Les premières émigrations ne se composèrent
i Àlbany Records^ vol. IV, p. t223. Lambrechtsten , sans dire sei autorités, prétend qu'il y en eut six cents. Bancroft croit cette évaluation trop élevée. H y eut, en 1663, un nouveau projet d'émîgratkm , mais il échoua.
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pas d'hommes riches, voluptueux, oisifs, effëminés, livrés à la débauche. Ce n'étaient pas non plus en général des gens pauvres, découragés, sans énergie et sans ressources. Ils appartenaient à la classe moyenne de la société, à cette classe qui est également éloignée de la misère et du superflu. Us n'ignoraient pas d'ail» leurs qu'après Dieu c'était à leur seule industrie, à leur frugalité, à leur tempérance qu'ils devraient demander quelques jours heureux dans le Nouveau-?
Monde.
2. Pris en masse, les premiers colons ne formaient point une populace ignorante semblable à celle que DOS Etats se voient maintenant obligés quelquefois d'écarter de leurs territoires ; ils avaient au contraire une certaine culture intellectuelle ; plusieurs même étaient, sous ce rapport, d'un développement remarquable, vu leur temps, et leur temps ne fut pas un siècle de ténèbres. Tous, ou à peu près, savaient lire; tous avaient appris à penser, et ils ne se fussent pas aisément plies au despotisme.
3. Les fondateurs de l'Amérique du Nord ne ressemblèrent en rien à ces vils troupeaux que l'Ancien- Monde a souvent jetés au loin pour s'en débarrasser et qui constituèrent le fond, par exemple, de la colonisation de l'Amérique du Sud et du Mexique. La moralité générale de nos premierscolons a surpassé tout ce qu'on vit jamais au sein de sociétés d'une égale étendue. C'est un témoignage qu'aimèrent à leur rendre, et ceux qui ont écrit leur histoire, et ceux qui les ont gouvernés.
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. 4. Leur moralité atait pour base la religiob. Ih oroTaienl et savaient par expérience que le christit^ nisme n'est pas une chimère. Celte assertion B*ap^ pltque à ceux mêmes qui ne s'expatrièrent pas poor motifs de conscience. On peut dire hardiment que Ih {Plupart des premiers colons étaient francs d'incré^ dulité. Il n'y avait donc parmi eux aucuii de ces pbi^ lantbropes qui rêvent toutes sortes de nouVellëit théories pour amener la société humaine à la perfeotioD. Les Saint-Simon, et les Owen, et les Fourrier n'étaient point encore là. A leur place, nous voyons de l^imples chrétiensqui n'imaginent rien de mieux, pour rendre l'homme heureux el sage, que les révélations de la Pafole du Seigneur. Je ne dis pas, on le comprend, qu'ils ne comptassent dans leurs rangs nul bomnie irréligieux; il y eut parmi eux quelques misérables qui s'opposèrent à tout ce qui était bon ; mais ils ne for^ maient presque partout qu'une trè^ïbétive minorité.
L'on s'étonne quelquefois que ces chrétiens aient traité les indigènes avec tant de barbarie; maiâ je ne veux ici ni reproduire ce que j'ai dit à cet égard occasionnellement, ni anticiper sur une autre partie de mon ouvrage où ce sujet sera traité plus à fond.
5. Il est à remarquer après cela que les premiett colons furent presque tous protestants. Il ti'y dut de eolonie catholique romaine que celle de lord Bàltt^ more; et là même les catholiques de formèrent plus qu'une faible minorité, longtemps avant la révolution de 1775. Ainsi la plupart des colons américains étaient des gens qui avaient fait d'énormes sacriQces h la foi
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éTangélique. I/^ur protestantisme consistait esseotiel^ lement à prendre la Bible pour seul guide, à croire ses eiiteignemetJts et non ceux que Thomme voudrait y substituer. « Que dit le Seigneur ? » C'est ce qu*a« vaut tout et par-dessus tout ils tenaient à savoir. L'étude de la Bible leur avait ouvert les yeux sur des vérités qui, s* emparant de la vie elle-même, donnent naissance et actualité à toutes les obligations morales^ Ils rayaient par elle que «Dieu a fait d'un seul sang tout le genre humain, » et que tous ceux qui croient sont frères en Christ. Devant cette pensée, les vaines distinctions de ce monde s'évanouissent, et Ton ne voit pas de raison pour qu'un homme domine sur d'autres hommes. Ils avaient toutefois appris dd la Bible que nous devons obéissance à nos magis* trMs; non pas qu'ils soient d'une autre nature ou d'un atitre rang que nous, mais parce que la magistrature est d'institution divine. C'était donc leur dévouement à Dieu qui garantissait leur soumission à Tautofité civile. Et comme Dieu ne saurait ordonner le mal^ nul pouvoir humain, pensaient-ils, n'a le droit non plus de l'imposer, ni celui de compter sur Tobéis^ sance en pareil cas. C'est ainsi qu'apprenant de la Bible leurs devoirs, ils apprenaient d'elle aussi quels étaient leurs droits. De là à remplir les uns et à réclaitièi^ les autres la conséquence est immédiate.
6. La plupart des anciens colons connaissaient par expérience les horreurs de Toppression et de la pei^ sécution. Bien que la Virginie el les deux Carolines n'aient pas été fondées en vue de servir d'asile aux
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opprimés, îi D*ea est pas moins vrai que, sous Cromwell, elles fouruirent ud refuge aux cavaliers et aux auglicans, de même que , plus tard , aux huguenots et aux protestants d'Allemagne. New-York aussi,* fondé par des négociants, dans un but tout mercantile, recueillit les Bohémiens persécutés et les fugitifs des vallées du Piémont. Il est donc tout à fait permis de répéter avec un de nos historiens que «la tyrannie et l'injustice peuplèrent rAmérique d'hommes nourrit dans la souffrance et dans l'adversité. En sorte que rhistoire de nos colonies est celle des crimes de l'Europe. » * Or , on apprend à l'école du malheur bien des choses qu'autrement on ne saurait jamais. Par leurs circonstances mêmes, nos pères furent conduits à faire de graves réflexions sur des sujets qui, ailleurs, ne préoccupaient guère les esprits. Ils y puisèrent entre autres des arguments irrésistibles en faveur de la liberté de penser.
7. Je ne dis pas qu'il leur ait été donné de s'émanciper tout d'un coup de préjugés et d'erreurs séculaires. Mais, s'ils ne comprirent pas, dès l'entrée, toute l'étendue des droits de la conscience, toujours est-il qu'à cet égard fis furent constamment au-dessus de leurs contemporains, et qu'ils ont fini par instituer un empire où la liberté religieuse règne plus parfaitement que nulle part. En sorte que, sous ce rapport du moins, on peut, sans fatuité, les proposer pour modèle aux autres peuples.
1 Bancroft.
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8. Répétons, enfin, que les premiers colons s'expatrièrent, non-seulement pour pouvoir exercer librement leur culte dans les forêts du Nouveau- Monde, mais aussi pour étendre le Royaume de Christ, en fondant des Etats où la vérité ne rencontrât plus cette foule d'obstacles qui en arrêtaient les progrès. C'est ce qui est vrai surtout des puritains de la Nouvelle-Angleterre; mais celte noble pensée anima pareillement les hommes pieux qui s'établirent en d'autres lieux de l'Amérique du Nord. L'avenir leur montrait les victoires que l'Evangile remporterait dans le cœur de leurs enfants, et dans celui des enfants de leurs enfants. Ce fut, au milieu de beaucoup d'épreuves et de rudes travaux, leur consolation et leur appui. Ils marchèrent par la foi, et leur espérance ne fut pas déçue.