RAPPORTS ENTRE L'ÉTAT ET L'ÉGLISE
1° Dans la Nouvelle^Ànglelerre,
Je ne saurais traiter ce sujet sans dire quelques mots du système ecclésiastique sous lequel vivaient les premiers colons , et j'ai déjà dû toucher ce point
en parlant de leur caractère religieux. C'est toute- I. 13
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fois dans une autre partie de mon œuvre que je ferai connaitre plus à fond les traits distinctifs des diverses commuûioDS chrétiennes des Etats-Unis. Il ne s'agit donc ici proprement que des rapports qui , dès les premiers temps, existèrent entre nos diverses églises et le pouvoir civil.
A l'époque des premières émigrations dans l'Amérique du Nord 9 il n'y avait aucun pays chrétien où l'Eglise ne fût étroitement unie à TEtat, et Topinion universelle voulait qu'ils ne pussent subsister, ni l'un ni l'autre, sans s'appuyer mutuellement. On ne concevrait pas d'après cela comment il serait venu à l'esprit des émigrants que leur religion pût se passer du pouvoir civil. On comprendrait encore moins que l'Angleterre eût accordé des chartes de fondation, si ce n'est avec la condition expresse que le culte des colonies s'exercerait sous la sanction des lois. Il est sûr, quanta Jacques I*^ tout au moins, qu'il n'entendit pas la chose autrement.
Il est tout aussi certain que les premiers colons n'eurent d'aucune façon l'idée d'abolir l'union qu'ils avaient vue exister partout entre l'Eglise et le pouvoir civil ; et j'entends surtout ici les puritains qui colonisèrent la Nouvelle-Angleterre, comme en font foi leurs déclarations et leurs actes. Voici pourtant ce qu'il faut dire pour avoir une vue juste et complète du système modifié auquel ils se rattachèrent.
Tout leur désir , et il leur était plus cher que la vie, fut de fonder des sociétés politiques don t la consti tution se prêtât le mieux possible aux progrès de la vraie
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piété. S'fls avaient quitté l'Angleterre, c'était pour se soustraire au joug d'un gouvernement qui, hostile à la vérité, opprimait les consciences et compromettait le salut des âmes. « Us sortaient d'un pays où l'Eglise était entièrement asservie au pouvoir suprême de l'Etat ; ils avaient vu la réforme commencer et s'arrêter au signal de princes capricieux , suivant les dispositions particulières de celui que les droits de la naissance appelaient sur le trône. Ce que d'ailleurs on appelait du nom de réforme n'avait ni purgé l'Eglise des^superstitions, de l'ignorance et des scandales qui la désolaient, ni permis à l'Eglise de s'en purifier ellemême. Dans les rangs élevés de la prélature se pressaient des ambitieux, des politiques, des despotes, des favoris du monarque, tandis que les prédicateurs fidèles, habiles, laborieux, se voyaient destitués, incarcérés, privés de tout moyen de subsistance. Il leur parut impossible de souffrir un état de choses si déplorable, et ils émigrèrent en des lieux oi!i ils pussent librement réaliser , quant à eux, la réformalion de l'Eglise. i> '
Lors donc qu'il fut question de se donner des institutions politiques, ils stipulèrent que chacun ferait au bien public tous les sacrifices imaginables, sauf eu ce qui toucherait à la pureté et à la liberté de leurs églises. Ils n'eurent garde en conséquence de subordonner d'aucune sorte l'Eglise à l'autorité du magistrat. Non qu'ils eussent épousé les erreurs des a hommes de la
> Bœm'ê Hiêiorieal «UfcotcMi, etc., p. 17, 18.
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cinquième monarchie, b * comme s'ils eussent voulu que l'Eglise absorbât l'Etat, afin de régner au civil en même temps qu'au religieux ; mais ils jugèrent toutefois plus convenable d'assortir l'Etat à l'Eglise, que de modeler l'Eglise sur l'Etat. « U vaut mieux, dit Cottoo, organiser l'Etat de manière à ce qu'il étaie la maison de Dieu, qui est l'Eglise, que de façonner l'Eglise aux convenances de l'Etat, t '
C'est en partant de ce principe qu'ils donnèrent à leurs institutions politiques la forme républicaine; mais, dans tous les cas, ils demeurèrent fidèles à cette belle et grande doctrine, que Jésus-Christ seul est la TÊTE ou LE CHEF DE l'Eglise , ct que uul pouvoÎT humain n'a le droit de dicter des lois à la société dont il est le chef.
L'on a dit qu'ils calquèrent leurs républiques sur celle des Hébreux, et ce n'est pas entièrement faux. Il
1 II y eut en Angleterre, au temps de Gromwell, une secte d'eothousiastes qu'on appela MiUenaire$^ mais plus communément les Hommes de la cinquième Monarchie. Ils regardaient comme trèsprochain l'avènement glorieux de Jésus-Christ^ et ils s'attendaient à le voir fonder sur la terre une nouvelle monarchie. Partant de là, quelques-uns d'entre eux visaient au renversement de tout ordre humain. Comme l'histoire nous donne le tableau de quatre grandes monarchies, celles des Assyriens, des Perses, des Grecs et des Romains, la domination spirituelle de Christ était pour eux la cinquième monarchie. Ils se prétendaient les saints duSouverain, et aspiraient, en cotte qualité, à la possession du pouvoir. {Dan., VII, 27, Adam's Religion Worlds Displayed, tom. H, p. 197.) C'était, on le voit, l'idée de l'Eglise absorbant et dominant PEtat. {Trad,)
s CoUon's LeUer lo Lord Say and Seal, in Hurlchinscns Uislory of NetO'England , vol. I, 497.
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y a cependant à observer que, s'ils empruntèrent quelque chose de Moïse , ce ne fut à proprement parler que leur code pénal. Les colonies de la baie du Mas^ sachusets et de New-Haven, elles seules, confondirent le pouvoir civil et le pouvoir religieux ; encore ne persévérèrent-elles pas longtemps dans celte erreur. On conçoit aisément comment elles y étaient tombées , par les rapports mêmes qu'il y avait entre leurs circonstances et celles des Hébreux & l'époque de leur entrée au pays de Canaan. * Ainsi, laissant de côté ce qui, dans la loi de Moïse, était typique, cérémoniel et purement local , les colons y puisèrent d'abord une partie de leur législation. L'on s'est beaucoup moqué de leur simplicité , et l'on eût préféré qu'iU prissent pour modèle ou Solon, ou Lycurgue, ouNuma, comme si Moïse leur était inférieure! comme si les Juifsavaient été un peuple barbare, sans parler de la divine origine du Pentateuque !
Il est à remarquer au surplus, qu'à l'exception des fondateurs de Plymoulh , les premiers colons de la Nouvelle-Angleterre étaient tous, à leur départ d'Europe , membres de l'église nationale. ' Mais à leur
^ C'est ce qae Bacon Cait ressortir dans ses Diicoun HiUoriquei, Gomme Israël, les colons de rAmérique avaient fui l'oppression, aûn de servir leur Dieu ; ils se trouvaient entourés de païens, ils voulaient fonder une république de frères.
* Les fondateurs de Plymouth eux-mêmes n'étaient pas, à proprement parler, des iéparaMes, si Ton entend par là, comme il le faut, ceux qui font secte à part, en excluant, pour ainsi dire, du giron de l'Eglise, ou du moins de leur propre communion , tous ceux qui ne se rangent pas exclusivement sous leur discipline.
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arrivée ep Â,m.érique^ ils fondèrent aussitôt leur économie ecc^é^siajstique sur le plan de l'indépendance ou congrégalionalisme , système dont voici les principes essentiels :
c Selon les Ecritures^ chaque congrégation forme à elle seule une église complète dont le gouvernement est démocratique. Les églises se composent exclusivement de ceux qui, ayant désiré d'en être membres, font une confession de leur foi en présence de tous et signent un acte d'adhésion {covenam). L'assemblée des frères exerce le droit d'admission et d'exclusion ; c'est elle aussi qui juge les controverses. L'Eglise a des fonctionnaires soit pour la prédication de la Parole, soit pour l'administration des aumônes; elle les nomme elle-même librement à la pluralité des suffrages. Quant à la discipline, il y a séparation complète entre la voix de l'Eglise et l'épée du magistrat. Christ est le chef de l'Eglise. Les liturgies ne sont pas nécessaires. EuGn^ l'on doit rejeter tout^ cérémonie qui n'est pas instituée par l'Ecriture elle-même, o
Comment s'expliquer un changement si imprévu et si considéraltle dans les vues des émigrants?Ni le presbytérianisme, ni le congrégationalisme n'avaient alors pour eux l'opinion publique, comme ils l'eurent sous le lonç parlement et sous le protectorat de Cromwell. Plusieurs des ministres de la baie du Massachusets
adoptaient le système de l'archevêque Usher, partisan d'un épiscopat modéré ; les principaux colons inclinaient tous, à ce qu'on assure, vers la forme presbytérienjQe. D'oi} vj^nt. donc qu.'ijs se sont décif^é^ ppur
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celle qui est aux antipodes de l'épiscopat, et qui diffère en des points si importants du presbytérianismeT Ten puis donner, je crois, une triple raison. Il est naturel qu'après avoir tant souffet sous la domination des évoques, les puritains aient écarté définitivement un ordre de choses qui confère à un seul homme des pouvoirs dont il est si facile d'abuser; et il n'est pas surprenant que , se jetant dans l'autre extrême , ils aient épousé le système le plus démocratique. D'autant plus que, s'ils étaient demeurés fidèles à la forme ancienne, ils n'auraient pu, même dans leurs nouvelles
demeures, échapper à la juridiction des évêques de la
métropole. L'on ne saurait douter enfin qu'ils n'aient dû, sous ce rapport, ressentir l'influence des colons de Plymouth.^
Les églises donc qui s'établirent dans la Nouvelle- Angleterre, sauf à Providence et à Rhode-Island , • adoptèrent toutes ce qu'on appelle aux États-Unis le congrégationalisme, et en Angleterre l'indépendance.' Quant à leurs doctrines, pour le dire en pas-
t On se souvient que la première escouade de colons atteignit la baie du Massachusets en 1628; c'est la colonie de Salem, fondée sous la conduite de Endicott ; tandis que le gros de la bande arriva, en 1^90, sous la direction de Winthrot), et fonda Boston. Les pâeriDB de New-Plymouth étaient depuis dix ans en Amérique.
s Et encore est-il à remarquer que celles-ci, fondées par des baptistes, suivaient aussi les formes congrégationalistes, mais sans entretenir aucunes relations avec le gouvernement civil.
> n y a pourtant quelques différences entre les églises indépendantes d'Angleterre et les églises congrégationaUstes des Etatsjjifig, coiQine je le ferai voir ailleurs.
sanl, elles étaient au food celles des XXXIX articles de l'église anglicane, ou en d'autres termes celles du calvinisme.
Sous cette forme même, ces églises ne demeurèrent pas sans rapports officiels avec l'Etat. Partout on vit la législation pourvoir avant toutes choses aux frais du culte public. C'était par des taxes levées sur leurs ressortissants que les autorités locales érigeaient des oratoires {meettng'JKmses)^ entretenaient les pasteurs et faisaient les diverses dépenses qu'exigeait le service de la religion.
Ce n'est pas tout. L'année même qui suivit l'arrivée des Winthrop, en 1631, les colons delà baie du Massachusets sanctionnèrent une loi conçue en ces termes : « Afin que le corps des citoyens ne se compose que d'hommes honnêtes et bons, il est ordonné qu'à l'avenir nul ne jouisse des droits politiques s'il n'est membre de quelqu'une des églises de la colonie. » Telle fut pendant bien longtemps la législation du Massachusets et du Maine. Une loi toute pareille régissait la colonie du New-Haven , et s'étendit plus tard au Connecticut. Le New-Hampshire et Rhode- Island furent seuls à ne pas l'admettre.
Ainsi donc voici deux lois fondamentales qui régissaient la t^ouvelle-Angleterre et par lesquelles l'Eglise se trouvait fortement unie à l'Etat, bien qu'indépendante en apparence. Les promoteurs de ces lois et surtout de la dernière y virent sans doute des garanties de stabilité pour leurs institutions civiles, sans aucun danger pour celles de leurs églises. Nous
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montrerons plus tard combien ils se trompèrent. Remarquons en attendant qu'ils ne firent là qu'imiter Tuniversalité des peuples. « Les Indiens eux mêmes, ditDavenporl, les Indiens, qui adorent le Diable, ont ce principe à la base de leurs institutions, en sorte qu'il semble être implanté dans le cœur du genre humain, comme l'expression de la plus parfaite justice. » Il y a peu d'années encore qu'en Angleterre les citoyens qui aspiraient aux emplois devaient faire acte d'union avec l'église nationale en y prenant la sainte Gène. '
Pour conclure, j'ajouterai que les ministres de la Nouvelle-Angleterre étaient, en celte qualité, exclus de toute charge civile. Mais leur patriotisme et leurs lumières firent qu'on les consulta dans toutes les circonstances importantes; et sans prétendre qu'ils aient toujours donné les avis les plus sages, on ne peut nier qu'ils ne se soient généralement rendus utiles par leurs bons conseils. S'il est permis de comparer nos colonies à leur origine avec la république des Hébreux, on peut dire que, partout où nous eûmes des Moïse, il y eut aussi des Aaron. L'activité d'un Win- Ihrop, d'un Hayne, d'un Bradford et d'un Eaton ne fut ni plus énergique, ni plus avantageuse au pays
< n est à remarquer que, partout où il existe une église de l'état, la loi n*a pas besoin d'interdire aux dissidents les emplois publics pour qu'ils leur soient tout au moins de difficile accès. Comme que Too fasse, les chrétiens qui ne sont pas membres de Téglise nationale de leur pays n'y jouissent que de la moitié des droits du citoyen. (IVod.)
que celle de leurs amis et collaborateurs, les révérends Cotton, Hooker, Brewsler et Davenport. Aujourd'hui même, il n'est pas de contrées où le clergé exerce sur la politique une action plus réelle et plus salutaire ; mais il faut dire aussi qu'il s'agit d'un clergé instruit, religieux, moral et plein d'esprit public.