‹ De la religion aux États-Unis dÁmérique (volume 2)Chapitre 20 sur 111 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

ÉTUdE DU PBUPLB AMÉRIGAIlf , DE LA NATORB DB SO?r GOUTBHIIB- MBIIT ET DB 60N CARACTÈRE If ATIONAL«

Pour bien comprendre le peuple des Etats-Unis, son caractère national, la nature de son gouvernement et l'esprit de sa législation, il faut donc remonter aux premiers temps de l'histoire de l'Angleterre, étudier les diverses races qui l'ont occupée, noter l'influence qu'elles exercèrent les unes sur les autres , et sur les institutions civiles et politiques du pays.

Il y aura d'abord à prendre en considération la conquête saxonne, et à voir commentelle introduisiten Angleterre les lois et les usages des conquérants. Ici vient la coutume de faire juger un homme par un tribunal composé de ses pairs; la subdivision du territoire en petits districts, en cantons et villes; Tinfluence politique de cette organisation; l'établissement de sept ou huit petits royaumes et l'autorité royale partagée avec le peuple qui, pour exercer ses droits législatifs, se réunissait en plein air, comme le faisaient encore, à une époque bien plus récente, leurs congénères, les Scandinaves, autour de la pierre de Mora. * Puis, il importera d'étudier les modifications que subirent ces coutumes durant les deux cent soixante et un ans que

' Dans les plaines d'Upsala* en Suède. Mora signifie un marais.

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86 prolongea la domination danoise^ ' Car, bien qu'elle ne se soit pas étendue sur toute l'Angleterre, et qu'elle ait été momentanément interrompue, elle n'a pas laissé d'y marquer de profondes traces.

liais il faudra tenir compte surtout de la conquête de l'Angleterre par les Normands. Sans abolir toutes les institutions saxonnes, cet événement réduisit les Anglo-Saxons de l'Angleterre à l'état de serfs, donna leur pays aux soixante mille vainqueursdont secom-^ posait l'armée du conquérant, fonda une monarchie absolue fortement appuyée sur une aristocratie territoriale, et introduisit ainsi un système entièrement nouveau pour le pays et des plus contraires à ses mœurs.

Dans les huit siècles subséquents, les races anglosaxonne et normande se pénétrèrent l'une l'autre par une influence réciproque, et ce travail d'assimilation donne la clef d'un grand nombre de faits que les historiens ordinaires de la Grande-Bretagne présentent sous un jour faux ou obscur. La haine réciproque des deux races explique très-bien l'aifaire de Becket et de Henri II : de Becket, premier archevêque saxon depuis la conquête et de Henri II, le cinquième des rois normands. Ce n'était pas l'abaissement du pouvoir papal quecherchaitle monarque, puisqu'il en appelailàRome aussi bien que le prélat; mais Becket, fils de la race subjuguée, refusait au roi des demandes qui tendaient à affermir la tyrannie , et le roi de son côté voulut écraser l'orgueilleux représentant du peuple vaincu.

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Tantôl on voit les Ânglo-SdxoDssejoindre aux barons contre le prince, et tantôt au prince contre les barons, mais c'est toujours dans l'intention manifeste d'alléger le fardeau qui les opprimait. Et» comme le remarque M. Thierry, * quoique l'hostilité qui avait duré quatre siècles parut s'éteindre quand le$$ deux races confondirent leurs armes dans les guerres des maisons de York et de Lanças ter, encore aujourd'hui les langues, les coutumes et les institutions anglaises portent les traces de leurs anciennes divisions. * Malgré les recrues que la noblesse anglaise fait de temps à autre dans la bourgeoisie, elle u'en conserve pas moins l'esprit et le caractère des anciens normands. Telle est aussi la petite noblesse, ou la classe des propriétaires fonciers, tandis que la grande masse du reste de la population est d'origine anglo-saxonne. C'est dans le pays de Galles et en Irlande que les deux races sont le plus en présence. Quant à l'Ecosse, comme elle ne fut point conquise par les Normands, il doit s'y trouver bien peu d'hommes de celle origine. '

Voilà tout un ordre de faits qu'il ne faut pas perdre

I Conquéu de V Angleterre, vol. IV, p. 366-368, éditioD de Bruxelles.

' Henri VHI s'intitulait encore de cette manière : Henri, buitiè^ me du nom, depuis la conquête; mais il fut le dernier qui se soit servi de cette formule.

' Je pense, au contraire, qu'il y a passablement de sang normand dans Taristocratie écossaise ; mais il est vrai qu'il n'y est pas venu par la conquête. C'est au moyen des mariages que la noblesse normande s'est mêlée avec celle d'Ecosse; quelquefois aussi par la faveur des monarques. (li'oU de l'éditeur éco$uU$.)

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de vue, et qui nous montrent comment l'Angleterre est redevable de ses institutions libérales à la résis-* tance des Anglo-Saxons contre la domination de Ta'ristocratie normande.

La lutte entre les deux races fut extrême à mesure que la réformation faisait son cours. La noblesse, grande et petite, ne voulait guère que l'abaissement ou la répudiation du pouvoir papal; mais la race saxonne, inspirée par des hommes de cœur qui allaient au fond des choses, désirait que l'Eglise se purifiât de toute erreur et de toute superstition, quelle qu'en fût la forme. De la discussion des droits de la conscience, on en vint à sonder les fondements de la société civile; et poussé par Topposilion même, l'on dépassa de beaucoup le but qu'on avait d'abord en vue. Ce fut dans ce terrible conflit que l'Eglise nationale et la mouarchie tombèrent momentanément sous les mêmes coups.

On était à la veille du grand combat, tous les esprits ne s'occupaient que de ces importantes questions, lorsque s'éloignèrent des rives britanniques les deux bandes décelons que Dieu destinait à exercer sur l'Amérique l'influence prédominante. La première des deux en rang de date atteignit les côtes méridionales de la Virginie, et la seconde débarqua plus au nord, dans une contrée qu'on appelait aussi Virginie, car c'est le nom que recevait alors tout le territoire américain sur l'Atlantique. Quoiqu'il en soil, l'une devint plus tard, en quelque sorte, la reine du Sud; l'autre

fut comme la mère des six Etals du Nord. Mais elles I. k

ont toutes les deux fait sentir leur influence bien audelà des bords de l'Atlantique, car elles continuenlà s'étendre vers l'océan Pacifique sur deux lignes parallèles bien tranchées. L'une et l'autre^ enfin, conservent à ce jour les traits caractéristiques de leurs fondateurs.

Si la colonie du Sud n'était pas de pur sang normand, il est incontestable que l'esprit normand la caractérisait du moins ^ tandis que celle du Nord était décidément anglo-saxonne. L'une et l'autre aimaient la liberté et ses institutions^ mais elles différaient sur l'extension des droits à donner au peuple. C'est que l'une sortait des rangs de ceux qui, en Angleterre, soutenaient les prérogatives de la couronne et les privilèges de la noblesse, et que l'autre appartenait au parti nombreux qui défendait les libertés populaires. La première se rattachait aux amis de l'Eglise, telle que la reine Elisabeth l'avait faite ; la seconde, à ceux qui, non moins amis de l'Eglise, la voulaient purifier de ses vieilles souillures et soustraire aux prétentions exorbitantes de sa hiérarchie. Celle-là, composée de gens comme il faut (gentlemen), plus un petit nombre d'artisans et d'ouvriers, n'aspirait qu'à faire un commerce lucratif avec les indigènes; celles, presque toute de bons fermiers possédant une modique aisance et d'industriels intelligents et actifs, avait en vue la culture du sol et la formation d'une société où l'on pût servir Dieu selon sa Parole. Là il n'y eut de gouvernement colonial que plusieurs années après le premier établissement; ici, au contraire, comme nous

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