PRBMIBRS ESSAIS DB COLONISATION
L'hémisphère américain fut, comme chacun le sait, découvert par des expéditions venues d'Espagne. En conséquence, le pape, qu'on envisageait comme le vice-gérant de Dieu, donna le continent et les tles du
Nouveau-Monde au souverain qui portait le litre de Sa Majesté Très-Catholique. Cela n'empêcha pas que d^autres nations, excitées par la soif de l'or, ne dirigeassent aussi de ce côté leurs voyages de découverte?.
L'Angleterre fut la première à entrer dans la lice. Le 24 juin 1497, les deux Cabot, Jean et Sébastien, engagés au service de l'avare Henri VII, atteignirent le continent américain, dont Christophe Colomb n'avait connu que les îles. Ce fut là ce qui ouvrit TAmérique du Nord à une puissance qui, moins de cinquante ans après, devait secouer les fers de Ronie et devenir le plus considérable des royaumes prolestants. a Celui qui a fait d'un seul sang toute nation d'hommes, » pour habiter sur toute la face de la terre, ayant dé- * terminé les temps ordonnés d'avance et les bornes » de leur habitation,» avait résolu de préparer un lieu de refuge à ceux que la persécution devait bientôt chasser de leur pays natal. El combien il s'en fallut peu, si l'on ose le dire, que ce plan n'échouât. Un au ou deux auparavant, un aventurier espagnol se disposait à suivre depuis l'Ile de Cuba la route même que tinrent les Cabol , lorsqu'il en fut détourné par une circonstance en apparence insignifiante. S'il Teût fait, quelle action cet événement n'eût-il pas exercée sur le monde entier, et quel nouvel exemple de la liaison qui, sous la direction suprême de la Providence divine, unit les plus petites causes aux eiïels les plus grands ?
Cependant l'Espagne ne renonçait pas à ses droits
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sur le contineoty et la France, de son côlé, ne demeurait pas inaclive. Sous ses auspices, Yerrazani, ea 1524» et Cartier, dix ans plus tard, marchèrent à la découverte de nouvelles contrées. La première de ces expéditions eut pour conséquence que la France réclama toute la côle au sud de la Caroline du Nord. Mais les résultats de celle de Cartier au fleuve Saint- Laurent furent plus considérables. Après quelques essais infructueux, un protestant français, De Monts, fonda, l'an 1605, une colonie dans le lieu de la Nouvelle-Ecosse, appelé maintenant Âunapolis. En 1608, Québec prit naissance sous la direction de Cbamplain, qu'on peut envisager comme le père de tous les établissements français dans l'Amérique du Nord. De là, remontant le Saint-Laurent et menant. avec eux des jésuites, les colons de celte nation traversèrent les grands lacs, descendirent la vallée du Mississipi et s'établirent à Fort Du Quesne, à Yincennes, à Kaskaskia et autres lieux : si bien que la plus grande partie de l'immense vallée du centre tomba pour un temps entre les mains des Français.
L'Angleterre, à son tour, ne perdait pas de vue la portion de ces pays lointains qu'elle prétendait lui appartenir. Avant la (in du seizième siècle, il y eut plusieurs essais de colonisation de la part de la Couronne, mais ils furent tous infructueux. II n'en est pas de plus célèbre que celui qui sq fil dans la Caroline du Nord en 1584, par Sir Walter Raleigh. Cependant, et malgré les talents éminents et l'énergie de cet bomme distingué, rien ne reste de son entreprise, si ce n'est le
nom de Virginie, qu'il eut l'idée de donner à une parlie du continent américain en l'honneur de la reine Elisabeth, et l'usage du tabac dont il réussit à faire un objet de consommation pour l'Europe.
Les voyages qui^ durant ce siècle, eurent lieu en Amérique dans des vues mercantiles, ne laissèrent pas de proQter à plusieurs de ceux qui les entreprirent; mais ce fut seulement au XVIP siècle que les essais de colonisation obtinrent de vrais succès. On ne saurait trop admirer la sagesse et la bonté de Dieu dans le gouvernement des choses humaines. Au XVP siècle, l'Angleterre n'était pas mûre pour l'œuvre de la colonisation; elle n'eût pas alors fondé ces illustres provinces dont elle peut avec orgueil se dire la mère. Pendant une grande partie de ce siècle, la masse du peuple anglais continuait d'être attachée à Rome, et la glorieuse constitution de l'Angleterre s'ébauchait à peine. La Réformation devait surgir avec les persécutions, les débats et les luttes qui l'accompagnèrent, pour que les esprits et les mœurs fussent à la hauteur de la tâche. Des hommes libres pouvaient seuls fonder un empire libre. Il fallait de plus qu'ils traversassent l'Atlantique, non pour chercher de l'or et des pierreries, comme l'avaient fait tous les peuples durant le XVP siècle, mais pour se vouer à l'agriculture, en même temps qu'au commerce, et pour avancer le règne de Dieu et non pas seulement leurs intérêts matériels.
C'est à quoi Dieu faisait rapidement concourir tous les événements de l' Ancien-Monde.
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