CHAPITRE VIII
CAIACTÈBB NATIONAL DES AMÉBICAINS.
Plusieurs des étrangers qui ont écrit sur les Etat»« Unis reprochent aux Américains de ne point avoir de caractère national. S'il ne s'agissait ici que d'une opi-> niou hasardée en passant, et par un de ces écrivains qui se permettent de juger des pays qu'ils ont vus k ' peine, il n'y aurait pas à y prendre garde; mais non, c'est une assertion faite avec sérieux et qu'on prétend justifier.
Il n'est pas, j'en conviens, de nation civilisée qui tire son existence d'autant d'origines diverses. Nos ancêtres étaient Anglais , Gallois, Ecossais, Irlandais, Hollandais, Allemands, Norvégiens, Danois, Suédois, Polonais, Français, Suisses, Italiens, Espagnols. Même en quelques familles, le noble sang normand , ou normand*saxon » s'est mêlé avec celui de quelque chef ou de quelque princçs^ iadigi^ne*
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Ensuite, si le caractère national dépetid de la communauté du langage , les citoyens des Etats-Unis ne remplissent pas cette condition. Les colons apportèrent tous avec eux Tidiôme de la mère patrie. Plusieurs l'ont conservé jusqu'à ce jour; en sorte qu'il ne se parle pas moins de onze langues européennes dans nos établissements.
Mais examinons les choses de plus près.
Jamais on ne vit une fusion si rapide entre des peuples venus de pays différents et parlant chacun sa propre langue. Partout où les colons se sont un peu agglomérés, un étranger ne saurait démêler, aux traits du visage, ou à la spécialité de la diction, les diversités d'origine. N'étaient les noms de famille, personne à New-York ne distinguerait les Américains hollandais d'avec ceux qui sont d'extraction britannique. J'en dis autant des Suédois, des Gallois et, à peu d'exceptions près, des Ecossais, des Norvégiens, des Danois et de la masse considérable des huguenots français, tant sont devenus semblables leur langage, leurs traits et leurs mœurs.
Ceux qui sont demeurés les plus distincts sont les Allemands et les Français de la Louisiane ; encore fautil dire que la langue française et la langue allemande eussent disparu sans les émigrations assez récentes occasionnées parla révolution de France, par les massacres de Saint-Domingue et par les circonstances actuelles de l'Allemagne. Du reste, la première de ces langues n'est parlée cftie par quelques milliers de personnes daus les grandes villes et par quelques dix mil-
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Hers dans la Louisiane. Mais encore, les Français dé ces villes parlent aussi l'anglais; et dans la Louisiane, seul territoire où la langue française affecte la domination, on la voit petit à petit céder le pas à la langue nationale. Quant à l'allemand , malgré les milliers d'émigrants qui nous arrivent chaque année de la Germanie, il disparaît avec rapidité des anciens établissements. Les enfants apprennent tous l'anglais , et placés comme ils le sont dans le voisinage d'anciens Américains, cette langue devient pour eux une seconde langue maternelle.
Au fait, sur tous les points de notre vaste république et chez les gens bien élevés, l'anglais se parle avec une pureté plus grande qu'aux Iles britanniques. Celles-ci ont un territoire qui n'est que la sixième partie de celui desElate*-Unis; toutefois on y entend trois ou quatre langues différentes. Dans la seule Angleterre, abstraction faite de l'Ecosse et de l'Irlande, je ne sais combien l'on compte de dialectes incompréhensibles à celui qui ne sait que le bon anglais. L'état des choses est, sous ce rapport, pire encore pour la France, avec sa langue basque, son bas-breton et autres idiomes qu'elle-a hérités des anciennes races qui en occupèrent le sol. Ni l'Allemagne, ni l'Italie ne présentent non plus à cet égard un spectacle qui vaille celui de l'Amérique, si l'on déduit de ses millions d'habitants les étrangers nouvellement venus. L'uniformité s'étend chez nous jusqu'à la prononciation et à l'absence de tout provincialisme. L'Américain «n peu Mercé reconnaît ses concitoyens du nord
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de ceux du midi à leur manière de dire certaines voyelles, mais ce sont de faibles nuances qui échapperaient k des étrangers. *
Nulle part autant qu'en Amérique la population ne se mélange par les mariages. Bien que le sol de la Nouvelle-Angleterre appartienne sans contredit à la race anglo-saxon ne, il n'est pas de famille où ne se trouve du sang hoUandaiSi germain, irlandais el français.
Mais l'assimilation des mœurs, des coutumes, delà religion et des principes politiques n'est pas moindre au milieu de nous que celle des races el des langues. Les mœurs du peuple, plus ou moins raffinées suivant les localités, ont pour caractère général la simplicité, la sincérité et la bienveillance. La religion de l'immense majorité, celle qu'on peut en conséquence appeler nationale, est, sur tous les points essentiels, la religion qu'enseignèrent les réformateurs du XVP siècle. Quant à la politique, quelle que soit la chaleur avec laquelle nous discutons les mesures de l'autorité, il n'y a qu'une opinion sur nos institutions elles-mêmes. Nous ne faisons pas de propagande ; nous regardons comme un devoir de ne pas nous mêler des affaires d'autrui; et bien que nous préférions nos
' Je ne disconviens pas que nous n'ayons une manière de prononcer certains mots qui ne serait pas approuvée en Angleterre, et que, dans quelques-unes de nos provinces, on n'afTecte mal A propos des inflexions nasales assez désagréables ; mais en somme les Américains doués de quelque éducation prononcent l'anglais seioii les règles, ei suivent sur ce point les meilteures autoritéi.
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formes politiques à toutes les autres, nous n'insistons auprès de personne pour les faire adopter. Le meilleur gouvernement est, à nos yeux, celui qui assure la plus grande prospérité et qui protège le mieux les personnes, les propriétés et les consciences. Mais nous laissons à chaque nation le soin de juger, pour ce qui la concerne, quelle est la forme qui atteindra le plus sûrement ce grand but.
Ce qui caractérise essentiellement la généralité des Américains, c'est la persévérance, le sérieux, l'affabilité, l'hospitalité et l'action individuelle. J'entends par ce dernier mot la disposition à compter sur ses propres efforts, plus que sur l'assistance des gouvernements. Il n'est pas de pays où l'Etat fasse moins de choses et où les particuliers en fassent plus. En un mot, notre caractère national est celui de la race anglo-saxonne, race qui domine aux Etats-Unis, soit à cause de son antique supériorité dans la colonisation, soit à cause de l'énergie naturelle qui la distingue.
Mes lecteurs ont-ils jamais entendu le célèbre Oratorio de la Création, exécuté à grand orchestre? Ils auront remarqué l'apparence de confusion avec laquelle se mêlent toutes les notes au moment où l'univers n'est encore qu'un cahos.Puis l'ordre s'établit insensiblement, et les sons éclatants des clairons viennent donner le ton à l'harmonie la plus parfaite. S'il m'est permis de le dire, c'est quelque chose de semblable qu'ont produit en Amérique la langue, les lois, les institutions et le caractère desÂnglo-Saxons.
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