CBAF. XIX. UNION DE L'ÉTAT, ETC.— RÉSULTATS
Quarante ans plus tard on mit à mort vingt personnes pour fait de sorcellerie.' Or, quelle que fût
attaqué le théâtre. Au moyen du système des interprétations, on prétendit que son écrit était un libelle contre la reine. Pour peine , il fut cbas^ de Tordre des avocats, et condamné à perdre les deux oreilles, à être mis au pilori, à payer 5,000 livres st. d'amende, et à subir une prison perpétuelle. Le D' Bastwick, médecin^ se vit interdire sa profession, excommunier, muleter d'une amende de 1,000 livres st., et emprisonner jusqu'à ce qu'il abjurât ses erreurs : il avait nié que l'autorité des évéques fût supérieure i celle des anciens ou prêtres. Et le D' Alexandre Leighton , théologien écossais, père du célèbre archevêque, qui fut, en 1630, si je ne me trompe, condamné à 10,000 livres st. d'amende, à subir le pilori , à avoir une de ses oreilles coupée , et une de ses narines déchirée , puis à être conduit quelques jours en prison ; après quoi il devait être remis au pilori pour y recevoir le fouet, y avoir sou autre oreille coupée et son autre narine déchirée, et, dans cet état, se voir rejeter dans une prison pour le reste de ses jours ! Ce sont là des faits incontestables. Et que n'aurais-je pas à dire des massacres dont furent victimes les protestants de France, de Belgique, de Bohême et de Moravie ; pour ne pas parler des scènes de sang qui effrayèrent TEcosse au temps des Stuarts? Véritablement, la liberté religieuse n'était guère comprise à cette époque I L'est-elle beaucoup mieux de nos jours, dans la plupart des contrées de r Ancien-Monde?
Je dois ajouter que les magistrats du Massachusets prétendaient bien nfe pas mettre à mort les quakers et les antinomiens à cause de leurs erreurs, mais parce qu'ils violaient les lois de l'Etat. Pauvre excuse! Elle avait toutefois quelque réalité; et c'est ainsi , do plus au moins , partout où l'Etat se fait protecteur de l'Eglise. Les partisans de l'inquisition elle-même l'ont souvent défendue par cette considération. C'est dans la violation de la loi qu'est tout le crime ; mais dans la violation d'gne loi qui ne devrait pas exister.
* n est juste de voir ici un effet naturel de l'espèce de théocratie qu'on avait voulu fonder, en se modelant sur les institutions ci-
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" alors l'opinioD régnante sur la réalité des arts magiquesy il est évident que ni ces condamnations, ni
1 celles qui eurent pour victimes les quakers, ou les anabaptistes, ou les antinoniens Weel^ight et les autres, ou enfin le respectable Roger WilliamSt n'auraient pu être prononcées si la loi ne fût malheureusement intervenue dans les questions religieuses, ou, en d'autres termes, si l'Eglise n'eût été unie à l'Etat. Tout le mal provint plus ou moins directement de l'ordonnance qui contraignait à suivre le culte public de la colonie.
Mais les effets que produisit une autre loi religieuse non moins fondamentale furent bien 'plus fâcheux encore. Je veux parler de celle qiTi bornait la jouissance des droits politiques aux seuls membres de l'église officielle. Les conséquences ne s'en firent pas longtemps attendre.
Non-seulement la colonie admit dans son soin beaucoup de gens que l'Eglise ne put recevoir au nombre des communiants, mais encore ( et les dignes fondateurs de ces provinces semblaient ne l'avoir pas prévu ] les enfauls ne marchèrent pas tous sur les traces de leurs aïeux. Il en fut qui vieillirent sans donner aucun signe de conversion et qui, par conséquent, ne participaient point à la Sainte-Gène. Car les églises de la Nouvelle-Angleterre avaient conservé la
^ vilea de la république des Hébreux. Mais n'y avait-il, en ce temps» que la Nouvelle-Angleterre où Ton mit à mort les sorcient Que le lecteur s'en informe, et il verra ce qu'il en était.
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discipline stricte en vertu de laquelle on ue reçoit k la communion que ceux qui paraissent réellement convertis et qui ont une instruction religieuse suf-* fisante* Or, les individus qui ne pouvaient satisfaire à ces conditions, trouvèrent naturellement fort dur d^ se voir privés des droits du citoyen, bien qu'il n'y eût rien à dire contre leur moralité. Leurs plaintes, tou^ jours plus vives, ne parurent point déraisonnables, et leurs pères, eussent-ils été des Brutus, devaient finir par s'en laisser toucher.
Quelle fut alors la détermination que prirent les législateurs de la colonie, après avoir consulté leurs guides spirituels? Au lieu de rapporter la loi, ils dé* cidèrent qu'on envisagerait comme membres de l'église tous ceux qui y avaient reçu le baptême. C'est ainsi qu'ils firent un nouvel empiétement sur le ter* rain religieux/ et que, pouvoir civil, ils réformèrent une des antiques lois de l'Eglise. Car, s'il est vrai que les enfants soient, par leur baptême, membres de la société chrétienne, ils ne lui appartiennent toutefois qu'en qualité de pupilles, et Ton ne saurait les mettre sur la même ligne que ceux qui, venant plus tard à se convertir, font une profession explicite de leur foi. Pour sauver les apparences, il fut exprimé dans la loi qu'il ne suffirait pas absolument d'avoir été baptisé, mais qu'il faudrait être d'une bonne conduite et avoir ratifié le vœu ou l'alliance du baptême (covenatu)^ cette ratification d'ailleurs n'emportant pas de droit Ta^mission à.la Gène du Seigneur.
La Ipi dont je vicQs de reproduire les dispositions
essentielles fat, par ses conséquences, moins funeste à l'Etat qu'à la religion. Les églises se remplirent de gens qui avaient c ratifié l'alliance, » mais, avec le temps, on vit diminuer le nombre des communiants. Beaucoup de gens se contentèrent du minimum religieux que la loi requérait. Le mal ne s'afPSla pas là. Pour rétablir une sorte d'équilibre entre le nombre des communiants et celui des membres de TEglise, bien des pasteurs se mirent à envisager la Cène comme un simple moyen de grâce, ni plus ni moins que la prédication de la Parole. En sorte qu'ils y admirent sans scrupule tous ceux qui manifestaient quelques bonnes dispositions, espérant que leur conversion pourrait s'effectuer par cet acte même, et pensant qu'il y avaitlà tout au moins de l'édification pour les fidèles. Or, je ne puis m'empêcher de voir, dans ce principe, une erreur vraiment dangereuse.
Ainsi, tandis que la loi remplissait TEglise de gens qui se bornaient à ratifier l'alliance, les mesures auxquelles cette même loi conduisit les pasteurs encombrèrent la Sainte-Table de communiants non convertis. Au bout de quelques géDérations,il y eut un déclin marqué dans l'Etat religieux des églises et de la colonie tout entière. Le personnel des pasteurs ne put que s'en ressentir. Il fallait toujours pour leur élection le concours des citoyens de la paroisse et des communiants ; mais ceux-ci ne servaient plus de contrepoids à l'influence du corps politique. On conçoit comment la porte s'ouvrit de cette manière aux fausses doctrines, et cela d'autant plus aisément que cha-
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que église était indépeiidante de toutes les autres.^ La troisième loi par laquelle les colons avaient réglé l'union de l'Etat et de l'Eglise, était celle qui enjoignait à chaque ville ou paroisse d'entretenir le culte public au moyen de contributions levées sur tous les habitants. Rien de mieux en apparence, aussi longtemps que la colonie ne se composa que de membres des églises établies, ou d'amis francs de leurs doctrines et de leur système ecclésiastique ; mais lorsque cer-^ taines paroisses finirent par compter bon nombre de personnes hostiles au culte reçu , ou indifférentes à toute religion, il est clair que cette loi dut leur pa-* rattre onéreuse et injuste. De là surgirent de sô^ rieuses difficultés; difficultés qui ne firent que s'ao«crottre lorsque, par un vrai progrès, la législation
^ Ceci D'est pas autre chose, en dernière analyse, cpie ThistoirQ de tous les Etats protestants. Partout on a voulu que les citoyens donnassent à l'Etat des garanties, en se joignant au culte établi; ei partout il a fallu que l'Eglise se relâcbftt dans sa discipline. On pmt croirei au premier moment , que ce que TEtat exigeait dans «on intérêt tournerait au profit de la religion ; mais l'expérience a dérmontré le contraire. L'Eglise s'imaginait peut-être qu'elle imposait sa loi i l'Etat, et c'est elle , au contraire, qui se mettait ainsi sous le joug du pouvoir civil.— Au (ait, l'union de l'Etat et de !'&• glise ne peut jamais exister sur le pied d'une égaie réciprocité^ Toujours l'un des deux dominera l'autre ; non pas sur tous le^ points à la fois, j'en conviens ; ici l'Eglise a le dessus, là c'est l'Etat ; peu importe en faveur de qui, somme toute, la balance incline; le problème impossible à résoudre, c'est d'équilibrer le pouvoir entre ces deux autorités. La raison en est, si je ne me trompe, qu^ l'une et l'autre sont souveraines, chacune dans la sphère qui lui a été assignée de Dieu. (Trad.)
étendit à tout le menée tes dm ta de eiié «t toièni tous les cuUes chrétiens. Il fut impossible d'admettre plus longtemps que des citoyens feraient à la fois les ttm$ de leur culte et ceux d'un culte paroissial qu'île ne fréquentaient pas.
Alors vint une loi qui, n'exemptant personne des contributions destinées au maintien de la religioo^ autorisait chaque citoyen à faire au culte de soo choix l'application de sa cote d'impôt. Quelque belle que cette mesure paraisse, il n'y en eut pas de plus funeste au vrai christianisme. Les ennemis de l'Evangile, voulant avoir une religion à leur gré, se formèrent en églises ou plutôt en sociétés universalistes ^ et uni-* taires. Obligés de payer un impôt, ce fut à entre* tenir de faux docteurs qu'ils remployèrent; tandis que, s'ils eussent été complètement libres, jamais ils n'eussent réalisé rien de pareil. Impossible de décrire tout le mal que ce déplorable système a causé dans le Connecticul, au Maine, je crois aussi dans le New- Hampshire, mais surtout au Massachusets I
Il ne fallait plus qu'un pas pour consommer la ruine des églises, et ce pas se fit. Il y a vingt ou vingtr^inq ans que la cour suprême du Massachusets déclara lé» gaiement abolie l'ancienne distinction qui existait entre l'église et la paroisse; en sorte que le corps entier des contribuables, sans aucune espèce de contre-
* J*enteodg par uniTersilistes ceux qui, se doonant ponr ohré* liens, et au milieu d'ailleurs de bien des diiféreaces, sont d'aeooré à croire que tous les hommes seront finalement sauvés. J'aursi â revenir plus tard sur ce qui les concerne.
CBA¥i XX. umoU M l'If At, btc.~aA§ditats.
poids y eot à piV)Doncer sur tes questions les pltes vita^ les de Tordre religieux. Lorsqu'un pasteur étaugélique déplaisait y on supprimait son salaire et Ton appelait à sa place un universalisle ou un socinien. * D'où il résulta que la majorité de l'église réelle se vit souvent obligée d'abandonner le temple où ses pères avaient rendu leur culle au Seigneur, de se bâtir autre part une maison de prière et d'entretenir l'ancien culte par leurs contributions volontaires y tandis que la nouvelle doctrine recevait seule la protection et les sub« sides de l'Etat. On ne sait vraiment où le mal se serait arrêté, si l'union n'eût été finalement abolie dans le Massacbusets, l'an 1833.
Plus tard, je ferai le récit de cet événement, et j'a-bandonne d'ailleurs ce qui précède aux réflexions de mes lecteurs.