BAPPOBTS ENTRE L'ÉTAT ET L'ÉGLISE
2f* Dam les Etats aiianliquii du iud et du unire.
A l'origine de nos colonies, l'église anglicane, ainsi qu'on l'a vu , se divisait en deux grands partis qui eurent leurs représentants, l'un au Sud et l'autre au Nord. Ici, les puritains; là, les amis de la haute église connus sous le nom de Cavaliers. Ces derniers ne Fuyaient pas, comme les autres, l'oppression combinée du trône et de l'autel.
Dans la charte que leur donna le roi Jacques, il fut exprimé que les colons se conformeraient aux doctrines et aux rites de l'église d'Angleterre, chaque émigrant devant prêter serment d'obéissance à la couronne et déclarer son attachement aux dogmes professés parle monarque. Il ne paraît pas toutefois qu'avant l'année 1619, c'est-à-dire, douze ans après la fondation de la
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colopie» on eût songé à pourvoir législativement aux frais du culte. Ce fut alors qu'une assemblée de colons distribua le pays en paroisses et prit des mesures pour assurer et régulariser les salaires du clergé- Ce n'est pas que la compagnie de Londres n'eût déjà tenté d'imposer à la colonie un code de lois «religieuses, morales et militaires.» Cette législation draconienne peut nous faire conuattre de quelle manière on entendait alors l'assistance que F Etat doit à la religion. Le magistrat avait charge de veiller à ce que chacun rendit journellement son culte au Tout- Puissant et fréquentât régulièrement le sermon ; les délinquants étaient punis avec sévérité. Il y avait peine de mort pour ceux qui parlaient contre la Sainte- Trinité, ou quelqu'un des articles de la foi chrétienne. Peine de mort également pour ceux qui traitaient légèrement la Bible et les ministres du Seigneur. Les jureurs, en récidive, devaient avoir la langue percée, et à ane troisième faute, on les faisait mourir. La punition de ceux qui négligeaient le service divin pouvait aller Jusqu'à six mois de galères. Les violateurs du sabbat, et même ceux qui ne se préparaient pas au service public par des prières domestiques, étaient mutilés d'une amende, puis venait le fouet, et enfin la mort * Ces lois, il faut pourtant le dire, ne tar-
* Une peine qu'on infligeait aussi dans les premiers temps, c'était la privation de la subsistance quotidienne. Pour comprendre ceci, il faut savoir que les colons avaient d'abord adopté un système qui n'était pas sans rapport avec ce qu'on appelle maintenant le communisme; mais cet ordre de choses ne dura pas fort longtemps.
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dèrent pas à tomber en désuétude; ou plutôt, il paraît qu'on ne les mit jamais complètement à exécution.
Mais il se fit, par la législature coloniale et avant même la dissolution de la compagnie, des règlements ecclésiastiques qui furent exécutés assez longtemps et qu'on peut envisager comme des lois constitutives de la colonie. Il fut ordonné entre autres :
1"* Que, partout où le peuple s'assemblait pour célébrer son culte, il y eût une maison ou un local destiné à ce seul usage, et qu'on eût également un lieu entouré d'une enceinte pour servir de cimetière.
2*" Que tout individu qui, le dimanche, s'absenterait du service divin sans de bonnes raisons, paierait une amende d'une livre de tabac, et de cinq livres, si l'absence durait un mois.
S'' Qu'on eût à se conformer en toutes choses aux canons de l'Eglise d'Angleterre, sous peine de châtiment. *
La compagnie ayant été dissoute, la colonie tomba sous le gouvernement immédiat de la couronne, et, depuis l'an 1629, les lois ecclésiastiques du royaume lui furent appliquées avec rigueur. En 1662, la législature de la Virginie, obéissant aux instructions royales, porta diverses lois qui avaient pour objet de consolider l'Eglise établie, de pourvoir à l'éducation publique, et surtout à celle des candidats au saint ministère.
Il parait toutefois que, dès le commencement du
Ces lois ne sont-elles pas plus intolérantes et plos en opposition à TËvangile» que ne l'étaient celles que les puritains de la Nouvelle" Angleterre empruntèrent au codo des Hébreux?
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XVIIP siècle, si ce n'est auparavant, ces lois furent modifiées, ou mal observées; car il est constaté que, dès Tan 1722, les presbytériens eurent dans la Virginie des assemblées régulières de culte public. Depuis celte époque jusqu'à la révoluliou, la dissidence y fit de grands et rapides progrès; en sorte qu'en 1775 on comptait dans la colonie beaucoup d'églises baptisles, presbytériennes, luthériennes et quakers. Cependant l'Eglise épiscopale y était encore l'église dominante et la seule qij'on entretînt des deniers publics.
Le Maryland, cette colonie que fondèrent des catholiques romains, ne connut l'union de l'Eglise et de l'Etat qu'en 1692. * A ce moment l'église protestante épiscopale reçut la sanction de la loi; Ton divisa le pays en paroisses et l'on entretint le clergé officiel au moyen d'une taxe que payaient tous les habitants, comme en Virginie. Ce fut un des effets de la révolution d'Angleterre de 1688, par l'horeur qu'inspirait alors généralement le papisme, soit dans la mère-patrie, soit aux colonies. Jusqu'à la révolution d'Amérique, l'église épiscopale du Maryland fit de constants progrès. On y tolérait les autres sectes; mais celle-là seule y était soutenue par l'Etat.
1 Si l'on voulait chicaner, ceci ne serait pas parfaitement exact. Lorsque les commissaires de Cromwell prirent possession de la colonie, en 1654, la législature coloniale promulgua une loi qui interdisait le culte romain et celui de l'église épiscopale. Quatre ans après, Fendall, agissant en qualité de gouverneur, essaya de persécuter les quakers, d'abord au nom des propriétaires, puis de son autorité privée. Mais ce ne furent là que des exceptions dont la durée fut trop courte pour contredire notre assertion générale.
Dans la Caroline du Sud, les propriétaires de la colonie accordèrent d'abord une égale protection k toutes les communions chrétiennes. Mais en 1704, par les menées de Natbaniel Moore, les amis de Téglise épiscopale, ayant obtenu la majorité d'une voix dans l'assemblée des représentants., s'arrogèrent le monopole des droits politiques, bien que la colonie se composât aux deux tiers de dissidents. Ceux-ci en appelèrent à la chambre des Lords ; l'acte de l'Assemblée coloniale fut annulé par la couronne, et deux ans après la Caroline du Sud elle-même le rapporta. L'église anglicane n'en demeura pas moins, jusqu'à la révolution, l'église nationale de cette province.*
La même année 1704, les propriétaires de la Caroline du Nord imposèrent aux colons l'entretien de l'église épiscopale, bien qu'ils comptassent au milieu d'eux des chrétiens de presque toutes les dénominations. Mais, suivant les royalistes, la majorité d'entre eux n'étaient que a des quakers, des athées, des déistes et d'autres mauvais garnements. » C'est à partir de cette époque que l'on commença, dans cette colonie, à parler de clergé et de biens d'église, et qu'on se mil à bâtir des temples aux frais du public.
Quant à New-York, aussi longtemps que cette colonie fut sous le gouvernement hollandais, les églises y entretinrent leurs pasteurs par des contributions volontaires, et il n'y avait pas d'union entre l'Eglise et
> Bancroft'i HiUary, etc. lU, 18, 19.
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rfltat. * Mais quand la colonie tomba au pouvoir de rÂngleterre, les gouverneurs et autres fonctionnaires envoyés pour Tadminislration, très-chauds admirateqrs de l'église anglicane , désirèrent naturellement de la voir supplanter l'église hollandaise, comme la langue anglaise y remplaçait partout le hollandais. Aussi; Tan 1693, le gouverneur Fletcher obtint de la législature un acte par lequel on reconnut la capacité légale des ministres qui rempliraient certaines conditions. Tout cela fut arrangé de telle sorte que, deux ans après, les épiscopaux recueillirent seuls les bénéfices de la loi, quoiqu'il ne paraisse pas que c'eût été l'intention de la législature. Depuis ce moment jusqu'à la révolution, l'église épiscopale fut exclusivement l'église de l'Etat, bien qu'il soit démontré que, lors de son avènement au pouvoir, si je puis m'exprimer ainsi, les neuf dixièmes de la population appartenaient à d'autres églises.
Lorsqu'on 1702 on réunit en une seule province, sous l'administration royale, le New-Jersey de l'esl et celui dé l'ouest, le gouvernement accorda la tolérance à toutes les secteS; sauf aux papistes; mais l'église
^ n ne faut cependant pas trop vanter la tolérance des premiers colons hollandais et de leurs gouverneurs coloniaux. Bien que FEglîse ne fût pas unie A l'Etat, ils avaient tous fort à cœur que leur culte demeurât seul dans leurs établissements. Aussi , lorsqu'une 'petite bande de luthériens se joignit à eux, presque à Torigine de la colonie, ils ne purent obtenir d'avoir leur culte à part ; cette fa> culte ne leur fut accordée qu'après l'acquisition que l'Angleterre fit de cette contrée. {Professor Sehmueker'i ReUrapecl of^ Lutkera^ mm in the VmUd SiaUt, p. 6.)
anglicane y fut traitée avec assez de faveur pour qu'on puisse l'envisager comme y ayant été l'église établie. C'était donc 73 ans avant notre révolution.
La Pensylvanie ne connut jamais l'union de l'église et de l'Etat^ et je ne sache pas qu'on ait eu, dans aucun temps, la pensée d'y introduire ce système.
Ce fut en 1691 que le Delaw^are se sépara de la Pensylvanie et qu'il eut son gouverneur à part, sous la domination immédiate de la couronne. Ici, comme dans la Géorgie, cette fondation du bon cavalier Ogiethorpe, qui pourtant « aimait son église et son roi, » Ton ne saurait dire qu'il y ait eu proprement une religion d'Elat. Cependant, en considération des fonctionnaires publics et de leurs familles, l'église épiscopale y était particulièrement favorisée. C'est assez pour qu'on ne puisse pas envis^er le Delaware et la Géorgie comme faisant exception complète à la règle générale.
En résumé donc, lorsque l'ère coloniale tendait à son terme, il n'y avait que deux provinces où le pouvoir civil n'usât pas de son influence dans l'intérêt d'une église. Au nord, c'était le congrégationalisme qui était la religion de l'Etat, k l'exception seulement de Rhode- Island entièrement libre; tandis que, de New-York jusqu'à la Géorgie, exception faite de la Pensylvanie, c'est l'épiscopat qui prévalait en vertu de la loi. A NewJersey, au Delaware, à la Caroline du Nord et en Géorgie, le nationalisme se réduisait à peu de chose après tout; tandis que dans la Virginie et le Maryland, à New-York et dans la Caroline du Sud, ce système
CHA9. XIX. URim ra l'état, BTG.—RÉSma'ATS. M0
avait obtenu une influence étendue et fort puissante. Siil fallait extraire de chacune de ces divisions deux c(doqies qui pussent nous servir de types, nous preq^ drions au nord le Massachusets et le Connecticut, au sud la Virginie et le Maryland. Bien que fort diverses quant à leurs formes ecclésiastiques, ces églises furent Clément favorisées par la loi. En étudiant leur bis^ toire, on pourrait comparer la nature et les effets de l'indépendance ou de la forme démocratique, avec la nature et les effets de Tépiscopat ou de la forme aristo^ cratique : d'un côté, le puritanisme, et d'un autre, la haute église ; là, les descendants des Ânglo-^axons, ici, ceux des Normands dans le Nouveau-Monde 1 Mais je dois me borner à indiquer ces idées, pour reprendre mon sujet principal.