‹ De La Regeneration Des Organes Et Des TissuesChapitre 21 sur 71 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

R&6ÉNÉRATION DKS TISSUS

La régénération des tissus, chez l'homme et chez les animaux, peut se faire avec inflammation ou sans inflammation. Chez les animaux supérieurs, nous verrons que toujours ou presque toujours l'inflammation marche de concert avec la régénération. Cependant il ne faudrait pas dire que l'inflammation est nécessaire à la régénération. Non, Tinflammation est un phénomène morbide qui tantôt ralentira ou même empêchera tout processus régénérateur de s*effecluer, tantôt activera ce processus; la régénération pourra alors dépasser ses limites, et, au lieu d'avoir un organe revenu à ses limites naturelles, Ton aura un organe monstrueux. Nous verrons dans les cas où l'irritation périphérique a été très-vive, dans les fractures comminutives par armes' à feu par exemple, la régénération se faire, mais dépasser le but; des masses osseuses considérables se forment alors, plus nuisibles qu'utiles au malade et pour lesquelles le chirurgien est obligé d'intervenir. C'est aussi dans ces cas que Ton a vu Tossification de la modle dans une très-* grande étendue du canal médullaire des os longs. L'irritation ossi« fique, comme l'appelait Hunter, existe le plus souvent dans les os ; mais, pour être utile, elle doit ne pas dépasser de certaines limites. Nous l'avons dit et nous le répétons, l'inflammation n'est pas nécessaire à la régénération. Nous avons vu du reste que la régé-* nération de la patte, de la queue de la salamandre, se fait sans trace manifeste d'inflammation; un certain nombre d'animaux

Demarqday. — Régénérations k 4

50 RÉGÉNÉRATION DES TIî^SLS.

inrérionrs gut'risscnt avec une rapidité pi(Kliiii('Use de leurs peilcs de substance, et cela sans inflammation; chez les oiseanx, l'inflammalion est très-yeu vive, certains auteurs ont même dit qu'elle était nulle. Chez les animaux supérieurs, un certain nombre d'organes et de tissus se régénèrent aussi sans aucune trace d'inflammation; nous en avons \u des exemples pour les bois, les ongles, les poils, les plumes.

ARTICLE I

er

RÉGÉNÊnATION DES TISSUS UlTE UtGKNÉRATION SANS INFLAMMATION

Dans les paragraphes suivants, nous allons nous occuper de la régénération des difl'érenls tissus, et nous commencerons par le tissu épithélial.

§ 1". — Régénération de Tépithélium.

Examinons donc si Tépithélium se régénère. Nous n'en sommes plus au temps où l'on croyait que l'épiderme n'était que le produit inorganique d'une sécrétion du derme. Ce qui constitue un épilhélium, c'est Tabsence de vaisseaux sanguins, la soudure des cellules et leur disposition en couches de revêtement; mais, njalgré cette privation de vaisseaux sanguins, le tissu épidermique n'en • est pas moins le siège d'un circulus continuel de matériaux. A mesure qu'à la surface du corps les couches les plus extérieures sont éliminées, un nouvel épiderine croît au sein du plasma, épidémie qui a évidemment sa source dans le derme et les vaisseaux.

Lorsque Télimination ne se lait pas, ce plasma se met en réserve, prêt à devenir libre et disponible sitùl que les couches extérieures de Tépiderme viennent à s'éliminer.

On voit donc qu'il se fait à la surface de la peau une régénération, qui tanlôt est continvielle, et alors c'est une croissance ; tantôt est intermittente, et Ton se trouve en présence d'une régénération proprement dite.

Donnons d'abord une idée do ce qu'en anatomie Ton appelle un épithélium.

L'épithélium dans son ensemble est constitué par dès cellules et une membrane intermédiaire. Cependant Cohnheim (1) nous dit avoir pu distinguer dans la face antérieure de la cornée un assez grand nombre de filets nerveux.

M. Langerhaus, de -Berlin (2), a vu, en traitant la peau au moyen d'une solution de chlorure d'or au 1/200, au milieu des cellules du corps muqueux de Malpighi, d'autres cellules plus petites angu* leuses. De ces cellules naissent des prolongements : les uns vont rencontrer les filets du derme, les autres traversent les cellules épithéliales et se terminent par un bouton. On pourrait penser que dans ce cas l'on a devant les yeux un tissu nerveux interépithéliai analogue à celui que Cohnheim a vu dans la cornée.

Les travaux d'embryogénie, poursuivis avec une grande activité depuis quelques années, nous ont démontré que les feuillets du blastoderme donnaient naissance aux revêtements épithéliaux; l'épithélium des séreuses, du cœur, des vaisseaux sanguins et des lymphatiques naissent du feuillet moyen; l'épiderme, les glandes cutanées, le cristallin, les ventricules du cerveau et le canal de la moelle, du feuillet externe ; l'épithélium des muqueuses et leurs glandes, du feuillet interne. Ces faits ont surtout été étudiés par Remak. On a même tenté, et parmi les histologistes qui sont de cet avis, on peut citer Thierscb, His (3), Rindfleisch, d'appeler ^/)2-

(1) Cohnheim, Veher die Endigung d&r sensiblen Nerven in der Uomfiaut (Vtrchow's Archiv., ^867, t. XXXVIIÏ, p. 343).

(2) P. Langerhaus, Ueber die Nerven der Menschliehen Haut (Vircftow's Archiv, 1808, t.XLIV,p. 325).

(3) His, Beitràge zur vormalen und pathologischen Histologie der Comea^ 1865. — • De Haute und Hohlen des Kôrpers, Basai, 1865.

thélium^ le revêtement épilhélial qui naissait du feuillet cutané et muqueux, endothélium celui qui naissait du feuillet interne. His a même prétendu qu'il y avait des différences déstructure et il a décrit les endotbéliums, comme ayant des cellules très-aplaties, formant une seule couche ; Tépithélium présentait au contraire une ou plusieurs couches de cellules épaisses.

Cette différence si tranchée entre les épithéliums et les endothéliums n'existe pas. Nous voyons en outre Tépithélium des alvéoles pulmonaires formé par une seule couche de cellules plates. Nous pourrions encore citer d'autres exemples qui viendraient à rencontre de la théorie posée par His. La clinique, elle aussi, n'est pas favorable à cette division, et tous les jours nous assistons à des transformations de forme du revêtement épilhélial. Les polypes du rectum, des fosses nasales, de l'utérus présentent fréquemment des épithéliums pavimenteux.

Nous avons vu que les cellules épithéliales se renouvelaient incessamment, cependant le mode de formation de ces cellules nouvelles est encore fort peu connu : le processus régénérateur épithélial a été suivi par un grand nombre d'hislologistes (Thiersch (1), Rindfleisch (2), Henle (3), Arnold (4), Cohnheim, et bien avant eux Kiiss, de Strasbourg) (5), et la lumière ne s'est pas encore complé* tement faite sur ce point.

Chez l'adulte on n'a pas encore pu saisir aucun signe de multiplication cellulait;e : on a toujours vu un noyau unique, et la cellule n'a jamais pu être vue en état de scission. Chez l'embryon « KôUikera cru voir que l'enveloppe épithéliale des cellules est une couche molle au milieu de laquelle se trouve des cellules en voie de division. Henle croit qu'il existe à la partie profonde du derme

(0 Thiersch, Der Epithelialkrebs,

(2) nindflcisch, Traité d'histologie pathologique y trad. par F. Gross. Paris^ 1872«

(3) Henle, Canstatt's Jahresbericht, 1858, p. 28*

(4) Julius Arnold, Yirchow*s Archiv, t. L, p. 168.

(5) KÛ88, Cours de Physiologie. Paris, i872. , :

RÉGÉNÉRATION DE L'ëPITHÉLIUM. 53

une couche granuleuse et remplie de noyaux aux dépens de laquelle se formeraient de nouvelles cellules.

Querépilbélium vienne à être détruit, comment donc se régénérera- t-il ?

Thiersch, admettant que Tépiderme se développe aux dépens du feuillet externe du blastoderme, veut que dans toutes les régénérations de l'épiderme le nouveau feuillet prenne naissance sur les bords de la plaie (1). Ce mode de régénération éplthéliale est assez fréquent, et c'est par ce mécanisme que nous voyons l'épiderme apparaître à la surface des plaies. Des îlots isolés sont aussi observés cependant assez fréquemment.

Nous avons analysé un long travail de Julius Arnold à ce sujet, et malgré les nombreuses et consciencieuses recherches auxquelles s'est livré cet auteur, Ton se demande s'il est permis d'avoir une opinion bien arrêtée sur la façon dont doit s'accomplir la régénération des épithéliums.

Ktîss (2), que l'on oublie peut-être trop souvent lorsque l'on fait rhistoire des épithéliums, a osé le premier rapprocher le mot inflam' mation de celui d'épùhélhim (3) et faire un chapitre des plus intéressants sur l'inflammation de l'épithélium. Nous dirons plus loin quelques mots des résultats auxquels est arrivé ce savant, en démontrant que le globule purulent n'est que la cellule du tissu connectif arrêtée dans son développement et morte avec dégénérescence moléculaire. L'épithélium pour notre savant compatriote joue un grand rôle non-seulement dans les fausses membranes, dans la variole, mais encore dans la production des tumeurs. Ces idées, nous le savons, ont été présentées comme neuves par des histologistes allemands, mais il ne faudrait pas oublier que la voie a été ouverte principalement par Kiiss.

Les altérations épithéliales dans les fausses membranes, bien

{{) Thierscb, Virchùw*s ArchiVy t. XL, p. 168.

(2) Kûss, De la vascularité et de Vinflammationj i847, et Cours de Thysioloqie^ Paris, i872.

étudiées par Wagner, ont été entrevues par Ktiss. La- part que prend Tépithélium dans le développement des tumeurs soit bénignes, soit malignes, idées qui dominent en ce moment en Allemagne, avait aussi été signalée par lui.

Pour Ktiss, la régénération épilhéliale se fait aux dépens de cytoblastes résultant de Tarrêt de développement des cellules devenues graisseuses.

Au début Taltération des épithéliums serait constituée par une simple hypertrophie, mais bientôt la dégénérescence graisseuse s'en empare. Cette transformation graisseuse peut parcourir un grand nombre de phases bien indiquées par Kilss : « On en trouve des traces partout où, dans Tintimité de l'organisme, une cellule meurt ou se désagrège. » L'arrêt de développement des cellules persiste sous la forme de cytoblastes. Lorsque la cicatrisation termine cet état de choses, il paraîtrait d'après les observations de KUss que : les cytoblastes^ subsistant à la surface de la perte de substance mêlés ordinairement aux débris fibreux des tissus sous-jacentSy deviennent le germe d'une régénération et dun nouvel épithélium.

Deux théories principales sont énoncées pour expliquer la régénération des cellules épithéliales. Les uns pensent, comme Kilss, que la production nouvelle est produite par une scission de noyaux, suivis de la mise en liberté des produits épithéliaux. D'autres admettent que les noyaux ne jouent pas un rôle principal, et ils pensent que le tissu conjonctif, en se métamorphosant et se divisant, donne lieu à la régénération épithéliale.

Une troisième théorie a été proposée enfin pour expliquer la régénération épithéliale. La régénération épithéliale, d'après Schrœr (1), serait due à la sécrétion continuelle d'épithélium qui se fait à la surface des glandes dont la fonction est de sécréler la matière sébacée et la sueur. Les cellules glandulaires, dit-il, se rassemblent à l'extrémité du conduit et se groupent en cercles concentriques vers l'orifice

{{) Schrœr. Anatomie^ etc.j délia cuUe umana, Turin, 1865.

glandulaire. D'après cet auteur, la couche de Malpighi ne peut don* ner lieu au renouvellement des cellules épithéliales superficielles. Si Ton songe que, dans les plaies superficielles de la peau, le plus souvent les glandes sudoripares sont épargnées, l'on comprendra comment l'épiderme peut se régénérer aussi facilement. Ala surface de certaines brûlures superficielles il n'est pas rare de voir de petits pointsblancssituésà une petite distance les uns des autres et qui petit à petit s'agrandissent. Ce sont les revêtements épithéliaux qui naissent aux dépens des glandes sudoripares et des glandes sébacées. L'on a même tenté d'expliquer l'apparition de certains épithéliomas par la sécrétion continuelle d'épiderme dans une glande qui a été oblitérée par une cicatrice, par exemple.

La théorie dont nous venons de donner le résumé peut être admise dans certains cas; mais comme théorie générale delà régénération épithéliale, il ne doit pas en être de même.

Pourarriveràla connaissance exacte du phénomène intime de la régénération épithéliale, de nombreuses expériences ont été pratiquées. Disons d'abord qu'il est fort difficile de trouver une peau d'animal qui puisse fournir k l'expérimentateur des résultats inattaquables; et l'expérimentateur, on le sait, n'a chance d'arriver à ces résultats que lorsqu'il a choisi un organe ou une partie d'organe, où les phénomènes qu'il peut observer sont simples; les exemples des découvertes importantes faites sur un territoire limité, et généralisées ensuite, abondent et nous n'insisterons pas. C'est ainsi que, pour le sujet qui nous occupe, l'on a essayé, mais en vain, de se servir de la peau du dos du chien, en excisant une grande épaisseur de tissu cellulaire sous-cutané; la laxité de cette peau était dans ces cas un obstacle à l'observation. Sur le voile du palais, on est arrivé à des résultats plus précis. Mais c'est surtout à la face antérieure de la cornée, que les hislologistes se sont empressés d'observer la régénération.

Dans leurs observations, un certain nombre d'expérimentateurs, ayant vu les corpuscules migrateurs en assez grand nombre, se

sont demandé si ces corpuscules, en se transformant, ne devien* draient pas cellules.

En effet, si, avec le collodium cantharidum, on vient à déterminer une perte de substance dans la langue d'une grenouille, au bout de quelques minutes, au milieu d'une masse très-riche en petits noyaux qui vient remplacer la perte de substance, on voit apparaître un grand nombre de cellules amiboïdes qui la parcou* rent en tous sens, et subissent des altérations de forme en se dirigeant vers le bord épithélial. — Arrivées là, elles stationnent, mais s'éloignent bientôt pour disparaître en pénétrant dans la couche épithéliale. D'autres s'avancent entre les cellules situées près du bord épithélial et, après s'être arrêtées un certain temps près de celui-ci, elles pénètrent dans la masse qui contient les noyaux fins. L'union entre les deux portions (épithélium sain et épithélium régénéré) est marquée par une ligne étroite. Ces cellules migratrices paraissent sortir delà muqueuse ; d'autres, des couches épithéliales.

Dans le premier temps de la régénération, la masse contenant les petits noyaux ne subit pas de transformations ; plus tard elle devient plus claire, plus transparente, et, à ses limites, surgissent de légers contours que terminent de petites lamelles dans lesquelles on peut observer de bonne heure un noyau brillant. Les limites de ces lamelles deviennent de plus en plus nettes. On obtient ainsi ces productions homogènes ne contenant qu'un noyau et qui tantôt restent libres, d'autres fois, dans les environs du rebord épithélial, sont environnées par d'autres cellules.^ Elles peuvent se transformer aussi d'une autre façon. Leur substance devient toujours plus riche en noyaux; elles se montrent de plus en plus volumineuses et superficielles jusqu'à ce qu'elles aient pris les caractères de Tépithélium avoisinant. Ces lamelles de nouvelle formation, que nous venons de décrire, apparaissent au niveau du bord épithélial, et tantôt se confondent avec celles de date plus ancienne. Les zones épithéliales avoisinantes sont refoulées vers le centre de la perte de substance.

Dans les cas de perte de substance peu étendue, ce refoulement en avant du bord libre de Tépithélium suffit pour produire la réparation et la néoproduction d'épithélium au bord libre de Tépilhélium.

L'étendue de la perle de substance, l'état de la circulation de Tépithélium sain, influent d'une façon évidente sur ia durée de la régénération. Nous pouvons dire cependant qu'en général, lareproduction se fait avec une rapidité excessive, et c'est peut-être une des raisons pour lesquelles l'observation de ces néoformations est entourée de difficultés aussi grandes ; sur la cornée, on observe aussi très-facilement la migration des cellules amiboïdes.

Tels sont les quelques résultats obtenus par Arnold. Pour lui, la multiplication des cellules amiboïdes aussi bien que la dilatation des lacunes de la cornée sont en connexion intime avec la régénération d'épithélium.

Sur l'épiderme de la grenouille on observe des faits à peu près semblables à ceux observés sur la langue de ces animaux. Si en effet, à l'aide du coUodium canlharidum, on fait soulever l'épiderme sous forme d'ampoule, on peut enlever l'épithélium détaché. On ne tarde pas alors à voir les migrations des cellules amiboïdes vers la superficie, la lacune se trouve bientôt comblée par une masse finement granuleuse ; ce sont là les plus importantes modifications observées dans les 12 premières heures. Après 24 heures on découvre déjà plusieurs rangées de cellules de nouvelle formation. On voit de plus au niveau du bord de l'épithélium se développer des lamelles complètement homogènes, qui d'ordinaire ne contiennent qu'un noyau plus ou moins distinct. Mais il est aussi difficile d'observer la scission des noyaux ou le fractionnement du protoplasma que la transformation directe des cellules amiboïdes en cellules épithéliales.

Ou a pensé qu'en injectant du cinabre dans le sang et les lymphatiques d'une grenouille, on pourrait mieux saisir la part que prennent les cellules amiboïdesà la régénération épithéliale. Dans ces cas

l'on trouve en examinaut la cornée 24 heures plus tard de nombreuses cellules amiboïdes contenant des corpuscules de cinabre non-seulement dans la cornée, mais encore dans les couches épi théliales superficielles qui couvrent celle-ci en tous sens. On les retrouve dans toutes les couches ; mais, si Ton fait l'injection pendant un certain temps pour observer comment la régénération se fait, on voit les cellules amiboïdes seules contenir le cinabre. Nous pouvons donc dire qu'en général les cellules amiboïdes seules contiennent du cinabre.

D'un autre côté, si Ton entrave la régénération à la périphérie, on peut obtenir la production d'Ilots régénérateurs sans participation des îlots de Tépithélium préexistant. A cela nous pourrions répondre que le genre d'expérimentation dont on s'est servi dans ces cas (expérimentation sur la voûte palatine) ne prouve pas que des ilôts d'épithélium peuvent se former indépendamment de l'épithélium préexistant. Dans ces cas en effet les autres parties épithélialesde la cavité buccale ne pourraient-elles pas êlre entraînées sur la perte de substance et donner lieu à la régénération. Le cuir chevelu se prêterait beaucoup mieux à l'observation de la régénération.

M. Arnold serait porté à croire que les cellules amiboïdes jouent un grand rôle; qu'elles tirent leur origine de la muqueuse ou du tissu cutané des couches épithéliales, question qu'il n'est pas parvenu à résoudre: elles inlerviendraient en provoquante segmentation, de la même manière que les spermatozoïdes amènent la segmentation du vitellus de l'œuf. On n'a jamais pu cependant s'assurer que les cellules amiboïdes faisaient toujours partie constituante des membranes épithéliales et se rencontraient en nombre plus considérable dans celles, qui étaient en voie de segmentation. Du reste, a-t-on jamais pu constater dans une expérience la transformation des cellules amiboïdes en cellules épithéliales?

Si cette théorie ne doit pas être admise, d'un autre côté celle que nous ont présentées les différents auteurs sont passibles de sérieuses objections. Nous avons dit que l'opinion d'un certain

nombre d'auteurs était : que la reproduction épithéliale se faisait au moyen d'un épithélium préexistant. Dans ce cas les noyaux de l'épithélium préexistant se diviseraient en même temps que la substance des cellules subit un étranglement, et ainsi naîtraient des cellules tout à fait indépendantes. Cependant les expériences faites sur les animaux vivants et sur la cornée ne sont pas favorables à cette hypothèse. D'un autre côté, on ne retrouve pas sur le bord libre de l'épithélium, où la régénération devrait être la plus active, des noyaux et des cellules se segmentant et s'étranglant. On ne voit pas non plus sous le champ du microscope les cellules que Tondit se segmenter. La division des noyaux et l'étranglement des cellu* les sont-ils si rapides que l'on ne puisse voir les formes de transition ? Une seconde hypothèse est celle qui a été énoncée ainsi : La régéné* ration se fait par scission répétée d'une même cellule épithéliale préexistante. 11 est vrai que Ton ne peut observer sur le vivant la multiplication des noyaux, et l'on n'a pas non plus observé une cellule épithéliale contenant plusieurs noyaux. Nous trouvons seulement des masses de protoplasma, mais rien ne nous oblige à admettre que celles-ci- sont le résultat de la division du noyau d'une même cellule.

Un certain nombre d'auteurs, un assez grand nombre ont pensé que dans le protoplasma d'une cellule se développait un nouveau noyau indépendant de celui qui préexiste, noyau qui ensuite groupe à son tour autour de lui une certaine quantité de protoplasma. Si la découverte des lamelles dépourvues de noyaux doit être admise, et nous le croyons, ce serait une objection sérieuse à faire à celte théorie. D'un autre côté, observe-t-on sur le vivant de pareils phénomènes qui durant un certain temps devraient par cela seul ne pas échapper à notre observation ?

On a dit aussi, et l'on voit que nous examinons avec, soin, et sans en négliger aucune, les théories de la régénération épithéliale : la régénération se fait par l'étranglement delà substance des cellules épithéliales et le développement de noyaux dans ces parties iso-

lées. Mais a-t-oa pu observer rien de semblable en examinant des animaux vivants? Nous ne le savons pas.

Une des théories qui a joué aussi un rôle des plus importants est celle de ]a régénération des cellules épithéliales au moyen du tissu conjonctif. Doit-on admettre que la transformation du tissu conjonctif en cellules épithéliales se fait d'une manière directe? Un certain nombre d'observateurs pensent qu'il y aurait métamorphose directe des cellules provenant de la division des cellules de tissu conjonctif en cellules épithéliales. Mais, au lieu de trouver des cellules à petit noyau, Ton trouve des lamelles qui ne se transforment que par fractionnement en produits plus petits et qui renferment des noyaux à différents stades de développement. On n'a même pas pu observer des phénomènes de division des éléments du tissu conjonctif.

A quelle théorie nous rattacher?

On le voit, l'indécision est grande, et l'histologie se trouve en défaut : — il est fort possible cependant, et c'est là l'opinion de Ranvier, que les cellules embryonnaires baignant la surface des plaies se transforment en cellules épithéliales. Quelle différence existet-il entre les globules blancs, les cellules migratrices du tissu conjonctif et ces cellules embryonnaires ? Il faut un œil bien exercé pour les saisir.

Malgré cette divergence d'opinions, un fait d'une importance capitale nous est acquis, c'est que l'épithélium se régénère. La rapidité avec laquelle cette régénération se fait est excessivement grande. Et si nous voulons résumer ce qui se passe à la surface d'une plaie privée de son épithélium, nous nous exprimerons ainsi :

Au bout d'un certain temps, on voit apparaître au début une masse granuleuse qui comble en partie la lacune. Cette masse est légèrement trouble. Mais bientôt, premier indice do régénération, elle change de couleur et devient vitreuse. La réfringence change; les granulations fines se réunissent et forment le protoplasma. D:'s cellules amiboldes sont aperçues en assez grande quantité. Les

masses de protoplasma se recouvrent le plus souvent d'éléments épithéliaux plus ou moins développés. Ils se fractionnent et ce fractionnement tiendrait, suivant Arnold, au mouvement des cellules amiboïdes.

De ce fractionnement résultent des productions ovales de volume très-différent les unes des autres. Le plus souvent le fractionnement se fait de la périphérie au centre; les lamelles qui en résultent sont bientôt munies d'un noyau à point brillant; elles offrent des contours plus ou moins circulaires devenant définitivement réguliers.

Tandis que la lamelle se munit de nucléoles très-fins, le noyau se remplit de granulations fines et devient plus tard transparent, ne contenant plus que quelques nucléoles plus volumineux.

La cellule épithéliale nous apparaît alors contenant un noyau brillant. Ses contours, d*abord peu nets, deviendront réguliers, son contenu subira la transformation granuleuse et le noyau sera aussi plus net, toutes ces parties croîtront ensemble et nous aurons une cellule épithéliale parfaite.

La masse granuleuse que nous venons de décrire appartiendrait d après ce que nous avons dit, suivant certains auteurs, à l'épithélium préexistant qui la laisserait transsuder; pour d'autres, au tissu sous-jacent ; cette dernière assertion est soutenue par un grand nombre d'histologistes.

§ 3. — De la grûlte épidermiqùe. De ses rapports avec la régéné-^

ration de Tépiderme et de l'épithélium.

De nouvelles expériences, en partie pratiquées par M. Reverdin (t), viennent de nous démontrer avec quelle facilité pouvait se faire la régénération épidermiqùe et épithéliale et nous savons parfaitement aujourd'hui, grâce à un certain nombre de travaux sur ce

(I) Reverdin, Archives générales de médecine, mars-juin, i872. — Voyez Mathias Duval, Nouv. Dic^deméd^ et de chir, prat* Paris, 1873, t. XVf, article Greffe épider-

MiQUE.

sujet, quels avantages peut présenter, dans le traitement des plaies, la greffe épidermique.

Les phénomènes qni se passent à la surface d'une plaie bourgeonnante et granuleuse, lorsque l'on vient à y transplanter une partie épidermique, ont été décrits par les auteurs d'une façon différente; et si nous avons vu qu'une hésitation extrême exislait pour l'interprétation des phénomènes qui se passent dans la régénération épithéliale, nous voyons de même ici, et cela ne doit pas nous étonner, régner la même incertitude.

Ce qu'il y a de certain, c'est qu'à la suite du dépôt de Tépiderme sur une surface qui se cicatrise lentement. Ton voit une génération d'éléments anatomiques se produire, et cela, non d'une façon tumultueuse, mais régulièrement, de façonque la perte de substance . est remplacée par un tissu histologiquement semblable à celui qui avait été détruit. Mais d'où viennent ces éléments?

Certains auteurs ont prétendu que les cellules épidermiques transplantées proliféraient.

La génération des éléments épidermiques se ferait là de la même façon qu'à l'état normal. p

Pour les partisans du blastème, la greffe viendrait modifier le blastème et faire naître ainsi de jeunes cellules épidermiques qui suivent ensuite leur développement habituel.

11 est évident que pour Arnold, dont nous avons examiné les opinions plus haut, la régénération se ferait à peu près de la même façon.

M. Reverdin attribue à l'épiderme, et à l'épiderme seul,- le rôle principal dans la formation d'tlots cicatriciels.

La couche cornée, d'après cet auteur, ne jouerait pas un rôle actif et l'on obtiendrait presque toujours des résultats négatifs.

La greffe, dit M. Reverdin, adhère par l'épiderme.

Cet auteur repousse en outre la théorie de la prolifération, car, moins heureux que certains auteurs, il n'a pas pu observer de cellules épidermiques renfermant deux noyaux, ou un noyau en voie

de division ; il repousse aussi la théorie du blastètne et se rattache h l'hypothèse dans laquelle Tépiderme transplanté détermine par sa présence la transformation des cellules embryonnaires en cellules épidermiques.

MM. Morat (1) et Colrat (2) décrivent un réseau qui jouerait un grand rôle dans la régénération.

Dans ces cas les cellules épidermiques dériveraient de la transformation des cellules superficielles de bourgeons charnus en cellules épidermiques.

La zone épidermoïdale ou cuticule épidermoïdale formerait la transition entre Tépiderme formé et les cellules embryonnaires des bourgeons charnus : « Les cellules de cette couche diffèrent peu de celles du tissu sous-jacent; ce sont des cellules embryonnaires; elles sont seulement un peu plus petites à l'extrémité de cette cuticule et plus volumineuses au voisinage de Tépiderme formé.... — Pendant qu'à la surface les cellules s'acheminent peu à peu vers la transformation épithéliale, les cellules embryonnaires de la profondeur passent à l'état de cellules conjonctives. Elles deviennent fusiformes et étoilées (2)....»

Ce qui viendrait à l'appui de l'opinion de ces derniers auteurs , c'est qu'il est difficile de voir des cellules épithéliales en voie de multiplication. Poucet (3) et Reverdin insistent surtout sur ce point.

Ainsi donc, l'épiderme agirait par action de présence. Cette force aété appelé, par Vogel, analogie de formation; par Gubler,ca/abiotique^ et dernièrement enfin par Dubreuil, force homéoplastique .

Un fait qui semble ressortir nettement des expériences de M. Reverdin, c'est que si l'épiderme peut seul se greffer, la couche cornée ne suffit pas.

Mais, dans la plupart des cas, une partie du derme qui est inti-

(i)Moraf, Des greffes épidermiques. Thèse de Montpellier, 1871.

(2) Colrat, Des greffes épidermiques. Thèse de MontpeUier, 1871 .

(3) Ant. Ponce t. Des greffes dertm-épideimiques, et en particulier de larges lambeaux derm(hépidermiques [Lyonmédicaly 1871).

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Ijuns des Cr'jsde Inulûre iiolaniin-Tit la rapidilc e^t suuvenl e\ce.ssise.

.Notons surtout qiir:. si nii lieu d'attendre que le tissu péripliéri- (\\i(i s'av;infe en ^-uhi'-sirit d*is modifications (,'t des arrêts de dévelo|)peni(Mjt d'r)ri;.Mne irritative* tissu inodulaire^, nous ol.denons un(î rr;.;énéralion (''pidfM'niique, nous avons un tissu parfait et non un tissu (:iralriri(d (ilne'ux.

(Jue rlcvons-nous choisir entre ce qui nous est proposé?... Une cicatrisation dans le sens propre du mot avec ses cortèges liabituels, in(latnmatir)n ou suppuration, ou une r^'production épidermique nous donnant des résultats si désires, un tissu non altéré?

Nous cotndurons donc avec M. Heverdin que la rétraction cica- Iricielhî et les cicatric(.'s vicieus(^s peuvent être prévenues souvent par la *^\v\\\) épidcrmiciue.

Ces expériences viennent à Tappui de ce que nous développons plus loin, à savoir : que le but que doit se proposer tout chirurgien, c'est d'obtenir une régénération normale. Ce qu'il doit surtout éviter, c'est une régénération perturbée, c'est-à-dire une cicatrisalion. « Une cicatrice souple et solide est .toujours désirable, dit M. Reverdin. » Mais, dans ces cas, a-t-on affaire à une véritable cicatrice? Nous n'aimons pas ce mot placé à côté du mot souple.

Pour nous un des grands avantages de la greffe épidermique serait d'éviter la cicatrice, de favoriser la régénération.

MM. Rouget, Hergott (1), Waringthon, Haward, PoUock, Johnson, ont tantôt obtenu des rétractions simples; tantôt un tissu nouveau parfait a remplacé le tissu retranché, c'est-à-dire que; dans quelques cas, ils ont eu affaire à une cicatrisation, dans d'autres cas à une régénération.

M. De Wecker(2) s'est servi avec succès dans ces derniers temps de la greffe épidermiquepour éviter les cicatrices qui sont si nuisibles par leur rétraction dans la chirurgie oculaire. Il recommande surtout la greffe:!^ dans les cas de brûlure des paupières ou des parties environnantes ; dans ce cas, à part l'immense avantage de prévenir une cicatrisation vicieuse, la greffe en mosaïque (greffe dermo-épidermique multiple) a encore le sérieux avantage de couper court à la suppuration si désagréable lorsqu'il s'agit des plaies du visage; 2'' dans les cas d'ectropion partiel ou total des paupières, suite d'une rétraction cicatricielle qui s'est opérée dans leur voisinage. Dans ces cas on dégage les paupières en détruisant toutes les brides cicatricielles; dans la plaie ainsi produite, on place les greffes vers le septième ou huitième jour, lorsqu'elle est entrée en suppuration et que les bords se sont bien effacés vers le fond de la perle de substance; 3° enfin dans tous les cas où les paupières ont subi, par accident ou par suite d'une opération, une

(\) HergoU et Hcverdin, Greffe épidermique {Gazette médicale de Strasboutg^ i" cH 5 septembre i87l).

(2) De Wecker, De la greffe dermique eii chirui*gie oculaire {Annales d*oculi8tique. 1872).

Demarquay. — Régénérations, 5

<i«i UEdliNEHATION l'KS TlSSIS.

perle de substance; considéiiible, laissant une j)Iai(} siippniante. Les différents travaux que nous venons d'examiner sur la rri:énéralion de l'epilliéliurn et de l'épiderme, et l'examen de ce qui se pnsse dans la greffe cpidermique, qui nécessiteraient cerlaiîienirnt des développements que nous ne pouvons leur accorde!', nous indiquent cependant qu'il n'y a plus lieu de repousser les régénérations de ces tissus, el, s'il existe un certain nombre de desiderata, nous devons cependant considérer bon nombre de faits comme définitivement établis.

§ 3. — Régénération des cartilages.

examinons maintenant si les cartilagr's peuvent se régénérer. Nous savons que les os se prêtent ;i une régénération parfaite, nous espérons pouvoir démonti'cr qu'il (ni est de même d(*s cartilages. Les cartilages comme les autres tissus jieuvent, s'ils sont enflammés, se c/catriscr et ?ir pas sr rif/nirrcr, Rcdfern (I), dans ses études sur le cartilage, a démontré (pi(% dans ces cas, la réunion se fait par un tissu fibreux, dans lequel on n(^ ])Ouvait retrouv<»r aucune trace de tissu cartilaf:ineux. MrujdièriM-!* ^'^i I80O, Redfern. IJroca (3), montrèr(*nt d(.'S failsdcî cicatrisation des cartilages et leurs conclusionssont entièrement ado[)téespar Ollier ( i). Le péricbondn' dans ces cas joue le principal lùle et l'orme une vii'()lepériphériqu(\ aidant puissamment à la cicalrisalion.

Béclard a assisté à la cicatrisation de caiiilages costaux brisés, et il a vu qu'ils se réunissaient au moyen d'un déixH de substance osseuse, qui prend la fornii^ d'un anm^iu ; m:iis si les extrémités ne se louchent pas d'une nuniière immédiate, le vide est ren)pli par un néoplasme, (|ui, après être resté ({uel([ne temps scléreux, devient cartilagimnix, et enfin s'ossiliiî.

(1) Hcdrcrn, Ô// thr Uxili/Kj (>f Wvini'ls in <ti ticnhir init'h'm {Monthhj .humai (if nmdirtil S'/f /<-/>. |jlinl)iirL:li, IS.il).

{^1) Mondii'l'c, Jiiilhtins tir di Sorir(i' tui'.ifnfniijiif ^ lS.lt).

(3) l^roca, /A/'/., Us.il.

CO OUicr, Traite de l<i lOjua ration^ p. IX],

RÉGÉNÉRATION DES GARTILAOES. 67

M. Legros (1) a communiqué h la Société de biologie des résultats ' qui semblent indiquer que le cartilage se régénère au bout de la troisième semaine. Après avoir incisé des cartilages articulaires, cet observateur a vu les chondroplasies apparaître. Â mesure que ces derniers se montraient, le tissu lamineux disparaissait. Lorsque la suppuration se déclarait, il y avait cicatrice fibreuse et absence de cartilage, M. Legros admet , en conséquence, la régénération des cartilages : elle se produirait même, suivant cet auteur, chez Thomme.

Autenrieth et son disciple Dœrner (2), Villermé, Magendîe et Breschet prétendent n'avoir pu observer aucun cas authentique de régénération de ces tissus.

Le docteur Dœrner dit que : par cela seul que les cartilages et les fibro-eartilages sont susceptibles d'inflammation, toute régénération devient impossible.

Laënnec, dit Ktlhnhollz, a affirmé que les cartilages se régénèrent.

Kolliker dit lui-même : « Les cartilages n'ont aucune aptitude à se régénérer, et leurs blessures ne se cicatrisent pas au moyen de substance cartilagineuse. )>

Nous sommes loin de parlagerl'avis des auteurs qui ne croient pas aux régénérations des cartilages. Les cartilages d'encroûtement, des naseaux, de l'oreille, se régénèrent avec une facilité extraordinaire. Nous citerons, àTappui de notre opinion, les figures que M. B. Angera fait représenter diaprés les dessins et les prépoj^ations de M. Hénocque, et qui montrent nettement une cicatrice cartilagineuse du cartilage d'encroûtement du tibia dans une fracture de la malléole externe (3).

En employant en outre pour le cartilage la méthode dont s'est servi Heine pour analyser les fonctions du périoste, méthode qui, on lésait, consiste fi enlever, tantôt l'os en conservant le périoste, tantôt le périoste en conservant l'os, on acquiert la certitude que

(1) Legros, Bulletin de la Société de biologie, 1867,

(2) Dœrner, Thèse. Tubingue, 1798.

^3) Benjamin Anger, Traité iconographique des maladie^ chirurgicales^ ISiîO.

(IS IU:<il':NKI{AllnN iii:s TISSI s.

le périchondre joue un grand nMe. Dans les cas où 1 on conserve le pt'ricliondre, la régunéraliou est plus active et les cellules régénératrices semblent partir de celte membrane.

M. Peyiaud (I) compare le périoste et b^ péricliondre, et il conclnt de son examen rpi'il existe une spécificité relative entre ces deux membranes, en vertu de laqncHe l'os se forme an niveau du péri(»sie, tandis qu(i le carlibige persiste an niveau du périchondre. La concile profonde du péric^sli^ on couche ostéogéniqne formée par la moelle est celle qui prési(b* à l'ossilication, par conséquent le péi'ioste n'agit pas pour formi^r de l'os, la ninelle seule joue le principal rôle. C'est aujourdliui un fait univeisellement aduiis. De même le périchondre possède une couche chondrogène, faisant |)artie du cartilag(^ comuHi le j)érirKs(e de la moelle. Ces cellules naissantes sont idenli(iues, l'âge constitue la seule diirérence.

Voici du reste quelques conclusions de .M. Peyraud :

1'* Le tissu cartilagineux, tissu organisé, est susceptible de se régénérer ;

2" Sa régém'îration est d'autant plus active qu(i sa nutrition «^st plus alunulante ;

3" Lue irritation semble entraîner la calcidcation et l'ossification de ce tissu ;

4" Le cartilage nouveau affecte généralement l'apparence du cartilage fœtal ;

o" La substance nouvelle nes'ossilie (|u'après un temps assez long;

G'Ml se forme d'abord un tissu (ibreux dans lequel s'épanchent plus tard les éléments du cartilage ;

7" Ces éléments nouveaux semblent \enir de l'ancien tissu dans les simples sections du cartilage^ ;

8' Dans les résections considérables les surfaci's de section son! insuflisantes pour combler la partie enlevée ;

9" Dans ces cas, le périchondre, organe nourricier du carlilag(\

(I) iVyraïul, EtmJofi ( rjirnut' nluks sur ht rî'jcn- inttnn il'> lissu^ i.n\tiliujiivvx (( osscux» Tlihc* Paris, ISiiî».

semble être la source principale de la reproduction. L'élément, la vie de la cellule, passerait donc par des phases différentes ; on pourrait admettre qu'il existe une période embryonnaire, puis une période chondrogène. A cela succéderait une période ostéogène; et enfm Télément, ayant vieilli, arriverait à la dernière période du cours de sa vie, période caractérisée par la fixité de l'élément dans l'osléoplaste.

Si nous voulons (ésumer les principales notions que nous possédons sur la régénération du cartilage, nous verrons- d'abord qu'il se régénère. Dans cette régénération le périchondre joue le principal rôle. Entre le périoste et le périchondre il existe une spécificité relative. S'il existe dans le périoste une couche ostéogène, dans le périchondre il existe une couche chondrogène.

Les éléments de ces deux couches sont identiques, avons-nous dit, l'âge constitue la seule différence. L'élément à sa période gstéo* gène posséderait la propriété que Ton a appelée propriété ostéogéni" que. S'appuyaut sur la propriété que possède le périchondre, de servir à la régénération, on a tenté d'appliquer ces résultats à la chirurgie. Nous pensons néanmoins que la résection sous-pérl chondrique est peu réalisable ; on a bien conseillé de s'en servir dans les résections des cartilages costaux ; dans ces cas seulement elle nous parait utile.

Quoi qu'il en soit, il était intéressant de rapprocher le périoste du périchondre, de voir qne si la résection sous-périostée donnait d'excellents résultats, la résection sous-périchondrique pouvait dans certains cas se pratiquer.

ARTICLE II

Les phénomènes de réparation qui se passent dans les plaies ont préoccupé de tous temps les chirurgiens, et l'on voit développés avec un grand soin dans les traités tant anciens que modernes les

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IVr:rjil'- ^mu-^-^ i!.ulti| !•.'- tji:i \i''n::H:ii «:^^a^^-^ c3 travail «L.- I •'-••în'i'ifi';:;. îjjii^ fl';\'>:.- rn <'iit'r >ui!<':.t L.iir. 1 ii.tL'.iiiinaliuii.

^rju-. 'l-jiiN,'. (Kuj- r'jiLiij^ Ira.N .ii\ Cu' r''-|-ai,:tj>:i laïuHiissaiils fioii- -oiniip:> (Ail'ijr^, (It* rai/jj^I^'r a iioîrL* ai<lt'. iiiai> il ii»^ idiii [>a> qii ♦:!]•• <lr|j :-v»; Ki Init. «'l c r>l ci.' ([[[r tr(»[) >'jUVLnt linus ne M:nn-

Pour les os, notamment, et nous ne pouvons pas choisir un exemple plus juste, la régénération peut se faire sans développer autour d'elle de l'inflammation, ou une inflammation pour le moins très-modérée, et alors nous obtenons un os régénéré dans des conditions parfaites ; mais que l'inflammation devienne trop violente, la génération d'éléments nouveaux se fait d'une façon trop active; ils subissent des modiflcations, et nous avons dès lors de ces cals difformes nuisibles au malade.

Examinons donc les différentes opinions émises sur un sujet aussi difficile et voyons si l'hislologie nous fournira des notions utiles.

Nous résumerons autant que possible ce que nous avons à dire à ^ ce sujet.

La régénération des chairs, comme l'appelaient les anciens chirurgiens, était admise par un grand nombre de médecins.

Boeerhave lui-même l'admettait et nous le voyons, tout en niant la régénération des os, dire cependant : u si quid ablatum fueritde corpore, id repleri débet generalâ iterum materiâ. »

Une période cependant se présente où la régénération est entièrement niée. Fabre (1), Quesnay, Bezoet (2), Louis (3) et beaucoup d'autres prétendaient que la régénération dans les plaies est entiè* rement impossible.'

Il y avait évidemment dans c6s différentes opinions de l'exagération. Que, comme l'a dit Delpech, l'inflammation donne toujours lieu à des produits nouveaux et que ceux qui succèdent à la suppuration acquièrent une structure flbreuse et une propriété contractile ou coarclescible indéflnie et capable de surmonter les plus grandes résistances, nous l'admettons; mais de ce qu'un fait se produit fort souvent, est-il juste d'en conclure que dans d'autres circonstances l'on ne puisse avoir affaire à un travail s'accomplissant sans entrave, à une régénération parfaite?

(1) Fabre, Mémoire de l'Académie de chirurgie ,t. iV, p. 74.

(2) Bezoet, iôid., p. 106.

(3) Louis, t6i(i., t. V, p. 128.

72 HKGKNKHATION PKS TISSUS.

Les cicatrices elles-mêmes ne penvenl-elles pas cljanger le (issu qui les caractérise, contre un tissu qui si^ rapproche beaucoup du tissu normal ? Le tissu fibreux, sous rintluence du lenq)s, en subissant des transformations succcssivi's, peut devenir un tissu normal nouveau. Ces laits sont assez i'ar(\s, il est vrai, crpendafit il est incontestable maintenant que ce qiH' Ton ai)|)elb' les tiaciîs cicatiicielles disparaissent en faraude pai'li(\ et nous voNons Billrotli il), s*adressant aux étudiants allenninds chez lesquels les (knds à la rapieie sont fréquents, dire : « Plusieurs d'cntiiî nous, qui quiltrnt l'L'niversité avec la Wu'c balafrcc, peuvent se dir(^ pour leur consolation que dans six ou huit ans ces manjnes. que Ton se plait à considérer comme roniemenl d'une lace-d'étudiant, mais qui ne pareraient pas le xisnj^L'd'un père de famille, srronl presrpn? eifacees.

« Tcmpora niulanlur et nos ninl.nmir ii) illis. »

Samuel Cooper (2) pensait que, dans la cicatrisation, il y avait : rétraction des bour<:eons charnus et formai ion ih ifoifreJlc ppnir. Nous lisons j)lus bas « que la \)v\\\\ primitive qui euNironne la l)laie forme alors (b's plis et des riiles, tandis (jue la jx.^au accidentelle et nouvelle (\st lisse (4 brillanlivo .

Béclard, à son tour ar'mel la ré^uénération, de la p(^au et des parties sous-jacenles. «Toulesks fois, dit-il, qiu', soit })ar une lésion mécanique, soit par reH'ct d'uni; caulérisation de !a .'^an^rène et de l'ulcération, il y a eu di'struetion des tégumenis et même des parties sous-jacenles, à une profondeur ])lus ou moins grande, il s(» produit un nonvcdu fri/iinicfif scmitlahley ou au moins Irès-analoj^ue à celui qui a été détruit, et toujours le UK^'uir dans toute son étendue, quelle que soit la diversité des [lai lies mis( s à décriuvcrt <'l qui doivent en être revêtues. »

(1) Uillrolli, l''ifh,i!oiir ffiiiiir'iic'ilr ii'''th iiili'^ [r;\du{\h>\\. Paris, lSt;S.

(2) Sam. rjjo[M.'r, hirt. 'k ilui\ i>iiUi>/i(f, (ra«l. de lani^l-iis mit la .')'■ rdilioii. IViris, i^SL'«), t. I.

En parlant de la cicatrice, il dit que cette membrane constitue un tégument nouveau très-analogue et quelquefois tout à fait semblable à l'ancien.

I^augier (1) lui-même, dans un savant article, avait dit : « Terminons ce que nous avons à dire de la cicatrisation en men* tionnant, pour n y plus revenir^ la théorie surannée de la guérison des plaies avec perte de substance par la régénération des chairs, o Après cette assertion, que signifient les mots de tissu nouveau que nous trouvons plus loin ? Pourquoi Laugier dit-il, par exemple, « que la cicatrice qui suit ces pertes de substance est un (issu nouveau intermédiaire, qui remplace le tissu détruit, ou comble Tinlervalle des tissus divisés? » Laugier dit en outre : « la cicatrice est un tissu nouveau qui unit deux portions d'un même tissu préalablement séparées par une violence extérieure. »

(cII sufûty dit ce savant chirurgien, d'énoncer les principaux arguments de celte régénération des chairs pour en finir avec une théorie que personne ne soutient aujourd'hui. » Nous sommes d'autant plus étonné de voir M. Laugier émettre une semblable assertion en 1834, que Dup.uytren (2) disait en 1832. « .... La nature crée et organise un tissu nouveau^ destiné à remplacer les tissus détruits et à remplir leurs fonctions. »

M. Kiihnholtz (3) concluait à la régénération des chairs.

M. Cruveilhier dit (4), qu'il était inutile de remettre ^xxjour cette théorie surannée et si souvent stigmatisée du sceau du ridicule. M. Cruveilhier admet cependant la régénération de la peau; pourquoi ne pas conclure à la régénération d'autres parties, à la condition que ces parties soient dans des situations spéciales? Du reste, depuis le mémoire de Kiihnholtz et le rapport peu favorable de Cruveilhier, un grand nombre de faits sont venus démon-

({) Laugier, Dkt, de Méd.y en 30 voL'2« édit., art. Cicatrice, p. 569.

(2) Dupuytren, Leçons orales de ctiniqite chirurgicale. Paris, J839.

(3) Kuhnhollz, Coiisidératiom générales sur la régénération des parties molles du corps humain. Paris, iS'ki,

(1) Cruveilhier, fiull. de VAcad. de médecine. Paris, 1830-37, tome I, p. 388.

74 KEGENKUATION DES TISSUS.

Irer que la régénération de certains tissus est inconsleslable.

La régénération des nerfs, que Cruveilhier et Roux niaient, est démontrée et n'est plus contestée par personne.

Depuis ces travaux, on le sait, un grand nombre d'exemples de tissus qui se régénèrent, ont été pul)liés.

Beaucoup d'auteurs admettent bien la régénération «Fun certain nombre de tissus; mais, lorsqu'ils décrivent les phénomènes de réparation des plaies, ils s'occupent exclusivemeuf de la cicatrisation et négligent d'indiquer s'il ne pourrait pas dans certains cas y avoir une véritable régénération*

Pour avoir une notion exiujie sur tous ces laits, ne nous fions qu'aux données de l'observation. Divisons un tissu et assistons aux modifications qui vont se produir(\ Essayons de pénétrer aussi profondément que possible dans l'observation du phénomène et voyons si nous ne pouvons pas y saisir la trace d'une régénération.

Nous allons donc examiner l'influence qu'exerce l'irritation sur la génération des éléments: 1/" dans les tissus non vasculaires; 2'' dans les tissus vasculaires.

Mais avant d'entrer dans les détails de ces questions, détails que nous abrégerons autant que possible, il faut que nous signalions une loi qui doniine toute la physiologie pathologique de rinfiammalion. Cette loi est la suivante :

J] inflammation fait refiasser la cellule adulte à l'état embryonnaire ; .sv/;^v cette modification, af/cane proliférati'm. ne peut .se produire. L'élément ne pourra se régénéier, à moins de se rajeunir. Nous verrons dans les différents tissus ce remarquable phénomène, et nous allons avoir à étudier l'évolution future de cette cellule rajeunie, c'est-à-dire l'évolution delà cellule embryonnaire.

§ 1''. — Influence de Tirritation sur la génération des éléments anatomiques dans les tissus non vasculaires.

Soit le tissu cartilagineux, et supposons qu'une irritation par un agent quelconque soit produite à sa surface. Qu'observerons-nous

alors?.... Au bout d'un certain temps nous verrons un gonflement de la partie et nous remarquerons surtout que la surface irritée est recouverte d'une couche pulpeuse, molle et souvent grisâtre. Mais cet examen à l'œil nu ne peut évidemment nous suffire : si nous sacrifions alors l'animal sur lequel nous avons fait l'expérience et si nous examinons son cartilage au microscope, nous allons trouver des différences et des trouves plus ou moins marqués, selon que nous examinerons les dilTérenles couches histplogiques situées à une plus ou moins grande distance du point irrité.

En effet, à mesure que nous nous avançons vers ce point, nous voyons le noyau des cellules qui a augmenté de volume ; le protoplasma, c'est-à-dire le contenu de la cellule, s'accumule et les capsules de cartilage sont hypertrophiées. Plus loin la multiplication endogène se fait, les cellules excrètent autour d'elle des capsules; elles élaborent de la matière cartilagineuse. Jusqu'ici, on le voit, nous n'avons eu en réalité que de l'hypertrophie.

Mais si nous examinons le point irrité, nous allons pouvoir noter des phénomènes imporlants. D'abord, la forme des cellules a considérablement changé; un certain nombre sont éclatées et à peine reconnaissables ; si l'irritation a été assez vive, nous apercevrons un assez grand nombre de cellules embryonnaires ; sous r influence de f irritation^ la cellule adulte eut repassée à F état embryonnaire. Mais que vont devenir ces éléments embryonnaires? Ils peuvent servir à produire trois choses.

Si l'inflammation a été trop intense, et si les vaisseaux qui apparaissent toujours dans ces cas et dont nous avons étudié le mode de formation (pages 35 et suiv.) ne se montrent pas de bonne heure, ces éléments ne recevront pas leur nourriture et ils mourront à cette période. Ce sont ces cadavres microscopiques, éléments embryonnairesà un faible degré de vitalité, qui nous semblent constituer le pus.

Dans d'autres cas les éléments embryonnaires peuvent former . un tissu différent de celui d'oîi ils dérivent et former du tissu flbreux. Ce'cas s'observe dans certaines arthrites chroniques. Quand l'in-

flammation est vive, il peul y avoir aussi formation de tissu osseux.

Dans les cas les plus heureux, ces éléments embryonnaires repro-duiseni le tissu de la région où ils siègent. — L'on voit alors à une cellule cartilagineuse succéder une cellule cartilagineuse; c'est en un mot une véritable régéuération.

Certains auteurs, Redfern et Broca, ont essayé <le nier que cette régénération, dans ce cas particulier, puisse se faire ; mais des expérimentations nombreuses nous ont permis d'être entièrement fixé sur ce point. Le cartilage peut se régénérer.

Tout dépendra donc, dans les cas de plaies du cartilage, de l'intensité de l'inflammation. Que l'irrilalion soit très-vive et continue, un grand nombre d'éléments embryonnaires ne pourront pas vivre et devront être éliminés; nous obtiendrons alors aussi un tissu fibreux, nous aurons en un mot une cicatrice cartilagineuse. Mais si, au contraire, le chirurgien emploie tous les moyens qu'il possède pour éviter cette inflammation perturbatrice, les éléments embryonnaires pourront suivre leur évolution régulière et constituer un tissu régénéré parfait.

Ce que nous venons de décrire pour le tissu cartilagineux se passe de même pour les autres tissus non vasculaires, et pour la cornée ; nous savons que Rindfleisch a signalé la possibilité de générations nouvelles de cellules cornéennes parfaites à la suite de plaies de celle partie de Toeil.

§ 2. — Influence de l'irritation sur la génération des tissus

vasculaires.

Dans les tissus vasculaires, nous allons aussi observer des phénomènes à peu près semblables.

Examinons en effet un os irrité, et perforons-le par exemple. Nous allons, au bout de quelques jours, observer une production excessive de tissu embryonnaire, aux dépens des médullocelles, qui siégera sous le périoste.

Dans tous les espaces médullaires, l'hyperplasie inflammatoire

existe. Le travail d'hypergenèse des cellules adipeuses a été démontré, on le sait, d'une façon très-nette par Ranvier.

En même temps que ces différents phénomènes se passent, les lamelles osseuses voisines se résorbent, la substance organique se raréfie.

Les corpuscules osseux redeviennent alors cellules proliférantes.

Ici nous observons ce que nous avons vu pour le tissu cartilagineux, c'est-à-dire un véritable rajeunissement de l'os: toutes les parties sont retournées à Télat embryonnaire.

Dans ce cas aussi ces éléments embryonnaires vont pouvoir mourir à cette période, et cela surtout si la formation des vaisseaux nouveaux ne marche pas parallèlement à celte génération exagérée et tumultueuse d'éléments anatomiques. Nous aurons du pus qui es^ destiné à être éliminé, complication redoutable que nous observons malheureusement trop souvent dans la chirurgie des maladies osseuses.

D'antres fois nous aurons ce que Virchéw appelle une hétéroplasie inflammatoire, c'est-à-dire que les éléments pourront former un tissu, mais qui ne sera pas du tissu osseux.

Dans les cas heureux, au contraire, nous auront; un élément os-* seux régénéré dérivant de la cellule embryonnaire : nous aurons une véritable régénération.

Soit encore le tissu conjonctif divisé par un instrument très-^ tranchant. Une légère hémorrhagie a lieu, mais les bords de la plaie sont rapprochés. Les capillaires étant oblitérés, la pression va augmenter; de là, rougeur, chaleur et gonflement.

A ces conditions mécaniques s'ajoute bientôt l'irritation. Cette irritation amène la dilatation des capillaires et des conséquences nombreuses que nous n'avons pas à énumérer. Si donc on examine le tissu conjonctif divisé, au bout d'un certain temps nous observerons que les corpuscules du tissu conjonctif otfrent un agrandissèment ; les noyaux se partagent à leur tour et de nouvelles cellules apparaissent. On peut apercevoir en outre, d'après les

descriptions de Rindfleisch (1), des cellules du tissu conjonctif, qui se contractent et sont animées de mouvements amiboïdes et auxquelles certains auteurs ont fait jouer un grand rôle dans leurs théories de régénération. Ce mouvement des jeunes cellules doit singulièrement favoriser la scission ; d'après d'autres auteurs, les nouvelles cellules formées s'accumulent entre les deux surfaces et en même temps la substance intercellulaire, transformée en une masse homogène, disparait (substance fibrinogène).

Dans ce cas aussi, comme pour le cartilage et pour l'os, les cellules adultes, sous l'influence de l'irritation, repassent par la période embryonnaire et vont suivre ensuite une évolution régulière.

A mesure que l'on s'éloigne du moment de la blessure, Ja scission des cellules devient plus lente, les cellules des surfaces métamorphosées deviennent fusiformes, le tissu intercellulaire réapparaît, avec une solidité plus grande, les cellules fusiformes se transforment en cellules de tissu conjoncliF.

Telle est la marche des faits que l'observation directe noos indique. Ne venons- nous pas d'assister à une régénération? Des cellules jeunes nous sont en effet apparues ; d'abord , elles sont passées par des phases différentes qui nous ont conduit à un tissu exactement semblable au tissu conjonctif normal.

Dans le cas que nous venons de décrire, les phénomènes inflammatoires ont été presque nuls et Ton a eu une plaie qui s'est réunie par première intention.

Quant aux vaisseaux dont nous avons signalé le mode de formation, ils jouent un grand rôle en assurant la vitalité de ces générations nouvelles d'éléments anatomiques. Nous allons voir bientôt que les phénomènes de suppuration qui exercent une influence si nuisible sur la régénération, tiennent en grande partie à la faible vitalité des éléments embryonnaires- qui, si Ton peut s'exprimer ainsi, meurent à cette période.

(I) Hindfleiscli, Uàloloyie pathohgique, Irad. par F'p. Gross. Paris, 1872.

Signalons encore, pour rapprocher le mode de processus régénérateur du mode d'évolution qui se passe, par exemple, dans la vie embryonnaire, outre la série ascendante qu'est obligée de parcourir la jeune cellule avant d'arriver à l'état de cellule de tissu parfait, la présence d'un réseau vasculaire extrêmement abondant, qui existerait chez le fœtus, à une certaine époque de son existence. Dans la formation des éléments d'un organisme, comme dans la formation d'éléments nouveaux dans une plaie, les cellules passent toutes par la vie embryonnaire. Les tissus provisoires dans les deux cas apparaissent pour disparaître bientôt; dans la plaie d'un blessé, dans le corps d'un animal en voie de génération, mêmes phénomènes. L'analogie est bien grande, et pourrait nous amener à une conclusion rigoureuse.

(( La naissance des éléments anatomiques chez l'adulte, a dit M. Ch. Robin, reproduit les phénomènes de leur génération chez Tembryon. £lle s'accomplit d'après les mêmes lois, et les phases du développement conjonctif à la naissance sont aussi les mêmes que chez l'embryon. »

Ce qu'il importe de bien noter, c'est qu'il n'existe pas de différence entre les phases de la régénération d'un tissu par naissance d'éléments anatomiques et les phases de Tapparition de ce même tissu chez l'embryon .

Dans la régénération et la cicatrisation du derme, nous pouvons voir apparaître d'abord des noyaux embryoplastiques, puis les vaisseaux qui, d'abord très-nombreux, ne tardent pas à disparaître en partie; les (ibres lamineusesse montrent ensuite, puis les éléments élastiques. Ne dirait-on pas dans ce cas avoir affaire à une génération du derme par genèse chez l'embryon ?

Là, en effet aussi, les noyaux embryoplastiques naissent d'abord ; citons cependant quelques exceptions h cet égard pour le notocorde, les cartilages vertébraux et les myélocytes; mais, à part ces parties, après les noyaux embryoplastiques, on voit aussitôt, comme dans* le cas de plaie, apparaître ensuite les vaisseaux, les fibres la-

><(» lllîiiKNERATInN DKS TISSI'S.

iiiineii>es el les élùmeiiLs élasliques. Dans ces deux cas, nous pouvons donc conclure qu'il n'exisle aucune diderence pour l'oidre d'apparition des éléments anatonuques, ce qui fait que Ton pourrail pres(|ue dire que la régénération est une naissance i)artielle.

Dans le cas de cicatrisation, de réunion par seconde inteiilion que nous allons étudier, les éléments apparaîtront bien au début dans l'ordre oii ils se montrent chez l'cmhrvon, mais le tissu i ml>ryonnaire subira des Iransformations qui pourront ramener dans certains cas à ue pas reproduire les éléments du tissu de la réi^ion où il siégeait.

Dans les cas où les phénomènes indammatoires ont été assez vi(dents, les éléments embivonnaires. en continuant leur évolution, n'arriveront pas à leproduire les éléments du tissu primitif, mais ils donneront le plus souvent du lis^u fil)rcux : Ton aura une cicatrice.

Dans la réunion par première intention de la plaie du tissu conjonclif, rien ne s'oppose à la reconstitution du tissu. Mais si une large plaie est produite avec pert(3 de subslance, que cette plaie soit exposée h l'air, irritée par des corps étran^«'rs, que se passera~t-il ? La ré,;:énéralion pourra-t-elle s'eUecluer jusqu'à la lin sans obstacle? Une production de cellules embryonnain^ considérable se formera dans ce cas, en même temps le séi'um transudé contenant de la substance fibrinogène, soumis à Tinlluence de ces cellules se coagulei'a. Mais ce qui distinguera ce cas plus compliqué de celui de secticui simple sans pm'te dcî sul)stances, c'est (jue nous aurcms des cellules mortes qui surgiront h la surface de la pfaie; parmi ces cellules, les unes ne pourront plus évoluer, les autres, dans un état de mort apparente, comme Ta dit Hiinlv, et nous préférerions dire dans un état de moi l immiiu'nt(\ pourront mourir, si le plasma sanguin vient à ne pas irriguer en quantité suffisante les bords de la plaie.

Mais bientôt le tissu bourgeonnant appâtait. Kn effet, le tissu nou\eau formé ne peut pas trouver un point d'appui dans la face

opposée, que l'on trouvait dans la section simple ; la substance fibrineuse, les cellules nouvellement formées occupent la surface. Si les vaisseaux nouvellement formés sont suffisants, les cellules rondes embryonnaires continuent à se multiplier.

Le tissu est de consistance variable, et à la partie supérieure se trouve une couche liquide, substance intercellulaire liquide, dans laquelle se trouve ce que Ton appelle le pus.

Maintenant que nous venons d'examiner comment la génération d'éléments anatomiques peut se faire sous Tinfluence de Imitation, cherchons à répondre à celte question si difficile. D*où provient le pus? et voyons si les idées que nous venons d'exposer ne pourront pas aider à la solution du problème.

Nous devons l'avouer, malgré les études constantes sur Tinflammation, malgré les observations microscopiques minutieuses, la physiologie pathologique de l'inflammation ne nous est pas encore parfaitement connue.

Pour Virchow, le globule de pus, on le sait, se forme aux dépens des éléments du tissu dans lequel il apparaît, par suite d'une prolifération de ces derniers. En fait, le globule de pus est- il un élément histologique spécial? Le globule du pus naît- il à l'état de globule de pus ou est-il une modification d'un autre élément? La théorie de KQss et de Henle à ce sujet nous paraîtrait assez séduisante.

M. Leberl et Ktiss sont certainement les auteurs qui ont donné le plus d'éléments pour résoudre cette question. Leur opinion peut se résumer dans ceci : Le globule purulent n'est que la cellule du tissu connect if arrêtée dans son développement et morte avec dégénérescence moléculaire* Kûss recherche la vérité, et pour cela, il emploie des instruments puissants, Toxpérimentation aidée de l'observation. Il fait des plaies à un chien et examine les tissus divisés. Voici comment l'illustre professeur nous donne le résultat de son observation :

Le tissu inflammatoire globulaire, soumis à une irritation excès-"

DeMARQUAY. — Régénération». 6

sive, à la compression (par exemple dans un phlegmon), au eontact de l'air (à la surface des bourgeons charnus), subit un troisième mode de transformation, c'est sa nécrose, sa fonte purulente. Sa teinte grisâtre devient jaunâtre; de compacte qu'il était, il devient pulpeux, ses éléments se désagrégeât et l'on voit les globules se gonfler, pâlir, leurs contours devenir moins nets. Ce sont les globules du pus.

«Les amas grisâtres qui en occupaient l'intérieur se sont en partie transformés en gouttes huileuses. Ce sont elles qu'on a décrites comme noyaux multiples des globules du pus; car la plupart des observateurs, imbus de la brillante théorie de Schleiden se sont évertués à trouver, dans tout globule, un noyau, dans chaque noyau, un nucléole. Je crois que l'on s'est trop hâté en généralisant ces filiations de la cellule, et je saisis cette occasion pour déclarer qu'en étudiant les tissus sains et morbides de l'organisme humain, je n'ai observé à l'appui de la susdite théorie que quelques faits douteux : que bien plus souvent, j'ai vu la cellule préexister à son prétendu noyau, et je crois, dans la plupart des cas, pouvoir considérer les changements que l'on remarque dans l'intérieur des cellules comme liées, tantôt à la génération endogène, tantôt aux transformations graisseuses.

« Si l'on veut ne conserver aucun doute sur la liaison des faits que je viens d'exposer, il faut étudier, ainsi que je l'ai fait, les bourgeons charnus suppurants, chez l'homme et de préférence chez le chien, dont le suc nourricier manifeste sous l'influence des irritants une activité prodigieuse. Ces bourgeons charnus ne sont autre chose que le tissu inflammatoire, toujours le même, substitué aux couches superficielles des tissus les plus divers, mis à nu, exposés à l'action irritante de l'air, par exemple. En effet ,on n'y remarque aucune différence de texture, quel que soit l'organe sur lequel on les trouve greffés; que ce soit le derme, le tissu cellulaire, un os, un muscle, etc., partout on les trouve constitués par quatre couches, la couche purulente, la coucheglobulaire privée de vaisseaux^

la couche vasculaire dans laquelle le globule est en voie de transformation fibrillaire, et enfin la couche médullaire dans laquelle cette transformation est achevée et qui est relativement exsangue, quand on la compare au siratum précédent. C'est surtout en étudiant les formes organiques que l'on trouve à la surface solide des bourgeons, c'est-à-dire entre les globules vivants réunis en masse compacte, et le pus, que Ton arrive à né plus conserver le moindre doute sur la nature de ce dernier. Les globules caractéristiques qui entrent dans sa composition sont les globules fibro-plastiques, frappés de mort, exposés qu'ils se trouvent à l'action irritante de l'air ou des topiques. Les lois physiques exercent alors sur ces cadavres microscopiques un empire absojlu, Timbibition les fait gonfler commodes éponges, rend leurs contours moins nets, raréfie leur tissu et les rend plus pâles. Â la surface des bourgeons charnus, l'origine du pus ne peut donc être l'objet d'aucune contestation. i>

D'autres auteurs ont cherché en outre à prouver que le globule muqueux ou purulent n'est qu'une jeune cellule arrêtée dans son développement, et frappée de dégénérescence granulograisseuse.

Telles sont les principales opinions émises il y a déjà quelques années par des observateurs sérieux ; les nouvelles données doivent-elles être acceptées avec plus de faveur ? Nous craignons qu'il ne doit pas en être ainsi. Nous nous représentons en effet beaucoup plus facilement après une plaie, une génération d'éléments anatomiques se faisant en assez grande abondance; mais une cause extérieure survenant, parmi ces cellules un certain nombre meurent à la période globulaire et nous les retrouvons plus tard à l'état de cadavres microscopiques. Celte vu6 si simple et qui parait si naturelle, doit-elle être acceptée? Dans une question aussi difficile et encore à l'étude on ne saurait être trop réservé. Quanta admettre pour le globule purulent une spécificité, nous le disons ici hautement, nous ne comprenons pas ce que la

m^hdiepeiit créer; tout produit morbide est pour nous une exagération d'un produit physiologique. A l'état normal, des éléments sont produits ; que par des conditions extérieures, de milieux surtout, celle génération soit exagérée, que des éléments ne puissent pas vivre, qu'ils meurent, le pus se trouverait constitué. Le pus serait un produit de véritable déviation du travail de régénération, un produit de désorganisation.

Mous ferons remarquer en outre que dans une plaie qui suppure il est impossible de voir un travail de régénération au début : à plus forte raison dans les cas de suppuration chronique, dans les ulcères dits atoniques ; si l'on vient dans ces cas à laver la plaie, on trouvera bien des bourgeons charnus, mais ces bourgeons charnus n'au<ront pas un degré de vitalité suffisant; ils seront pâles et ce n'est qu'en excitant la plaie que l'on peut arriver à la régénération. C'est que, dans ces cas, les éléments nouveaux deviennent des cadavres qui! est facile de constater au moyen du microscope. Les éléments de régénération dans ces cas, pensons-nous, se détruiraient à mesure qu'ils se produiraient.

Un assez grand nombre d'histologistes, en France surtout, ont insisté sur ce fait que la génération des éléments anatomiques ne s'accomplit pas dans les points où l'inflammation est à son summum, c'est surtout vers la périphérie du foyer inflammatoire que se constaterait surtout la régénération des éléments anatomiques. Nous croyons devoir citer ici les paroles suivantes de M. Robin à ce sujet, car son assertion nous parait très-importante. « L'inflammation est loin d'être favorable à l'adhésion des tissus, c'est-à-dire à la génération des éléments anatomiques, dit ce savant histologiste, c'est au contraire a^ant que celte inflammation ait lieu ou après qu'elle a eu lieu, ou relativement loin des points où elle est confirmée, que s'accomplissent les phénomènes de génération d'é* lémenls anatomiques. »

Sans nous prononcer définitivement au sujet des deux theoi'ies principales de rinflammatiou, de l'irritaliou formatrice (Virchow),

du blastème (Robin), nous pourrions penser que, si l'irritation joue un grand rôle pour la prolifération des cellules embryoplas* tiques (et cette théorie nous semble la plus acceptable), rinflammation en donnant lieu à une production exagérée d'éléments, mais à une élimination exagérée des cadavres microscopiques^ comme le dit si bien Kilss, ne servira pas en somme à la génération lente et sagement modérée qui doit nous donner uu tissu parfait.

Quant à l'opinion qui veut que les globules de pus dérivent des globules blancs, théorie qui a fait dans ces derniers temps un si grand bruit et qui est soutenue par Cohnheim (1), nous croyons ne pas devoir l'admettre comme théorie générale derinQammalion, et nous n'avons pas ici à donner les raisons qui nous font émettre cette opinion.

Ces recherdies sur les globules blancs et les parois qu^ils doivent traverser, ont mis en lumière un fait qui nous paraît être cependant très-important. L'on a vu en effet que les capillaires participent au travail de prolifération, non-seulement ils donnent passage à travers leurs parois ramollies, aux globules blancs, mais encore aux principes nutritifs, et cela nous explique pourquoi, dans les cas de génération excessive des éléments embryonnaires, nous n'en trouvons qu'un nombre relativement très petit qui, manquant de leur nourriture, ne sont plus viables. Ce sont, nous l'avons dit, ces éléments embryonnaires à un faible degré de vitalité qui constitue le pus. Cette distribution plus abondante de principes nutritifs nous explique encore pourquoi un nombre trèspeu considérable d'éléments peut encore donner lieu à de grandes quantités d'éléments semblables, les uns qui pourront continuer leur évolution, les autres qui se transformeront en pus.

Uu fait acquis, c'est que les corpuscules migrateurs amiboïdes existent et il est relativement facile de les observer.

(i) Cohnheim, Virchow's ArchiVj t. XL, p. 1. i867.

86 RÉGÉNÉRATION DBS TISSUS.

. Certains histologistes, M. Corail, Stricker, admettent une théorie mixte de l'inflammation dans laquelle les cellules amiboïdes joueraient un grand rôle. Quant à la part certaine que les éléments prennent dans la régénération, nous l'avons déjà dit, la question est pendante et loin d'être résolue. Cependant dans la plupart des cas cette opinion de Cohnheim, qui du reste avait été émise bien avant lui par Zimmermann, ne saurait être admise. Ne voyons-nous pas les cellules d'épithélium se gonfler, se diviser? L'opinion de ceux qui pensent que si le noyau en voie de segmentation se divise sans que la cellule elle-même participe à cette division et amène des globules de pus, serait rendue fort vraisemblable parles lésions que l'on observe dans l'inflainmation de la peau e' sur les muqueuses dans l'inflammation catarrhale et surtout dans la péritonite expérimentale.

De sorte que, d'après ces théories mixtes, l'on pourrait admettre deux modes de formation des globules de pus : par prolifération cellulaire et par suite de la sortie des globules blancs hors des vaisseaux.

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