‹ De la Réforme parlementaire et de la réforme électoraleChapitre 98 sur 139 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

la probité de l’un, pour l'indépendance de l’autre, et, par-dessus tout, pour la moralité publique et pour la pureté du gouvernement représentatif. C’est là que nous en sommes venus , et ce sont ces liens funestes qu'il est indispensable de rompre. Or, comment les rompre, tant qu'il y aura, d’une part, des électeurs permanents, qui verront dans leur député le protecteur de leurs intérêts 'privés; de l’autre, un député temporaire, dont la réélection dépendra de certaines familles, de certaines personnes à lui connues? Qu'on augmente le nombre des électeurs, qu’on transporte le vote du chef-lieu d’arrondissement au chef-lieu de département: on pourra diminuer le mal , on ne le supprimera pas. Le seul moyen de le supprimer , c’est que , pendant toute la durée de la législature et jusqu’au dernier moment, le député ne connaisse pas l’électeur et que l’électeur ne se connaisse pas lui-méme; c’est, en d’autres termes, qu’au moment où l'élection vient d'avoir lieu , la délégation disparaisse et que le collège électoral s'évanouisse. Sans doute ce système a ses défauts ; mais il ne faut point, dans les choses humaines, espérer la perfection. De quel côté est la plus grande somme d’avantages, la plus grande somme d inconvénients? voilà toujours la question. Eh bien! cette question doit se résoudre non par des principes absolus, mais par une appréciation juste et saine du mal auquel il s’agit de porter remède. Aujourd’hui , le mal, c'est la corruption, la corruption qui naît des

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relations habituelles entre l’électeur et l'élu. Donc ce sont ces relations qu'il faut détruire , si l’on ne veut pas qu’un jour le gouvernement représentatif s’éteigne, en France, dans l'avilissement et dans la honte. »

Je l’avoue sincèrement : en présence des scandales qui ont eu lieu et de ceux qui se préparent , ces raisons ont beaucoup de force à mes yeux. Elles n’avaient point, d’ailleurs, échappé à la commission de 1831, et je les trouve exposées avec beaucoup de netteté dans le remarquable rapport de M. Bérenger.

« Avec l’élection à deux degrés, dit M. Bérenger, » on évite la permanence des collèges électoraux, qui » est nécessaire, indispensable dans l’élection di- « recte, afin de prévenir les fraudes ; mais qui , avec » le temps, peut avoir ses dangers, c’est-à-dire fa » voriser des coalitions dans le but de protéger ou » de défendre certains intérêts qui seraient contraires » aux intérêts généraux. Cette permanence des col- » léges offre aussi l'inconvénient de mettre le député » daus une dépendance trop grande de ceux qui » l’ont élu ; car pourra-t-il oublier qu’à l’expiration » de son mandat, les mêmes hommes seront appelés » à l'élire de nouveau? Cette pensée ne le préoccu- » pera-t-elle pas assez pour lui inspirer le désir de » ménager lenr susceptibilité , de les favoriser exclu- » sivement dans le partage des emplois pour la dis- » tribulion desquels il peut avoir quelque influence? » de telle sorte que, par une réciprocité de bons

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