‹ De la religion aux États-Unis dÁmérique (volume 2)Chapitre 48 sur 111 · CHAP. XIX. UNION DB L'ÉTAT, BTG.— RÉSULTATS · texte numérisé non relu

CHAP. XIX. UNION DB L'ÉTAT, BTG.— RÉSULTATS

grand nombre d'hommes turbulents qui, désespérant d'y déployer leur coupable activité , les quittèrent bientôt pour retourner en Angleterre, ou pour gagner quelque autre colonie.

Voilà ce que je considère comme les plus grands avantages que le Massachusets et quelques autres provinces de la Nouvelle-Angleterre aient recueillis de l'union de l'Etat et de l'Eglise, avantages qui n'étaient pas de faible valeur dans les circonstances des colons. Mais il reste à voir si le mal ne surpassa pas le bien.

La confusion du civil et du religieux provoqua nécessairement des mesures qui froissèrent bien des consciences et qui eurent pour effet de véritables persécutions. Un des premiers événements de cette nature se passade l'an 1633 à 1635, et il ébranla dans sa base la colonie naissante. Il s'agit du célèbre Roger Williams. Après avoir étudié le droit, cet homme re-

regretter la charte qu'il leur avait octroyée. Les succès des puritains en Amériqae éyeillèrent la jalousie de Laud, de tout le haut clergé et de ses partisans. Û y eut comme une grande conspiration contre le repos et l'existence même de la Nouvelle-Angleterre. L'archevêque avait plein pouvoir, en politique aussi bien qu'en religion. Jamais les colonies ne coururent des dangers plus réels; aussi déployèrent-elles à cette occasion beaucoup d'énergie. Sans se borner à des remontrances , les colons se mirent à recueillir de l'argent pour fortifier la ville de Boston ; et Ton comprend combien il fut utile à cette province de n'avoir, dans la magistrature, que des hommes sur lesquels on pouvait compter. Malgré tout cela, elles eussent sans doute fini par succomber, sans les événements doot la métropole devint le théâtre. ^Pour plus de détails, voir Winthrop, Savage, Hubbart, Hutchinson, Hazzard, et surtout Bancroft, vol. I, p. 408-41*.

Stt LA MBU6IOIf EU AHiUQini* UV. Il

tnarquable prit les ordres dans Tégiise anglicue , pénétré qu'il était de sa yocBiioa au saint ministère. Mais eomme on eut à lui reprocher une lendanoe au

puritaDisme, son évoque le destitua^ et, V%a 16^1 ^ Is ville deBo9ton le vit arriver daM ses murs.

Instruit par les persécutions mêmes qu'il avait essuyées en Angleterre, RogCMr Williams avait dirigé ses pensées sur les limites que le législateur doits'ifliposer dans le gouvernement de la société. Il avait compris que la loi n'a pas à g^r le domaine de k oonscionce, et il ne put que bl&mer la marohe qu'on se mettait à suivre en Amérique. A ses yeux, TinU^ rance était un péché; et l'intervention du pouvoir civil en matière spirituelle, tout ce qu'on pouvait imaginer de plus contraire à la doctrine de Jésus- Christ. Ëiiger au nom de la loi la fréquentation du culte public ! Mais, s'écriait Williams, c'^st imposer l'hypocrisie I II ne trouvait pas moins étrange que l'on çi^igeàt l'impôt du culte, de la pa,rl d'hommes qui pouvaient désapprouver en conscience le culte entretenu par les deniers de tous. « Quoi, disaient ses antagonistes, l'ouvrier n'esl-il pas digne de son salaire?» « Oui, répliquait Williams, mais ce salaire doit lui ^tre payé par ceux qiûJ'emploient. » a El puis, ajoutait-il, vous ne voulez choîisir vos magistrats que parmi les membres de TEglisëyl Autant vaudrait-i! décider que^ pour être médecin ou pilotC; il faut savoir la théologie.» * Après de vives contestations, on finit

< BanerofUê Bli/ory, etc., p. 370.

CHAF. XIX. UNIOK INI L'ETAT, ETC.— MÉIICLTATS. Mt

par le obasser de la colooie. Ce fut alors qu'épôusaot les doctrines bapUstes et 9'étant retiré dans U baie de Narraganselts, il fooda, comme je Tai dit aî^ leursy l'établissement devenu plus tard TEtat de Rbode* Island, province qui, dès son origine, ne cessa d'être le séjour de la liberté religieuse.

La seconde affaire de ce genre eut lieu en 1 637, el se termina par l'expulsion de Wheelwriglh , d'Anne Hutchinson et d'Àspinv^alK Ces personnages avaient sans doute, sur divers points, des idées extravagantes. Toujours est-il que, si l'on n'eût employé contre eux d'autres armes que celles de la vérité, ils eussent pu vivre dans la colonie sans lui porter aucun préjudice.

L'histoire du Massacbusets nous offre d'un bout à l'autre un pareil spectacle, a Par cela même que la loi sanctionnait certaine forme d'église, tout acte irréligieux était réputé délit civil. On envisageait l'Etat comme le royaume de Christ sur la terre; la révolte contre le gouvernement, comme une révolte contre Christ; et réciproquement, tout ce qu'un juri baptisait du nom de blasphème était considéré comme le plus grand crime social qui se pût commettre. Quelqu'un avait-il nié qu'un livre de l'Ancien ou du Nouveau-Testament appartint à la Parole infaillible de Dieu, on le punissait d'une amende, ou on le faisait fouetter, et s'il s'obstinait, on le condamnait au bannissement ou à la mort. » En somme, tout allait de maméfre que, par le fait même de T union de TEtat et de l'Eglise, les droits et les principes constitutifs de Tun et de Tautre se perdaient rapidement.

210 LA ULIGION BU AMÉRIQUB* LIT. II

Pour citer encore quelques faits, ce fut avec une extrême sévérité qu'à diverses reprises ou traita les anabaptistes. Quand les quakers firent, en 1651, la tentative de s'établir dans la colonie, ils furent expulsés et menacés de l'échafaud s'ils se représentaient. Quatre d'entre eux, ayant méprisé la menace, payèrent de leur vie cette témérité.

Il faut bien dire que les quakers n'étaient pas alors ce qu'ils sont de nos jours. Il n'y avait rien de plus fanatiques, ni de plus scandaleux que leurs actes. Ils se plaisaient à insulter les magistrats et à troubler le culte public par leurs clameurs. Les femmes, oubliant toute décence et osant même s'autoriser d'une sorte d'inspiration divine, se barbouillaient le visage et couraient dans les rues, dépouillées de leurs vêtements. Il n'y afïiit pas moyen sans doute de tolérer de semblables désordres; mais la punition eût pu être moins cruelle, et surtout on n'aurait pas dû la motiver sur l'hérésie des délinquants.'

^ Ed 1657, on prononça contre les quakers la peine de la mutîlatioD» qui consistait à leur percer la langue avec un fer rouge, el à leur couper les oreilles. Mais bientôt la colonie, honteuse d'une telle législation, Teffaça de ses statuts. Toujours est-il, comme le remarque Bancroft, toI. I, p. 451 , que «rexistence d'une égUae nationale exclusive développa chez les congrégationalistes du Maast» chusets les passions mêmes qui avaient déshonoré leurs pera^ cuteurs, et qu'ils se chargèrent ainsi d'excuser, en quelque sorte, ce Laud qui les avait si horriblement traités. »

Toutefois, il est Juste, avant de prononcer un arrêt de condamna- Uon contre ces puritains, de considérer les circonstances atté-* nuantes, et ainsi de se rappeler ce qui se passait dans ce même temps en Angleterre. Là, un avocat, William Pryone, esq., avait

Page 1