‹ De la régence d'AlgerChapitre 7 sur 9 · HI · texte numérisé non relu

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Les luttes religieuses ne sont pas de nos jours; aussi, en appelant l’attention sur la conduite des Maures en Espagne, nous avons eu pour but, moins de blâmer notre politique depuis huit ans, que de faire entrevoir ce qu’on pourrait espérer de la règle prudente que nous avons adoptée sous ce rapport, si nos efforts voulaient prendre plus de portée. Jusqu’à ce jour nous avons été sinon toujours justes et bien esclaves du droit de propriété, au moins toujours tolérans. Toutefois, l’institution nouvelle de l’évêché d’Alger, la création d’une société chrétienne de civilisation proclamée récemment à Marseille, et suivant de si près la première , doit fixer l’attention

de ceux qui s’intéressent à l’avenir de la régence.

Nous ne nous élevons pas précisément contre l’érection du nouveau diocèse, s’il est confié à des mains prudentes. Nous ne blâmerons pas autrement cette satisfaction donnée à la population catholique de la régence, toute faible qu’elle puisse être. Nous aurions préféré cependant qu’on organisât les affaires religieuses de la régence comme celles des autres colonies françaises. Il y aurait eu alors cet équilibre vital, pour nous, qui résulterait de l’influence réelle du prélat français et des cadis nommés par nous, et conséquemment amovibles. Quoi qu’il en soit, nous aurions été peu préoccupés de cette mesure, si elle eût été isolée ; si surtout, comme il faut le désirer vivement , le nouvel évêque apporte dans son diocèse les sentimens de tolérance qu’il nous importe de faire prévaloir et de maintenir au besoin; s’il est permis d’espérer enfin que,

laissant à l’autorité temporelle le soin absolu

de notre avenir politique en ce pays, il se renferme strictement dans la pratique de ceux que réclame de lui la population déjà soumise à son inspection spirituelle. Le prospectus de la Société Chrétienne est venu troubler notre sécurité à cet égard

Cette société, qui marche précédée de la croix, veut propager la civilisation par l’exemple des pratiques religieuses. Des prêtres la dirigent. C’est aux évêques français qu’appartient partout sa présidence morale, par conséquent l’influence réelle sur son développement. Les noms qui s’attachent à cette entreprise ne sont pas, à vrai dire, pour nous une garantie bien grande de succès matériel , et si nous en parlons, ce n’est pas que nous croyions la mission de propagande bien sérieusement engagée ; mais dans cette tentative même, toute faible qu’elle puisse être, nous voyons poindre des projets éloignés peut-être, mais suffisamment annoncés.

Inamovible par sa nature, indépendante par

nos institutions , l’autorité de l’évêque échappera sans difficulté à celle du véritable chef en Afrique, celle du gouverneur. Et cependant, si c’est de la propagande que l’on veut faire , les points de contact seront nombreux; car c’est au gouverneur, n’en doutons pas, que viendra s’adresser la foi inquiète des Arabes. Ce sera là une source inévitable de conflits. Le bien que pourra faire l’influence politique dont nous avons tracé la règle sur l’esprit des Arabes sera combattu , détruit par l’influence religieuse dont nous indiquons les tendances. Que sera-ce, si la première est obligée de subir les suites de l’indépendance de la seconde ?

On le voit ; il serait important que l’autorité spirituelle fût soumise à l’autorité politique, chargée d’en prévenir les fautes ou d’en réprimer les écarts. Or il n’en est rien, et non seulement elle est indépendante, mais ses projets, s’ils réussissent, sont de nature à lui donner une influence qui ne servirait que

trop bien ses vues. En effet , au moment où Ton place l’avenir de l’Afrique dans un essai de colonisation , une entreprise qui aurait pour but de soumettre les colons à l’administration matérielle d’une société qui appelle à sa tête l’autorité religieuse, qui proclame hautement son vœu de propagande, cette entreprise, si elle prenait un développement quelconque, donnerait à cette autorité une action réelle sur les affaires du pays. Elle lui donnerait cette influence que nous regardons comme appelée à combattre, à paralyser peut-être l’influence naturelle et nécessaire de l’autorité politique, et c’est à ce titre que nous la signalons à l’attention du lecteur.

CONCLUSION DE CETTE NOTE

On n’a examiné dans cette Note l’obstacle que nous opposent les croyances religieuses chez les Arabes qu’en ce qui concerne le

génie même de leur religion en général ; on n’a point tenu compte de ce que sont devenues ces croyances chez les individus. Ce sera le but d’une autre Note.

En se bornant toutefois à l’examen de la question sous cette face , on est amené à conclure que la religion musulmane n’est point un obstacle insurmontable à la civilisation européenne et à l’établissement de notre domination en Afrique ; que si cette religion ne conduit pas au progrès tel que nous l’entendons aujourd’hui, elle ne s’y refuse pas cependant d’une manière absolue, à la condition cependant de ne pas l’émouvoir par des entreprises maladroites, faites pour l’inquiéter dans son existence même.

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