CHAPITRE XX
INVLUBNCB DB L'UNIOII DE L'ÉGLISB BT DB L'ÉTAT BIf AMÉIIIQI».
^ EiaU du Sud el du centre.
Les institutions de la Virginie étaient par le fait très-
^ n o'étajt pas trop difficile à ceux qui appartiennent à ces deux sectes de se coaliser dans l'occasion. Les universalistes <|ui s'étaient
9K LA EEUGION BN JkMÉRIQCB* UV. U
semblables à celles du Massachusets. Division du pays ien paroisses , obligation pour tous de contribuer aux frais du culte public^ fréquentation des saintes assemblées ordonnée sous peine de châtiment, les droits politiques concentrés sur les membres de TEglise épiscopale et celle-ci seule admise dans la colonie : telle fut la législation primitive.
Grâces à ce système, on put ériger des temples en grand nombre et donner aux pasteurs des habitations et des domaines. Aussi ne saurait-on lire sans un vif intérêt la peinture que le docteur Hawks nous fait de la Virginie et du Maryland, tant qu'on ne considère les choses qu'à la surface. U y avait d'ailleurs néoes«* sîiô véritable à cet arrangement dans une colonie de lahaute église. Car , sans prétendre que les colons y fussent destitués de toute vraie piété, Ton conyiendn pourtant qu'ils ne se distinguaient pas, comme les puritains du nord, par la ferveur de leur zèle. A coup sûr, ce n'étaient pas des enthousiastes. La loi vint à propos seconder leur foi , et son influence fut loin d'être nulle, puisque, au commencement de la révolution, l'on comptait avec orgueil sur les rives des beaux fleuves de la Virginie quatre-vingt-dix-sept paroisses, un nombre plus grand de temples, si Ton y comprend les oratoires, et environ cent ministres.
Ce fut le principal, si ce n'est le seul avantage que
retirés d'une église socinienne , consentaient souvent à y rentrer pour une année. Us payaient la contribution exigée par la loi, et lia pouvaient ainsi voter avec les autres.
CHAF. XX. UNION DB L'iTAT, ETC.— ^RÉSULTATS. 2tt
Téglise épiscopale recueillit de son union avec l'Etat, Car on ne saurait dire que même le salaire des pas<) teurs fût réellement garanti par la loi. Celle-ci l'avait fixé sans doute; mais le recouvrement de cet impôt rencontra constamment les plus grandes difficultés. D'ailleurs, on avait beau avoir des temples; durant la majeure partie de la période coloniale, il manqua sans cesse d'un nombre suffisant de ministres pour les desservir. C'est ainsi qu'en 1619 on comptait en Virginie onze paroisses et seulement cinq ecclésiastiques; en 1661, cinquante paroisses dont environ les quatre cinquièmes étaient vacantes.
On voit donc que, dans ce qu'elle eut même de. plus avantageux, l'alliance ne prodigua pas de grandes: faveurs à l'église épiscopale. Mais qu'elle lui ait faiV au contraire beaucoup de mal, c'est ce qu'il n'est pas difficile de montrer.
Sans parler des préventions défavorables qu'excite contre elle toute église qui cherche à s'affermir par des voies de contrainte, on peut dire que l'église épisco-: pale des colonies était placée en des circonstances qui devaient rendre la contrainte plus odieuse que nulle part. Partout, excepté dans la Virginie, elle ne compre- nait que la minorité des colons; en sorte qu'elle de-' vait uniquement à son influence politique et aux mesures législatives de la couronne la prééminence dont elle jouissait dans le Maryland, les Carolines, New- York, etc.^ prééminence qui alla toujours croissant. Cette église était donc l'église du roi et des prélats anglais, plus que l'église des colonies ; et lorsque la I. i6
médàntenteuient général aiiieiia la réycrlntion , Von ^ eoaçok ce qne les Américains darent généralement éprouver ^oùr me inslitution qu'ils regardaient comme essentîeHemenl fondée et entretenue- par le» eanesii» eu pays; car c'esl ainsi qu'on appelait tout ce qui aj^ar tenait à l'Angleterre.
Ensuite, il y entd>es contestations continuelles entre les gouverneurs de ces colonies et les conseils de paroisse * au sujet du droit de présentation. Bien que ces derniers eussent fini par avoir le dessus, au moins en Virginie , le gouverneur ne se lassa pas de réclamer ce qu'on pourrait appeler l'iov^stiture, ou la mise en possession du bénéfice, et cette prétention fit natire plus d'une fois de sérieux conflits. Ce n'est pas tout. La loi anglaise donne au pasteur un droit en quelque sorte iaamissible sur sa prébende , tellement qu'il n'y a pas moyen de se défaire de lui s'il n'est préalable-» meut destitué. Or, les paroisses cherchèrent constamment à éluder cette loi en n'adressant jamais à leurs pasteurs qu'uue vocation provisoire, vocation qu'ils renouvelaient d'année en année. De cette maniéire ils pouvaient les congédier k leur gré, et le gouverneur n'avait pas à exercer son droit d'investiture. Au Maryland, le pouvoir civil conserva longtemps le choix des pa&leurs, et il en nomma de fort indignes. Du reste U ne paraît j^a^ que, dans aucune de ces colo-
^ «Conseils de i^M'oisse,» c'est ainsi que je traduis le jMrtsK ufèHrfr, (|iie nfe i^etidraitpassafnsamtnenttenK>tdeA>^t'9«^> on de martfuiiUffi do la paroisse. (Trad,)
ÈVdêj Féglne m^ oorjis art jMnaiH choisi ses ocbduo^ trata^^pHtotib; ce droit aippartenait au» eotiMits de* paroisse, et il fout dire qu'ils ne foésatevt gaèi^e ié meilleures dominations que les gouverneurs.
Ajoutons à cela que, jusqu'à la révolution, TAinéMriqae n'eut point d' évoques , en sorte que l'église épi^ scopale des colonies recevait d'Angleterre tous iei ministres; et si quelque descendant des colons se vouait à la chaire, il fallait qu'il se fit consacrer eh Europe, ordinairement par l'évèque de Londres, au diocèse duquel ressor tissaient les églises d'outre-mer. le ne contesterai pas qn'\\ n'y ait eu, parmi ceux qu'on envoya d'Angleterre, des hommes tout à fait dignes de leur emploi; mais combien no dut-il pas s'en trouver qui, manquant de pain chez eux, vinrent dans nos parages comme de vrais aventuriers,pour la honte des églises et au grand détriment àéi ftmes.' Quelle discipline, d'ailleurs, pouvait-on exercer sur un clergé dont l'unique chef résidaûL^IHdelà de l'Océan? L'évèque de Londres envoyait bien de temps en temps des commissaires, tels que les docteurs Blair et Bray, mais le mal devait être trop pro-
^ Au milieu du siècle passé, l'évèque de Londres, écrivant au D* Doddridge, lui disait sur ce point : « Une grande partie de ceux que nous envoyons d'ici en Amérique sont des Ecossais-d'Irlande (presbytériens irlandais) qui, n'ayant pas d'occupation chez eux, entrent au service de TEglise plus par besoin que par choix. 11 en est quelques -uns même qui demandent à s'expatrier pour restaurer leur fortune ou {aire oublier certaines fautes. » Voyez BibUotd' Repotilory and Printetown Review, Avril ISiO.
SS9 LA RELIGION BN ÂMÉRIQUB. JLIY. 11
fond pour qu'on pût aisément le déraciner. Et tout ceci n'est pas une vaine supposition. Les désordres du clergé épiscopal dans les colonies nous sont attestés par les historiens mêmes de cette église et par divers actes des législatures coloniales. C'est ainsi qu'en 1631 l'assemblée générale^de Virginie défendit aux ministres de se livrer aux excès du vin et de la débauche, tout comme de consumer leur temps dans l'oisiveté, et le jour et la nuit.'
Pour en finir sur ce triste sujet, l'union de l'Ëglise et de l'Ëtat fut, dans les colonies du sud aussi bien qu'ailleurs, la cause de nombreux actes d'intolérance et d'oppression. Si la Virginie ne persécuta pas jusqu'à la mort les malheureux quakers , on les vexa de manière à leur rendre insupportable le séjour de la province. Les puritains n'y rencontrèrent pas moins d'opposition, et l'on porta des lois dont la sévérité devait empêcher c que cette infection ne gagnât tout le pays. » L'archevêque Laud régnait en Virginie comme en Angleterre. L'an 1642, un individu nommé Reek, ayant méconnu l'autorité de ce prélat, fut mis deux heures au pilori , condamné à 50 liv. st. d'amende, et
^ Henin^ê Lawi of VirgMa.-^K une époque bien plus récente, le gouverneur de Virginie, sir William Berkeley, répondait en ces termes à une enquête parlementaire sur les colonies. Question : « Quelles sont vos ressources pour fournir au salaire de vos mi* nistres? i» Réponse : a Nous avons quarante-huit paroisses, et nos ministres sont bien payés; mais ici, comme en toute autre chose, fou nous envoie d'Angleterre ce qu'on a de plus mauwns, » {Àppendis (0 Uemuffs Colleaion.)
eoàp. XX. UHION DB l'État, etc.— eésultats. flSto
jeté dans une prison pour tout le temps qu'il plairait au gouverneur de Ty laisser.
Cependant on ne parvint point, par ces mesures de rigueur, à fermer au puritanisme les portes de la colonie. Soit que des puritains y eussent transporté leur établissement, ou que des Yirginiens mêmes se fussent dégoûtés de leur église , il est certain que^ Tan 1642, quelques habitants de la colonie demandèrent à Boston des prédicateurs, et qu'il en partit deux du Massachusets et un du Ck)nnecticut. Le gouverneur se hâta de les congédier; mais Winthrop écrit dans son journal que y malgré les efforts de l'administration pour imposer silence à ces ministres , le peuple se pressait dans les maisons particulières afin d'entendre leurs prédications.
Il fallut néanmoins tout un siècle pour que la Virginie se formât à la tolérance. L'on dut ce résultat à la persévérance des presbytériens et des autres communions non reconnues par la loi. Le nombre s'en accrut tellement, soit par un effet même de l'intolérance du gouvernement, soit surtout par l'arrivée de nouveaux colons, qu'à l'origine des guerres de la révolution il dépassait celui des membres de l'église épiscopale.
Quant au Maryland, bien que, pendant quelque temps, on y ait fort maltraité les quakers, et que les catholiques romains s'y soient vus les victimes d'une souveraine injustice, l'intolérance ne s'y manifesta jamais au même poinl'qu'en Virginie. L'église protestante épiscopale y fut déclarée église de l'État en 1692,
cbées à ce titre que depuis Vf (^9 cfisfi^^fff^ TAmW
P,e .^01^^ lj8p çojopie^ fti^i Tépi^îQpa; JTWJUA 1* s^wH ^^> ^^gple, ii^'pjjL e$tpftiat quç r^q^plé^^c^ 4ô9P)â p)i|3
fl^e p^Il^ j(l<? Kew-y^K- S;ir ^ poji?it, le gwvfffiPMr Flpi^her ^e v^^^ d^pa$3é par jiin di^ a¥^ 3^006(390^1, io^ £ftrp^)ury, ^psicppfiani du Iprd ÇlareBdpp. y p^ fÂvjL j)a§. j^ iHi qM'pu qp privât <^e ^oyîj ^^ ç}rd^9 T^glîise i»9l|ap/l#e, .ftl qu'oq ne \i^ ooplrftigiiU ^ i9ipj)r^»ef Vié- PiV?pçpal- Jl avait pçvir inslrijçtio.ns, 4e h piarl du gOMj(prfleffli.§nt briti^nique, ? (k favoriser (Ji^ns 1^ pypyijçp^ç, s^oq çoq pouvoir, l'e^rpioe de la. juridiç^wtp ^p}^sj,£^,tÂque 4e l'évèqme 4^ I^pudrçs, en sprte qnç nul maîlre d'école, en Ire autres^ ne pût |^^îvr^ sop é|ft^ çaq^ va brevet d^i dil évêqup. j^ *
Qu'oq ne voie pas eu njipi^ çepeodauU rintejptioo 4'incriiqiaer l'église épiscopaL^. 3.a.Q? dout^ qu'elle X^nfermail des bpoimps intolérants, ijaais elle pps?)^ ^^\\ ^usçi dçs çhrétieJQ.s 4'un esprit large çt pleip de çji^ri^é. Le mfil vint de ce qu'alors la lïj^erif) religieuse if'^ta^t pas généralement comprise comme çlle le fut plijis lard. Les mesures vexaloires partirent dj^ gouvernement colonial, bien plus encore que (Je l'Eglise.
En résumé, je pense que l'union de l'Eglise ép>scopî^le avec TElal, en cerlaines colonies, et en d'autres cejle du congrégalionalisme avec le pouvoir civil, furent plus funestes qu'avantageuses, opinion que par-
tagè maiotenant, j'en suis certain, le corps entier des ministres congrégaiionalistes et épiscopaux. Si les fondateurs de la Vir^nie et du Maryland, hommes que je crois avoir été pleins de bonnes intentions, s'étaient mis à Tœuvre en se reposant sur Dieu &t sur leur activité personnelle; s'ils avaient visé à former un clergé fidèle parmi les natifs de la colonie, en comptant, pour leur entretien, sur les sympathies du peuple , je ne doute pas qu'ils n'eussent mieux réitsii à nationaliser, dans le vcai sens de ce mot, l'église à iar quelle ils se rattachaient.
L'état actuel de l'anglicanisme en Amérique prouve de reste que l'épiscopat peut exister et fleurir sans le secours du pouvoir civil. Le docteur Hawks pense môme que cette forme ecclésiastique y offre plus de facilités qu'aucune autre, et il cite, à l'appui de son assertion, l'église épiscopale d'Ecosse, les églises sy^ riennesdans l'Inde, et celles des Etats-Unis. Sans me prononcer sur ce point, je me borne à remarquer qu'à l'origine de la colonisation, l'église anglicane comptait au nombre de ses membres la plus grande partie des émigrants, et qu'elle avait en sa faveur le prestige qui se rattachait naturellement à sa qualité d'église nationale de la métropole ; d'où je conclus qu'elle possédait une autorité morale qui n'avait pas besoin de chercher sa force dans le bras séculier, et qui n'a fait que s' affaiblir eii s'unissant à la puissance politique.
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