INFLUENCE DE U CIRCULATION
grande facilité pour s'enflammer, Ton comprend parfaitement que cet(e complication empêche la régénération.
Pour la greffe, nous voyons aussi que les parties qui se greffent le mieux sont justement celles qui se cicatrisaient le plus facilement et dont la circulation est la plus active.
Les animaux qui se prêtent le mieux h la greffe sont ceux que nous avons signalés comme présentant des cicatrisations rapides, et non des régénérations : les rats, les oiseaux chez lesquels la circulation est très-rapide.
Des expériences directes n'ont pas été faites pour apprécier l'influence de la circulation sur la régénération, et celte lacune est regrettable; il faut dire cependant que la solution du problème est entourée de difflcultés.
Dupuytren prétendait que la ligature du tronc artériel principal d'un membre arrêtait tout travail de consolidation dans le cas de fracture.
Delpech a vivement combattu cette opinion.
Un certain nombre de chirurgiens ont pu observer aussi des fractures qui se consolidaient, bien que des ligatures d'artères eussent été pratiquées. Mais les données ne sont pas assez nombreuses pour que nous puissions nous prononcer sans hésitation.
Cependant, d'après ce que nous voyons se passer chez les animaux, suivant que la circulation est très-lente ou très-active, nous sommes engagés à conclure qu'une circulation trop accélérée nuit à la régénération. L'on sait du reste que les parties les plus vasculaires sont celles qui s'enflamment le plus facilement, et la suppuration et la cicatrisation sont la conséquence de cette complica* tion.
Depuis longtemps aussi les chirurgiens cherchent, parla position, à empêcher l'afflux sanguin, dans les parties que l'on veut voir se cicatriser régulièrement. Dans la plupart des cas où ce puissant moyen est employé, l'on n'a pas la prétention d'obtenir une réunion par première intention, mais les phénomènes de suppuration et d'inflam-
■■2HI INiLrKN'J-: b\' SVSIEME NLKVEl'X.
inatiolj sont moins ;.'iavGs. et la cicatrisation devient plus facile '1 .
§ VI. — Influence du système nerveux.
Favoiiso-t-il ou empêche- t-il la réi:énéraliou ?
Un ^rand nombre d'expéiiences ont été faites pour connaître exaclement l'inlluence du système nerveux sur la ré^^énératiou et la cicalrisalion.
Nous allons \oir si l'on est arrivé à des résultats piécis.
Toorl (2) a prétendu le premier que, si roii sectionne les nerfs du moifinrui d'une salanjandre, Ton pfut empêcher la régénération de s'eilVctuer. Cette expérience curieuse n'a pas été répétée ce qui fait que nous ne savons pas si nous desons l'accepter sans crainte d'erreur.
D'un autre coté, Nasse, Arnemann ont essayé de montrer que la section des nerfs n'agissait en rien sur la cicatrisation des plaies.
Chez les ])aialytiques, certains auteurs prétendent avoir vu des différend s très-marquées, d'autres, au contraire, disent n'avoir pas pu les sai^ir.
M. Broca nous dit que lorsqu'il coupait h ses animaux les nerfs de l'une des cuisses, il ne remarquait aucune différence dans le mode évolulionneldc la plaiequ'il pratiquait dans l'un ou l'autre membre.
11 résulte des expériences d'Olli^r et de Cliauveau que la production du tissu cicatriciel n'est pas sous la dépendance de l'innervation.
Vil certain nombre (îe cas de fractures observées chez des parais tiques semblent démontrer cependant que la régénération osseuse se tiouvc entravée.
Travers a cité l'exemple suivant : Dans un cas de fractures mul-
(I) Voir :i ce sujet : Isidore IJôurdoii, Mr/noin sur l'injhirnr,; '/'' l'f pcsaufvur $nr hs 'ithrnonii'nriy flr hi vi>!^ iNlîf. — A. Liicroix, C(>/(Sf'{ii'afi(ihSinitluilO'jit/acssnrrattidule ih: llmnintr. Tlièsc. P.iriî^, l«:îi. — (imly jeune, Ik flnjUteitfcdchj iHsnnttur. {.\rrhi>'cs de innirini\ Is.;,'].) — l'iorry, De l' Inflnincr d*' hi iifSduUuv sur la rircahitôm, — Nélaloii, Courvurs de t'iuupic dtirunjicuh:^ IS.")1.
(J) Toud, (Junrti rif/ Jounnd of xûiin^-^ I. \VI, p. 01.
liples de l'humérus, de la jambe et des vertèbres lombaires, avec paralysie, la fracture de Thumérus se consolida, celle de la jambe au contraire se termina par une fausse ankylose.
Bush (l),au contraire, apubliérhistoired'un homme de soiiantecinq ans, paralytique depuis plus de vingt ans, privé de tout mouvement et de toute sensibih'té des membres inférieurs, et qui pourtant s'étant cassé la jambe gauche, l'avait parfaitement consolidée au bout de cinq semaines.
Monro avait vu aussi chez une grenouille à laquelle il avait coupé le nerf crural que non-seulement la jambe n'avait pas maigri au bout d'un an, mais que la fracture du fémur qu'il produisit alors se consolida sans accident.
Schrœdcr van der Kolk a soutenu que la suppression de l'action nerveuse amenait toujours une aberration du cal.
M. Ranvier (2) a conclu d'une expérience assez intéressante que cette influence des nerfs sur le cal n'existait pas.
Chez un chien, en effet, il lit la résection du sciatique droit dans une longueur de 42 millimètres, et le bout supérieur fut relevé en anse et fixé dans cette position avec un point de suture.
Le nerf crural du même côté fut réséqué dans une étendue de 27 millimètres, et le bout supérieur fut aussi relevé en anse comme pour le nerf sciatique.
La jambe droite fut alors fracturée au moyen d'un levier. La fracture porta sur le tibia et le péroné au niveau de leur tiers iuférieur. Au moment où la fracture fut produite, il se fit une cica^ trice transversale de la peau, de telle sorte que le foyer de la fracture communiquait avec l'air.
Nous nous dispenserons de décrire tes différentes modifications que subit l'os, nous nous contenterons de citer les conclusions de M. Ranvier:
(1) Bush, London médical. Gazette, 1840.
(2) Ranvier, Gazette hebdomadaire de médecifie et de chiruryie, Paris, 1872. la P. Hedard, Considérations générales sur la moelle des os, id.
2'' I.^ s fj^; f\ fi ofjt pris ri .rJi'.r-n^ •• rlj^w-i.; i|ji ia f.-iTrj.t/' :i -lu cal. Imj ^fl» t. ^iôiiS r*!(.: f;vj.«''.^:j'»'. rwrrjr:^': (]a:>^ K'- îi'.chn^rS crim[>lirjMM:-. d'; plai^ , .1 a r '/• .'f',| li rjcr- ],,- c I -r ('. i\'; »' j^nr Oxsjticatioil
dÏM-rU;. (dij'Jj-, rjij(Mj,;/i, lo, ii.jctuies sjujp.'e^ il » >t 'l'aLo!-.! carliia-
M. Olla r 1 [):r'f<:ij(i -'i\i(t a-^uiï'- ]>ar 1 oxp''ii'TiCO qiîO !♦• (J'''i":iiit d'iijiKM's.'jliMi n^- ijiii-;jit pis dir^-cfriurnt « l pir lui-DJÙnie au <lc- \r;|fipp(Mrifînt (lu jjioc^'-sij^ ricaf.i iciel.
A\;inl IVartuiV' \\)S rri(jl..lai >ierj sur <leux jeunes anneaux de ïiii'Aïut â;.'ect ;i\;int lesérpié à Tun d'eux le neif" sciatirpie dans une éh'udue de .'{ eenliirjM.ie>, e<;t oLsei'valeui' lrr>u\aque les deux fracfuics fï'ii'u^il solides. La seelion du n*iiï n'avait donc pas nui à la criHsolidalifwi.
I)ans les d(NJX c.'is, IVissiliealion de la moelle dépassait de 2 cenliinc(rr;s Ifi ni\f*au de la liaclure.
Si nous adoplions les expf''ri(.'ne«'S de Scliiir, nous devrions jir.usci', au conhaire', (pie la section nerveuse amrne une hypei'ijeuis{\ des ('h'-inenls analomiijucs.
Seliiir dit rn ellrt a\oir vu à la suile de la section du sympa- Ihiipie i|U(î l'ossulussail une v(Mital)le hyperlropliie.
Pour s(î metiri; à l'alui de l'iidluenee (JU(î le re|)0s pouvait avoir sur ('f's |)lH'inom(Mies, Schiira aussi o])éré sur la mâchoire inférieure, et il a obtenu l(.'s nn^'ines rf^'sullats, e'esl-à-dire une liyperhopliie assez noialihî de l'os.
Ollier se- [)lainl de n'avoir jamais oMenu ces r(;'sullals. La seclion du sym|>alhi(puî (jucî c(; patient observateur fit sur un assez ;^rand nondire d'ainmaux ne produisit pas d'hypertrophie. Cet auteur conchit dmic ({uo la |)aralysi(î des nerl's vaso-moteurs n'active pas bvs pro[)riétés végétatives des cellules, malgré la pré-
'l)OHic'r, Ti'ditf c.rjuritncntnl rf vliHi'/u,' <ft la lU'/i nu'Umii ilcs os. Paris, iNi.îT.
seoce d'une beaucoup plus grande quantité de sang dans Torgane paralysé.
Chauveau (1) a vu du reste en étudiant lappareil kératogène des solipèdes que les propriétés végétatives des cellules sont indépendantes des nerfs, non-seulement des nerfs vaso-moteurs, mais encore des nerfs de la vie animale.
En coupant très-haut les nerfs de l'animal, il était .sûr de paralyser tous les ordres de fibres, il n'observait cependant, ditil, aucun changement dans l'activité formatrice des cellules épithéliales qui doivent former la corne du sabot.
Quelques expériences fort intéressantes qu'a pratiquées Snellen semblent nous prouver que, sous l'influence de la section du sympathique, il y a réellement une activité formatrice exagérée.
Ayant coupé à un lapin la moitié de chaque oreille après avoir sectionné le filet sympathique d'un côté, cet observateur trouva la plaie de ce côté cicatrisée en dix jours, tandis que l'autre ne Tétait qu'au bout de quinze.
M. Cl. Bernard n'admet pas, on le sait, que la suppression vasomotrice détermine des troubles divers de nutrition, par conséquent ni inflammation ni hypertrophie.
M. Brown-Séquard (2) a souvent soutenu que la multiplication des éléments anatomiques n'était pas en rapport avec l'activité circulatoire.
Il faut cependant remarquer que, si nous admettons à la suite de section des vaso-moteurs qu'il y ait le maximum des phénomènes physiologiques, nous devons en conclure que les phénomènes de nutrition et de génération sont au maximum.
«Mais ce n'est pas là encore, dit M. Bernard, un état morbide. On est sur la limite. » Nous ajouterons que cette limite est trèsfacile à dépasser.
Sous l'influence de cette section du sympathique, des éléments
(i) Journal de médecine de Lyorij 1853.
(2) Brown-Séquard, Journal de Brown-Séquard^ t. VI. p. 107,
(tuii()\rri\'iï\i(\ n(f\i[\)r<t [)(:u\('Ji[ ♦'•lir' pir)r]iiih. f-t. s'ils ^e trouvent sur nri terrain rjui n'est j)ris suflisninnHrit nulrilif. ils mourront à la |j('*rio(lii ornlir\onnair(î et con-fihierruit le pus. Kn fffr't. chez un animal soumis à l'inimifion, à la mi-('ie, l'on pent voir dans les parlif's (jii le's nf'rf^ vas')-molenr> ont rie >u;;p!im(''s une suppuration ahrmdanle. "A la suite (Ut certaines opéralions sur les nerfs, dit (]. HeTnard M i, ^n voit le pus s«* former dans li's différenls orj.'^anes : e'est le symj)a(liirjue qui est l'ai^^ent d(3 celle production. Que la seclion du sunjialhique soit [irati^iuce sur un animal faible, on ol)servera rrun seul côté, celui (tii a été pialiquée l'opération, une suppurali()n Irdhîment alxuidanle que l'animal en mourra presque toujours. J'ai (d;servé la même chose dans les cavités abdominale et llioracique, lorsque j'y ai détruit quelques parties du grand sympalliique. >'
Nous siL'nal(U(uis encore^ l'influence (|ue parait avoir le système n(îrv(Mix sensitif sur bî développ('m(Mit de Tintlammation, et nous eilercms un(! expéi'iencc; Irrs-curieuse de Clamb^ riu'uard, dans laquelle ce |)bysio!o^isle, a[)rès avoir mis un clou dans le sabot d'un cheval, (U coupé les nerfs sensilifsdu membre, voit que non-seulement il n'y a pas r^'aclion j^énérab', mais encore que rinflammation locale f;uéiit tri's-rapidemenl. Les véléiinaires emploient du reste ce moyrn pour f;uérir les chevaux des inflammations douloureuses (|uif^énent la marche; pour remédiera ces inconvénients Jls savent qu'il faut qu'ils si^'lionnenl tous les nerfs sensitifsdu sabot, et sous cette influence ils ne tardent pas en eflct à voir tous bvs accidents locaux (suppuration, inflammalion) guérir avec une rapidité étonnante, (le l'ail i)rouve évidemment, suivant nous, que l'excitation réflexe parti(ï de la [)lai(i douloureuse vient aj^ir sur les vaso-moteurs; et amèuiî une inllanimation locale qui persistera tant que la cause elle-même subsistera.
L'on voit donc, d'après ces queh]ues exempbNs, que si le système nerveux est une fonction (b^ perfectionnement cliez l'animal
(!)(-. neriiard, H'iuOlcs 'le i\>ry<!)iifiniCy t. Il, p. 3ii,
INFLUENXE DU SYSTÈMIi NERVLUX. 2î<9
supérieur, certaines de ses propriétés se manifestant d'une façon exagérée pourront causer des troubles dans les phénonaènes évolutionnels, amener des suppurations' et troubler la régénération.
L'existence de deux espèces de nerfs vaso-moteurs, les constricteurs, les dilatateurs, peut-elle nous servir à mieux comprendre les rapports qui existent entre- la suppression vaso-motrice, la nutrition, l'inflammation, la régénération? Ou a bien dit que la congestion par section des constricteurs était passive, la congestion par dilatation élait active et que c'était cette dernière action qui présidait à la prolifération des tissus et qui intervenait pour produire Tinflammation; la première ne ferait que préparer ces mêmes tissus à la prolifération, les constricteurs seraient les modérateurs de la nutrition. Nous ne savons si nous devons admettre définitivement ces idées. — Dans Texpérience que nous avons citée plus haut sur le sabot du cheval, Texcitafion sensilive agirait peutêtre en paralysant le sympathique de la même fiiçon que, d'après M. Claude Bernard (t), l'excitation du filet du facial paralyse le sympathique. M. Yulpian (2) et Brown-Séquard n'admettent pas celte action paralysante d'un nerf sur un autre, et ces deux physiologistes semblent admettre l'action directe des nerfs sur les tissus qui amènent alors directement la dilatation des capillaires.
En 1866, M. Brown-Séquard (3) nous dit que la simple vascularisalion ne suffit pas pour déterminer Tinflammalion, mais Tin-^ flammation se développerait au contraire très-facilement dans les parties dont les vaso-moteurs sont paralysés. Ce n'est pas l'abord d'une quantité plus grande de sang, dit-il, qui développe l'infiam* mation, c*est la modification des tissus qui attirent davantage le sang artériel .
(1) Claude Bei^àrJ, Leeom sur la physiologie et h pathologie du système wwTeiiri Paris, 1858.
(2) Vulpian, Leçons du Muséum d*Eist, nnt. [Revue des cours, 1860, p. 740.)
(3) Brown-Séquard, Leçons sur le systèm*' nrrveiix central. Philadelphie, 1800,
DEMARQrAV. — Rt^fjén^ro lions, i^
Nous devons, après cela, citer aussi les expériences qui prouvent ^ au contraire que certaines lésions nerveuses produisent des inflammations. Snellen (1857), Battner(1862), ont produit des inflammations de Tœil en sectionnant le trijumeau ; on a aussi obtenu par la section du pneumogastrique de véritables pleurésies et des pneumonies; la péritonite a pu être aussi produite par la lésion des ganglions semi-lunaires, etc.
De ces expériences on a voulu en conclure que c'était à l'hypérémie paralytique qu'était due l'inflammation , — C'est du- reste Topinion de M. Vulpian qui pense que la paralysie vaso-motrice ne produit pas directement l'inflammation, elle déterminerait une prédisposition locale qui rendrait les tissus plus aptes à s'enflammer. — Certains auteurs sont loin de penser que cette hypérémie neuro-paralytique n*est passufflsante pour occasionner à elle seule une altération dans la nutrition des tissus.
Nous devons dire du reste que les inflammations signalées à la suite de section du trijumeau et du pneumogastrique ont paru recevoir une explication convenable.
Les irritations tiennent en effet, d'après certains auteurs, à ce que l'œil devenu insensible ne peut pas se soustraire aux causes irritantes. Si l'on a soin de clore les paupières, la section du trijumeau n'est jamais suivie de conjonctivite.
Traube (1) a démontré en outre que la pneumonie consécutive à la section du pneumogastrique pourrait certainement être attribuée & l'introduction de corps étranges qui peuvent facilement s'introduire dans la trachée pendant les mouvements de déglutition, vu que la sensibilité de la muqueuse de l'orifice supérieur du larynx n'existe plus.
Cette opinion, il est vrai, n*est plus soutenable depuis que M. Cl. Bernard a montré que les lésions du poumon, àlasuite de la section du pneumogastrique, se produisent lorsqu'on fait respirer l'animal par une canule placée dans la trachée.
(1) Traube, Beitraie iur experim, PhysioL und pathoL BerUn, 1846.
D'après un certain nombre d'expériences, on pourrait dire cependant que les lésions qui ont pour résultat d'anéantir ou de suspendre l'action du système nerveux, n'ont pas le pouvoir de faire naître des phénomènes inflammatoires, et, par conséquent, de troubler la régénération.
Les expériences de.Nasse, Ârnemann , .nous ont démontré, il est vrai, que des sections simples de nerfs n'empêchent pas le travail de cicatrisation, mais il en est tout autrement si, au lieu d'une section pure et simple, il existe une excitation, une exaltation de propriétés; l'on voit alors se produire une véritable inflammation c'est une irritation nerveuse qui amène les mêmes résultats que l'irritation mécanique.
Samuel (1) a fait l'expérience suivante : Chez un lapin deux aiguilles sont appliquées sur le ganglion de Gasser, et Ton fait passer un courant d'induction; aussitôt il se produit un rétrécissement plus ou moins prononcé de la pupille, et en même temps se développe une légère injection des vaisseaux et de la conjonctive; la sécrétion des larmes s'exagère.
Le processus inflammatoire commence à se développer eu général, au bout de 24 heures. Son intensité s'accrott pendant le second et le troisième jour et diminue ensuite progressivement. — On peut observer tous les degrés de l'ophthalmie, depuis la conjonctivite la plus légère jusqu'à la blennorrhée la plus intense.
Il se produit sur la cornée une opacité générale, et, tantôt de petites exulcérations, tantôt un ulcère unique de forme ovalaire qui occupe la partie moyenne de cette membrane.
Dans un cas même, il s'était formé une coltection purulente ddus la chambre antérieure de l'œil.
D'autres cas semblables ont été publiés par Meissner, à la suite de sections incomplètes du sympathique.
Une question difflcile à résoudre est la suivante : Comment cette irritation vient-elle retentir sur les parties périphériques et y déter-^
(I) Samuel, Die tropkischen Nerven, Leipzig, i860.
miner les troubles inflammaloires? II paraîtrait probable que c'est en amenant Tirrilalion ou la paralysie du système vaso-moteur. Quant à admettre des nerfs trophiques^ rien ne nous engage jusqu'ici à nous rattacher à cette hypothèse.
M.Samuel, en effet, que nous avons déjà cité, admet dans son travail qu'il existe des nerfs trophiques qui accompagnent les nerfs sensilifs. — Leur fonction est d'augmenter l'activité nutritive des éléments des tissus. — Excités, ils amènent une hypernutrition, une hyperplasie existe, et les éléments se multiplient au delà d'une certaine limite, et tout à fait comme dans Tinflammation, de nouveaux éléments embryonnaires sont produits, qui ne trouvant pas les matériaux nécessaires pour leur nutrition meurent à la période embryounaire.
Si ces nerfs sont paralysés, il y aurait au contraire des troubles d'atrophie, troubles trophiques que M. Brown-Séquard et Charcol (1) ont surtout étudié avec soin dans ces dernières années.
Quandces nerfs sont irrités, dit M. Samuel, les éléments anatomiques se gonflent et prolifèrent.
A côté de ces expériences de Samuel, il faut citer aussi des expériences contradictoires d'Otto Weber, de John Simon qui oui vu qu'après la galvanisation d'un filet nerveux il n'y avait pas inflammation des parties où se distribue le nerf excité.
Cette théorie de Samuel présente un côté séduisant, cependant nous ne saurions l'admettre, et nous fierons remarquer que les nerfs trophiques en tant que nerfs spéciaux n'ont pas encore jusqu'ici été démontrés anatomiquement.
Si les lésions nerveuses paraissent n'avoir pas une influence bien marquée sur la régénération, des expériences nombreuses tendraient à nous démontrer qu'il en est de même pour le développement.
Des expériences consciencieuses ont été entreprises par M. Vul-
(1) Gliarcot, Leçons sw les maliuUes du système mrveux. Des troubles trophiques cofisécutifi aux malcidies du cerveau et de la moelle êpinière, Paris, i87u.
pian (1) pour savoir si les lésions du système nerveux central retentissaient sur le développement.
Sur un assez grand nombre de têtards très-jeunes, mais dont les branchies extérieures étaient déjà enveloppées, on fît une piqûre avec une assez grosse épingle au niveau du point où se trouve le cerveau proprement dit, et Ton traversa la tête en ce point. — Malgré cette lésion, le têtard continua à se nourrir, il revint à son état normal et il passa très-régulièrement par toutes les phases de ses métamorphoses.
Dans une autre série d'expériences, on a cherché à piquer la partie antérieure de. la moelle épinière, en se rapprochant autant que possible de la moelle allongée. Dans ces. cas la plupart des têtards mouraient.
Dans une dernière série d'expériences Ton apratiqué une piqûre de la moelle allongée. — On a piqué le bulbe rachidien : l*" sur des têtards dont le développement était déjà très-avancé, et 2^ sur des têtards très-jeunes, peu de jours après l'enveloppement des bran chies extérieures.
Dans le premier cas, l'apparition de leurs membres se faisait.
11 en était de même dans le second cas. Voici du reste le résumé des expériences et des conclusions présenté par M. Yulpian :
1^ Les lésions du cerveau proprement dit survenues pendant la vie embryonnairen'ontpasd'influenceappréciablesurledéveloppement;
2^ L'influence des parties antérieures (supérieures) de la moelle n'a pas pu être étudiée convenablement, l'étendue des lésions ayant déterminé la mort. Ce qui a été constaté à la suite des lésions du bulbe rachidien permet jusqu'à un certain point d'inTérer que des lésions limitées de la partie antérieure de la moelle, produites pendant la vie embryonnaire, n'auraient probablement que peu d'influence sur le développement, ou même n'en auraient aucune ;
3*" Les lésions limitées des parties antérieures du bulbe rachidien, chez les embryons, ne paraissent avoir aucune influence sur
(I) Yulpian, Comptes rendus de la société de Bioloyiey 1861.
*2în INFLLFN'.F Dl' SYSTEME NERVEUX-
iodrveloppoment. Eneflet. on a vu des lésions de cepenre faites sur (!( s Irtards vers la fin di^ leur existence embryonnaire, avant l'apparilion des memhros anlérieurs, ne déhMinine»; aucun retard dans les dernières phases de l'èNolution, ei ne modifier en rien lesphénom^nes de celle évolu'ion.
La dernière expr-rience de M. Vnl[)ian donne un appui solide à cette conclusion, aussi crovons-nous devoir la citer en entier.
Cliez un trlard dont le développement était encore peu avancé, on lit le 28 avril une pirpjre sur une des moitiés du bulbe. Les membres postérieurs ne commencèrent à paraître que le 10 juillet; les membres antérieurs se montrèrent le \i sep!eml)re : la transformation en ;j:reiiouille élnit à peu près acbevée le 1 i septembre. Or le double mouvement de rotation (en cercle et autour de l'axe lon^^ituJinal) exécuté sur ce têtard presque aussitôt après la piqûre de la moelle allongée, persisia jusqu'au dernier moment de la métamorphose, ce qui indique sans doute que la réparation des parties lésées n'a pas été cr)mi)lèle. Malgré celte permanence de la lésion de la moelle allongée, malgré la persistance des Iroubb's fonctionnids déterminés par cette lésion pendant toute la durée de l'évolution, on n'a pas pu constater la moindre iri'égularité dans le travail du déveloj)p(Mnent.
Si nous (^savons de résumiu' les résultais fournis par les expériences piatiquées en vue de savoir si le système nervcuîx a une grande iniluence sur les i)hénomèues de généralion et de régénération, nous voyons que les interprélation-^ de ces expériences par les dllTcrents auleurs varient, et de là une incertilude rei^retlable.
Ou peut dire cependant que les lésions sim[)lrs du système neveux ne possèdent pas une inflmnic^ très-marquée sur révolution des tissus et, parlant, sur le ph'''nomène régénéialion.
L.es lésions nerveuses fpiralysie^) paraissent dans certains cas prédisposer considérablement à une génération cellulaire exagérée, à rinflammalion. L'irrilation du svslèuie nerveux sensilif amène des troubles indamuuitoiris assez ijilfuises.