REGÉNÉRATION CHEZ LES ANIMAUX A ORGANISATION SUPÉRIEURE
§ 1". — Régénération chez les poissons.
Chez les poissons, Broussonneè (i) est parvenu à faire reproduire les nageoires. Dugès a vainement tenté d'obtenir ces résultats.
M. Philipeaux (2), dont nous aurons bien des fois à citer le nom, a vu que cette régénération des nageoires était réelle ; mais il a montré aussi que, toutes les fois qu'on enlevait avec la nageoire les os qui la supmrtent^ elle ne se régénérait pas. Nous ne faisons que signaler ici en passant ce fait, car nous aurons à revenir sur ce résultat que M. Philipeaux a obtenu sur d'autres animaux, à savoir que : pour qu'un organe se régénère, il faut laisser subsister une partie de cet organe.
Broussonet semble aussi avoir vu ce fait important qu'il faut que les os de la nageoire soient intacts, pour que la régénération puisse se faire.
« Pour que les nageoires puissent repousser, dit-il, il faut qu'il reste une partie des osselets ; si cette portion était entièrement détruite, de nouvelles nageoires ne prendraient pas la place des premières ; c'est ce que j'ai observé sur plusieurs poissons auxquels les nageoires dorsales et une partie du dos avaient été enlevées, et fi la place desquelles il s'était formé une simple suture. »
Si Dugès et quelques autres physiologistes ont encore soutenu récemment que la nageoire caudale, par exemple, ne«e régénérait pas, cela tient certainement, pensons-nous à ce que ces expérimentateurs ont compris dans l'ablation la partie osseuse que nous savons
(1) Broussonnet, Histoire deV Académie des sciences. 1786, p. 686.
(2) Philipeaux, Comptes rendus de l^ Académie des sciences. 1869, 15 mars, p. 51.
20 HÉGÉNÉRATION DES ORGANES.
èire indispensable pour la régénération. Ainsi se trouve donc expliquée la divergence d'opinions que nous voyons régner sur ce sujet.
Si une nageoire chez les poissons vient h être presque à moitié rompue au niveau d'une articulation, il peut se produire un fait très-intéressant. La nageoire primitive peut en effet continuer à vivre, mais au niveau de la fracture nous pourrons voir une nouvelle queue apparaître.
M. Malm (deGotlembourg) (1) a observé un poisson du genre syngnathe, décrit sous le nom de S. Typhle^ qui possédait deux queues. La queue primitive avait été presque à moitié rompue au niveau de la cinquième articulation en comptant du haut, et Tos qui s'était développé dans le point fracturé avait fait saillie en dessous, de façon à prendre la forme de la pièce terminale primitive, et avait donné naissance à une nageoire surnuméraire pourvue de dix rayons comme la nageoire caudale normale. L'animal avait \ 08 millimètres de long de l'extrémité du museau jusqu'au point fracturé et 8 millimètres \ /2 de ce point au haut de la nageoire caudale.
Ces faits se produisent certainement ici par le même mécanisme que chez les vers, ou chez certains lézards, les geckos (Dugès), qui peuvent présenter, après des sections incomplètes, deux têtes, deux queues.
Voici comment Broussonet disait avoir obtenu la régénération après l'ablation d'une nageoire : Un renflement se produisit d où naquit un prolongement membraneux, d'abord épais, mais qui devint plus mince en prenant plus de développement, et qui, au bout de trois mois, contenait des rudiments cartilagineux de rayons : ces deux rayons acquirent plus de longueur en s'amincissant, et, vers le huitième mois, la nageoire était complètement reproduite.
(I ) Malm, JV6/e sur la reproduction des parités de Vorganisme et sur leur multtpliciition chez certaitis animaux^ et plus par ticulii rement chez un syjigtiathe à deux queues {Ànn. des sciencei iwl., 4* séné, l. XVUI, p. 356).