieu des tron- » blés civils, devienneut, dès que le calme renaît., » indifférentes et serviles? Encore na-t-on jamais » éprouvé cC que seraient ces assemblées si leur » mission se bornait à choisir des électeurs. Avant » la Révolution, ceux que choisissaient les assem- » blées primaires étaient chargés non-seulement de » nommer les députés, mais de rédiger des cahiers.
» Pendant la Révolution , les assemblées primaires » nommaient, outre les électeurs, certains fonction- » uni res publics dont le choix avait pour elles une » très-grande importance. C’est par là que , soit » avant , soit pendant la Révolution , les fonctions . » des assemblées primaires avaient quelque vie et j> quelque réalité. Si vous leur donnez seulement des » électeurs à nommer , vous pourrez , sans danger, » sans inconvénient, les faire aussi nombreuses qu’il » vous plaira : la plus petite salle sera tou jouis assez » vaste pour les contenir. »
Après avoir, pendant plusieurs sessions consécutives, résisté aux efforts combinés du gouvernement et du parti de l'ancien régime; après avoir, de 1817 à 1830, obtenu l'appui ferme, énergique, persévérant de l'opinion libérale tout entière, il semblait que l’élection directe n’eût plus rien à redouter, et qu elle eût définitivement gagné sa cause. Cependant le procès se plaide de nouveau, et, au sein même du parti libéral, je crois apercevoir en ce moment quelque hésitation et quelques incertitudes. « Les systèmes électoraux , dit-on, tout le monde le reconnaît, ne sauraient être les mêmes, à toutes les époques et dans toutes les circonstances; il faut, pour être bons, qu’ils s’accommodent à l’état des esprits et des mœurs. Or, il est des temps où il est raisonnable , utile , nécessaire de créer entre l'électeur et l’élu des rapports immédiats, journaliers, intimes ; il en est d autres où ces rapports sont mortels pour