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CHAPITRE III

RÂGKNfiRATION DES ORGANES

Nous allons examiner comment la régénération se fait chez les animaux.

La régénération chez les animaux a été étudiée avec un grand soin, et là, on le comprend, il était facile par Texpérimentalion d'observer la façon dont se conduisaient les tissus, les organes que Ton avait retranchés.

ARTICLE P'

RÉGÉiNÉRATION CHEZ LES ANIMAUX A ORGANISATION INFÉRIEURE

Pline (1) nous dit avoir observé des régénérations des membres d'animaux.

Il devient difficile, après Pline et Blumenbach, de trouver dans les écrits des naturalistes des indications précises et nombreuses, et ce ne fut pas sans étonnement que les Bonnet, Rœsel, Spallanzani, de Réaumur, Broussonet, Heineken, Tood virent des parties entières d'animaux se reproduire. « J'avoue, dit Réaumur (2), que lorsque je vis pour la première fois des polypes se former peu à peu de celui que j'avais coupé en deux, j'eus de la peine à en croire mes yeux, et c'est un fait que je ne m'accoutume pas à voir après l'avoir vu et revu cent fois. »

(!) Pline, Htstoria mundt, lib. XXIX, ch. 38. — iElien, Oiei Cctuv I^iotutcc Ed. de Schuder. Lipsiœ, 1784, lib. Y, p. 47.

(2) Réaumur, Bist, de V Académie des sciences, 1712.

i2 RÉGÉNÉRATION DES ORGANES.

Une des lois que les premiers observateurs signalèrent fut que : La régénération est d'autant plus grande que l'animal occupe un rang moins élevé dans Téchelle animale.

La régénération est d'autant plus grande que l'animal est plus jeune. C'est ainsi que la larve des reptiles nus est plus capable de réparer ses pertes que lorsque l'animal est passé à l'état adulte.

De même les larves d'insectes reproduisent leurs parties plus facilement avant leurs métamorphoses qu'après.

§ 1". — Réfirénératlon chez les vers et les polypes. (G^mmiparité,

bourgeonnement.)

Les polypes, les vers, furent les premiers sujets de l'expérience, et l'on vit bientôt qu'il suffisait d'une porlion très-petite pour reproduire un animal tout entier.

Tremblay (1) fit des expériences demeurées célèbres sur l'hydre d'eau douce, et il nota chez ces animaux une force de régénération immense, égale pendant toute la durée de la vie de l'animal.

Une fraction très-minime suffisait pour reproduire un animal en entier.

Tremblay (2) a fendu des polypes en travers ou en long, et ceuxci reproduisaient la partie qui leur avait été enlevée; on pouvait même les couper en plusieurs morceaux qui redevenaient chacun un animal entier. Ce célèbre naturaliste nous a fait voir que lorsque l'animal a atteint une certaine grosseur, les molécules paraissent avoir plus d'affinité les unes pour les autres qu'elles n'en conservent pour le tout (Millier) ; il y a des bourgeons qui se séparent, et un nouvel animal peut être produit.

(i)* Tremblay, Mémoires pour servir à l'Histoire d'un genre de polypes d*eau douce. Leyde, 1744.

(2) Treviranufl, Biologie^ t. HI, p. 518.

VERS ET POLYPES. i3

Baker et Gœze (1 ) avaient fait du reste de semblables expériences et avaient obtenu les mêmes résultats en coupant le polype primitif soit en long, soit en travers. Cependant les expériences que les auteurs ont fait chez les actinies paraissent ne devoir pas être acceptées par certains auteurs avec une grande confiance.

Chez les tubifex des ruisseaux, le tronçon antérieur du corps se complète par la reproduction d'une queue, mais le tronçon postérieur n'est pas doué d'une force réparatrice analogue; ce fait a été signalé par d'Udekem (2).

La scissiparité se produit même à dififérentes hauteurs dans le corps du polype souche.

JaBger (3) a vu que dans certaines circpnstances le corps de ces polypes se désagrégeait ; les cellules élémentaires ainsi désagrégées deviendraient même, d'après cet auteur^ autant de nouvelles hydres. 11 désigne ce mode de multiplication sous le nom de Diasporagénèse.

Les strobiles ou individus polypiformes de la Médusa aurita présentent les mêmes phénomènes de régénération.

Les vorlicelles, les méduses, certains acalèphes présentent une facilité très- grande pour régénérer les parties qu'ils ont perdues.

Tremblay (4) et Ehrenberg (5) ont observé des multiplications par scissiparité chez le vortkella arbuscub^ ce qui nous prouve la faculté de régénération très-grande que possèdent ces organismes élémentaires.

Linné, en 1743, cite des observations de régénération de différentes espèces de vers.

(1) Gœze, Annales des sciences naturelles, t. XV, p. 139.

(2) Udekem, Histoire naturelle des Tubifex des ruisseaux^ p. 32 {Mém. couronnés de r Académie de Belgique^ t. XXVI}.

(3) Jœgcr, XJeber dos spontané Zerfallen der Siisswasserpolypen nebst einigen Bernerkungen ùber Generationswechsel (Sitzungsberickt der Wiener Akad. 1860, 1. XXXIX, p. 341. -

(4) Tremblay, Observations upon severval Spedes of water Insects of thé Polypous Kind {Philos. Trans . , 1 744, t. XLI V, p . 627).

(5) Ehrenberg, Infusionsthierchen. 1838, pi. 35, fig. 3.

i4 RÉGÉNÉRATION DBS ORGANES.

Gordius dit qu'à cette époque les naturalistes aveugles regardaient comme une fable les faits cités par Linné.

Chez les annélides, la régénération n*a lieu qu*après une section transversale. Le ver peut réparer soit sa portion céphalique, soit sa portion caudale.

Dugès (1) a de son côté noté un pouvoir de régénération trèsgrand qui existerait chez les planaires. En effet, il suffit d'un huitième ou même d'un dixième de l'animal pour reproduire un animal en entier. Il est à remarquer que cette régénération, qui ne met que 4 jours en été, met 15 jours en hiver. Dans ces expériences on peut voir souvent les planaires se partager en deux animaux par une scission transversale.

Il se formait à chaque moitié de nouveaux anneaux, qui étaient d'abord transparents et devenaient peu à peu opaques.

Dugès nous dit même avoir trouvé dans l'eau un individu qui avait deux moitiés de queues.

Âugustinus (2), cité par Haller, vit aussi des régénérations se produire chez la scolopendre.

Mazzolinus, Ch. Bonnet, avaient vu les néréides régénérer les segments que l'on avait détaché de leurs corps. Une naïde divisée en six segments longitudinaux devenait un nombre égal d'individus nouveaux, pourvu que chaque tronçon eût au moins une ligne et demie de longueur.

Spallanzani (3) a vu, après avoir coupé un ver en deux, que de la surface de la plaie s'élève un petit bourrelet blanc, qui grossit peu à peu, ne tarde pas à acquérir des anneaux étroits, serrés les uns contre les autres et renferme des prolongements du cordon ganglionnaire du caual digestif et du système vasculaire sanguin.

Sangiovanni (4) a fait des observations tout à fait analogues.

(1) Dugès, Annalts des sciences naturelles, t. XV, p. 139.

(2) Vallianiepi, DiaL, p. 26.

(3) Spallanzani, Beproductions animales, p. 13.

(4) Sangiovanni, Medicinisck-chirurgische Zeitung. 1824, l. H, p. 93.

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