‹ De la religion aux États-Unis dÁmérique (volume 2)Chapitre 18 sur 111 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

▲niTDDB PARTICULIÈRB DE LA RACB ANGLO-SAlOlfNB POUR LA

COLOinSATION.

ÂbslraclioD faite de toute considération religieuse f et mettant à part l'action des circonstances, il faut reconnaître que la race anglo-saxonne possède lea qualités les plus précieuses en des colons. Ce qui ca-* ractérise les hommes de cette race, c'est une persévérance à toute épreuve , avec un ardent amour de la liberté et le besoin profond d'indépendance personnelle. Rien de plus convenable pour supporter lestra* vaux et l'isolement auxquels on est exposé dans les premiers temps d'une colonie. Or, il est à remarquer que, sauf un nombre proportionnellement peu considérable de Suédois et de Hollandais, ce sont des hommes d'origine anglo-saxonne qui colonisèrent non-seulement la Nouvelle-Angleterre, mais encore les Etats de New-York, de New-Jersey, de Delaware et de Pensylvanie. Aussi remplirent-ils leur tâche avec un succès vraiment inouï. Dès qu'ils purent se concilier la faveur des indigènes, et même auparavant, nous las voyons, seuls ou avec leur famille, s'aventurer dans le désert et s'y choisir le sol sur lequel ils pouvaient le mieux fonder un établissement durable. Si le colon trouvait quelques amis à s'associer, il regardait cette circonstance conmie un bienfait de Dieu; mais fût-il

absolument isolé, il ne s'enfonçait pas moins dans ce dédale de sombres forêts; et, de ses seuls bras se frayant un chemin au travers de tous les obstacles, le courageux émigrant ne ressemblait pas mal au hardi pécheur qui se livre à l'Océan et passe de longues journées loin de toutes côtes. Tel fut le sort des premiers colons; tel est à peu près celui des colons actuels des Etats de l'ouest.

S'alimentant des produits de leur sol, les agriculteurs de la Nouvelle-Angleterre et des Etats atlantiques du centre vivent fort dispersés. Tout le pays est parsemé d'habitations qu'occupent les propriétaires fonciers et ceux qui les aident dans leurs travaux agricoles. La plupart en effet cultivent eux-mêmes leur terrain, moyennant le concours de leurs fils et celui d'ouvriers à gage ou de fermiers auxquels ils louent une chaumière et quelques acres de champ. Partout, les hommes seuls vaquent aux travaux de la terre. On ne voit jamais une femme suivre la charrue ni manier la houe ou la hache, ni même la faucille, si ce n'est chez des émigrants européens qui ne sont pas au fait dé nos usages et n'ont point encore contracté nos mœurs.

C'est dans cette classe d'individus formés de la sorte à une vie d'isolement, d'indépendance et de rudes labeurs, que se recrutent sans cesse les colonnes d'émigrants qui se portent vers les frontières. Voici comment la chose se passe dans la plupart des cas :

Un homme part pour l'ouest, il y achète du terrain, bâtit une maison , et se met lui-même à débarrasser

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le sol de la forêt qui le couvre et à le labourer. Bientôt le désert fait place à une ferme, et Ton voit s'y élever une famille. Alors le père partage son domaine entre ses fils, si du moins il y a de quoi faire à tous un lot suffisant. Dans le cas inverse , il leur donne une somme d'argent, dès qu'ils sont en âge de l'utiliser. Parmi ceux mêmes qui reçoivent en nature leur patrimoine, il en est qui, préférant une autre carrière, vendent leur part et se mettent en route pour ce qu'on appelle «les pays frontières,» où se trouvent encore beaucoup de terrains publics non vendus.

Notre jeune Américain s'achemine ordinairement sans être marié. Il achète une terre aussi étendue que ses moyens le lui permettent, et après avoir reçu du magistrat son titre d'acquisition, il va se bâtir une maison sur son nouveau domaine. Tout ceci se fait au printemps. Il choisit son emplacement près d'une eau courante, ou du moins eu un lieu oi!i il soit facile de creuser un puits. Il fait ensuite la tournée de son voisinage à quelques milles k la ronde, afin d'entrer en relation avec les autres colons. Au jour qu'ils fixent entre eux, tous lui arrivent à la fois, et en moins de vingt-quatre heures, sa loge est debout, recouverte de planches bien clouées, avec des ouvertures pour les portes, pour les fenêtres et pour la cheminée. Puis il planchéie sa case, la ferme, et bientôt parait la cheminée au-dessus du toit. C'est un ouvrage qu'il continue et qu'il achève dans les jours de pluie. Mais quand il fait beau temps, ce sont les soins du futur domaine qui le réclament. Là vous le verriez extirpant

88 lA RBLfOIOlf m AMËRlQtJB. LiT. I

le bois taillis dans une étendue de dix ou quinze acres pour commencer, puis saigner les grands arbres en les entaillant tout autour, afin d'arrèler le mouvement de la sève. Cela fait, il sème du blé indien, ou ce qu'on appelle en Europe du maïs. Si le temps le luf permet, il entoure son champ d'une clôture de pieux fichés en terre. Enfin son séjour ayant duré ce qu'il fallait pour garder suffisamment ses semailles contre les écureuils et les oiseaux, et pour les délivrer des mauvaises faer^ bes qui les auraient étouffées, il clôt sa maison, et là remettaut aux soins d'un voisin qui demeure peut-être à un ou deux milles , il regagne pour quelques moments le toit paternel, faisant à cet effet un voyage qui peut varier de vingt à cent lieues. Il restera là jusqu'au mois de septembre, époque à laquelle enfin il se marie; puis, repartant avec sa jeune femme, il prend cette fois un wagon attelé de deux chevaux^ quelques bétes à cornes ou quelques moutons, suivant l'état de sa bourse; et, emportant aussi un certain mobilier, il rentre dans son désert pour ne le plus quitter. De retour à sa ferme, il sème du froment ou du seigle entre les raies de son blé indien, et quand la récolle du maïs est faite, il dispose tout pour l'hiver qui s'approche. Sa femme a partagé les soucis de cette humble entreprise. Accoutumée aux ouvrages de son sexe, elle utilise activement ses doigts, et de la sorte on recourra le moins vite possible au marchand qui est venu établir sa boutique dans le village voisin , sous leis arbres de la forêt. Voilà les premières économies du jeune ménage, et moyennant que Dieu conserve la

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santé aux deux époux, la famille ne lardera pas trop à connaître une honnête aisance. La loge du désert fera place à une habitation meilleure , construite en plateaux ou en briques, même en pierres. Un vaste champ, bien clos, Tentourera; de bons greniers re* gorgeront de froment, les écuries se rempliront de chevaux et de vaches , enfin des troupeaux de motii-' tons et de porcs attesteront le bien-être croissant de^' propriétaires. Les enfants qu'ils élèveront sur ce do^ maioe suivront U même carrière, ou telle autre plus conforme à leurs goûts : il y en aura même qui se voueront peut-être aux professions savantes.

D'une origine anglo-saxonne moins pure , et mo^ difiés en toutes choses par l'esclavage qu'ils tolèrent chez eux, les Etats du sud présentent, dans les développements de leurs colonies, un tout autre spectacle. L'émigrant qui part du sud pour le « fond de l'ouest, » comme ils disent, prend avec lui ses chariots, son bétail, ses enfants et une troupe d'esclaves, ressemblant assez, en ce point, au père des Hébreux, lorsqu'il vint habiter le pays de Canaan. Arrivé dans la forêt, il mot ses esclaves à défricher et à fouiller le sol. Mais comme tout cela marche péniblement! Ja^ mais l'esclave imprévoyant et stupide ne fut un bon colob. Aussi le pays, sous de telles mains, ne saurait* prendre cette riante physionomie qu'offrent les Etals atlantiques plus au nord , et que les parties septen-^ trionales de la grande vallée de Mississipi acquièrent de jour en joui*. L'ésdavagé , il faut le dire, semble flétrir tout ce qu'il louche t

ko LA RELIGION BN AMÉRIQUB. UV. f

Après les ÂDgIo-Saxons venus des rives de l'Angleterre, il n'est pas de meilleurs colons pour les vastes forèls de l'Amérique que les Ecossais. Leurs voisins de l'Irlande ne les valent sûrement pas. Ils n'ont pas appris dans leur pays natal à tenir les cornes de la charrue, ni à conduire le cheval ou le bœuf. Nul , il est vraiy ne manie mieux labèche, et ils ne manquent pas d'industrie; mais, à leur arrivée, on les voit hésitant sur ce qu'ils entreprendront. Ils redoutent la forêt, et, cherchant une occupation qui soit un peu d'accord avec leurs habitudes, ils s'arrêtent trop longtemps autour des grandes villes. Ceux d'entre eux qui connaissent les arts mécaniques trouvent avec facilité l'emploi de leurs talents, si du moins ils savent renoncer à l'usage des liqueurs spirilueuses; mais pour bons cultivateurs dans les bois, c'est ce qu'ils ne seront jamais. Peut-être les enfants y réussiront-ils mieux que leurs pères ! — Les Gallois en petit nombre qu'on rencontre en Amérique sont, sous ce rapport, bien supérieurs aux Irlandais.

Les Allemands, auxquels on peut reconnaître les qualités qui distinguent la race anglo-saxonne, ont suffisamment de persévérance et de frugalité pour réussir assez bien , même dans la forêt; toutefois ils préfèrent en général acheter de seconde main une ferme à moitié défrichée. Je range les Suisses sur la même ligne que les Allemands. Quant aux Français et aux Italiens, ils sont absolument inhabiles à coloniser les déserts. Rien n'est plus contraire à leurs habitudes. Il leur faut de la société. En France, la po-

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