‹ De la religion aux États-Unis dÁmérique (volume 2)Chapitre 59 sur 111 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

DisiOLinrioli DU ubn urru l'Avat bt i.'jtou».

QlMIUl il tfONHMIII iUt vl^l^OflMI*

Le premier Etat qoi proBOiiQaUsépâratioii fiiteeloi 4e Virginie^ évéoemeot d'aulaoti pkis ranapqliable que les fondateurs de cette praYÎDcaétaieat) chaud» partisane de l'église nationale épîsoopale^ et que, peo* dant plus d'un siècle, la dissidence ne s'y put montrer.

Mais là, comme ailleurs, le monopole produisit le relâchement, et le relâchement finit par déterminer la dissidence. Les pasteurs, pins jaloux de percevoir jusqu'à la dernière livre de tabac d(Hit se composait leur prébende, que de remplir fidèlement les fonctions de leur ministère, avaient de continuels procèsavec leurs paroissiens ;c'estd'ailleursàcelaqu'ilsemployaient une bonne partie de leur temps, et le reste, ils le consumaient à la chasse ou au jeu, dans la société des hommes les plus mondains. Il y eut sans doute d'honorables exceptions, et ce fut aux ecclésiastiques demeurés fidèles que cette église dut sa conservation, non moins qu'à rattachement aveugle que le peuple lui vouait. « Si les doctrines de l'Evangile eussent été fidèlement et solennellement prèchéesdans l'église établie, jesuisper-

CHAP. TU. SiPAAAT. DB L'&T. ET IMS L'ÉfiL. S|^

suadé, dillerév. Samuel Davies^ ' qu'on n'eûl vu que peu de dissidents en Virginie. Leur opposition ne se dirigea point, au premier moment, contre les rites de cette église, encore moins contre sa confession de foi, mais ils se plaignaient de la prédication qui était assez généralement contraire à la doctrine officielle. En sorte qu'à proprement parler, les dissidents ne s'éloignaient pas de la constitution primitive de l'église anglicane ; ils en étaient au contraire les partisans les plus zélés : ils se séparaient seulement de ceux qui étaient infidèles à la foi que tous avaient jurée. »

Avant 1740 il n'y avait, parât l-il, qu'uue seule congrégation presbytérienne dans la Virginie orientale, mais il en existait sûrement plusieurs dans la Vallée,* où beaucoup d'Ecossais et d'Irlandais avaient émigré depuis la Pensylvanie. On devait y rencontrer aussi des quakers en petit nombre, quelques communautés allemandes et des églises baptistes passablement. Celles-ci, bien que jieu considérables et assez di»* persées, présentaient peut-être à elles seules une popur lation égale à celle des autres sectes réunies.

Ce fut environ dans ce même temps qu'un laïque,

^ <K Narrative oo the State Religion among dissenters in Virginia.» Le révérend Davies fit un bien immense en Virginie, et ce fut, selon toute apparence, le prédicateur le plus éloquent de son époque.

* Ge qu'on appelle la Vallée, dans la Virginie, est une charmante contrée qui se trouve à Touest du premier rang de montagnes dont se compose la chaîne des Alleghanys. Elle traverse presque tout le territoire de l'Etat, du nord-est au sud-ouest, et en se prolongeant dans le llaryland , elle y forme la vallée de Cumberlaod. C'est la partie la plus fertile du pays.

Ml XA tatiGioir » AidkK^l^. tiV; taf

ilôÉbbië àamuél Morris , amené à ta «(yditÉiMaiice dtt telôrt par les écrils dé Viatel, de Luther et pàtr rêpttré de àaint Paul aux Galàtès, ofttil h ses voiïitts ^ %iid^ rants des choses de Dieu coi&me il Fàviit été lidhième, de ke réddir dans stt inaiMia potrfr CÉfiMidre là lecture de Hes litres favoris. Telle tUtbiéntÀl!» foiilft^ (|uMI fallut bfttir dn édifice capable dé là ettfatënir. A Flavêi et & Luther, ils ajoutèrent un Volotrie des 9e^ fnons de Whilfield , nourriture etcéltenfe {Mdr Mi ftmes affaînées. Eîi 1743, ils eurent la tisifë an té^ vérëtid M. RobiUson. C'étilit ùti ministre t^b^éù que les fidèles de New-Jersey ataient cMl^b^é toMme niissiontiaife dans le Snd. SA prédiisatioii fol d^ôme grande utilité à nos leiiieurs^ comme on lés» ét(i(pielait; ^ Il leur apprit & diriger leurs Mrrices dàtts tal fbniie presbytérienne y et plusieurs mittiétnss rie tëtte lidiil^ ttutiion tinrent sucûe^iteÉient le!» édifier. Stfwtftit mis à l'amende, parce qu'ilik abandonnaient les àieië^ blées ptfbli(|taes, ces brates gèùs ti'ett ëôDtiffbèrëbt pas moins leurs simpleil réGte'dni. Enr <T47^ fê téiè^ rend Davies, dont nous citions tout à Theure qdéhjfttM pannes, leur f uteuToyé par le presbytère de NeMftâsÙe, dans le Delaware. Il résida chez eux jusqu'en 1759, qu'où l'appela à là présidence du collège de New-

* n Éè pBÈÊfe matfitenàbt (fùeHiiie éhosè de sembMilb ëù Suéde et en KotWége» dû beaucoup de pieireenifies, attirées teM la télUè, ie réurilnent eh^dé dintancbe par groupes plus ùû moins fabiÂiMretit , aftti ûé nre eifsiembfo la Parole de Diea et qùèlqfaéil hfSiii Hvres; soppVémeM néeeètalté/bélte! i la ittdvi^ fib^^lttifre i^ les pasteurs leur

màÊi vir. stpiittiti mi l'«t. m m l^l. IN

}értey« PendiiBt ces éouM fttiûéès , 6t pat- ioû fé^ fiueifoe^ il èe ooimtruimt sept éf^m^ dand la Vitgidiè offîeftttlle, èt^s 06 tàotàénl te pr6sbytéri«nisiir6 y fi<t de KiDtitfidérâèlës piH)gtè8. Lorsque là gueite de la RdVétvtîoit oodimetiça, le presbytère de Hanovre floÂiMit M Virginie lîn corps nombreux qui s'hono^ Ait de plaideurs prédicateur» Traitnent dislidgués.

A cette tnèfifie époqtie , les presbytériens écossais et irlfitndats àtàiebt vu croître leur nombre dans là YirginiO èéoideiildie; les baptistes encore plus qa'eui : el |N>dr(aot léë dissidents n'échappaient qti'aveb pehrè atit irexatiôns dé l'autorité civile. L'acte âe tolérance^ jtromtilgtté eti Angleterre le 28 juin 168^, ^étëddait îtteMtéstablMMbt auit colonies ; il n'eti est pas moinb vrai que les n<nmMûforffli^tes ne oeésèreflt d'y reti^ Mtftrer l'oppositiott des tnagistfattttres coloniales, ^rMqâe fusqù'au raOttieùt oh s^bvrit lé giind drafide «é la Révolution de 1775.

Les baptistes et leë presbytérien^ en éj^usèrénl dMbhneteent tei intéi^èts; ceux-là surtout. Leurs iMdittfttètAisi ataient eu beaucoup k soufiMir , et , à toft Oti h raison, ils eii attribuaient la cause au clergé de l'Eglise dominante. Ils espéraient que la i'èvolii^ tioQ amènerait la chuté d'une inetilution qui leur répu^tlit, ou plutôt qu'ils avaient en horreur. L'on {ioutiAit donc conjecturer qne, sans attendre même ta fin de la crise politique, ils ne mafiqaerai«ftit pas de t)M«re ta brèche l'église mtionale. G'est ce qu'ils -fiMût, di leurs effioirts furent couronnfés da succès. >

Ùo 4» igwe ifétféralemeiit en Angleteî>r«, eft |mii0-

tôt . Xâ RBLIGION BU AIIÉR|«I«4 « Uf. OI

^e ailleurs , que l'entière séparation de TEtat et de l'Eglise y en Amérique y fat l'œuvre de JeSérson , le troisième président des Etats-Unis , cet homme qui prit une si grande part à la lutte , et qui rédigea la déclaration d'indépendance à laquelle se rattachèrent ses concitoyens* Les plus chauds admirateurs de Jef* ferson ne nous accuseront pas de le calomnier , si nous disons que, dans sa haine violente pour le christianisme, il eût voulu non-seulement retirer à l'église épiscopale l'appui qu'elle recevait de l'Etat, mais encore détruire tout ce qui, dans le pays, ressemblait à une Eglise. Il n'en est pas moins vrai que ce ne fut point lui qui décida TEtat de Yii^inie à prononcer la rupture : on le dut dMjn pétitions et à l'activilé des presbytériens et des baptistes.

A peine la guerre fut-elle décbMrée, que le synode de New-York et de Philadelphie» alors la plus haute Cour ecclésiastique des presbytériens, adressa aux églises de son ressort une lettre pleine à la fois de prudence et de piatriotisme. Les membres du synode y protestaient de leur attachement au gouvernement anglais, tout en manifestant leur sympathie pour une contestation dans laquelle leurs droits les plua diers se trouvaient intéressés. Peu de personnes imaginaient , à cette époque, la manière dont se termine^ rait ce différend. Mais quand, Tannée suivante, le Congrès publia sa déclaration d'indépendance, les affaires avaient bien changé de face » et les nodoistres de l'Evangile durent partout se prononcer. Reconnaltraientr-i)s L'acte du Qongré)$^ ou 89iutiendlrai€|it'^t la

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souverainelé de la métropole? Ce fut alors que le presbylère de Hanovre, en Virginie, marchant à la tète de tout le clergé américain, se rattacha franchement à la révolution e( s'unit de cœur et d'âme à la cause de la liberté. Dès sa première session» après la déclaration d'indépendance, ce corps, passablement nombreux et très-influent^ fit déposer sur le bureau de la chambre des représentants de la Virginie le mémoire que nous allons transcrire à raison de son importance.

A l'hONOKABLE assemblée générale DE LA VIRGINIE.

Humble adresse du presbytère de Hanovre.

€ Les soussignés, mus par les mêmes sentiments qui animent les Etats-Unis d'Amérique, sont décidés à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour assurer le succès de la cause commune. Ils représentent à l'assemblée que, dissidents de l'église anglicane et bien qu'ils se soient toujours efforcés de remplir leurs devoirs de citoyens, ils ont eu jusqu'ici, dans la sphère ecclésiastique, une position qui ne saurait se concilier avec la liberté el l'égalité. Mais aujourd'hui que tant d'actes oppressifs ont mis les colonies dans la nécessité de secouer le joug de la tyraunie, et de se constituer en gouvernements indépendants sur les bases de la justice et de la liberté, nous nous flattons d'être bientôt affranchis des entraves dont l'esprit de domination, les préjugés et le bigotisme avaient embarrassé la machine politique. Nous l'espérons d'autant plus fortement après la déclaration d'indépen-

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daoce qui, d'un ton digue, ferme et précis, ][)foclaine et garantit les privilèges sociaux et les droits de l'homme. Nous la saluons Comme la grande Charte de notre république, et nous sommes persuadés qu'on ne saurait la violer sans compromettre l'etistence de tout l'édifice. Nous réFérant donc à cette déclaration et nous confiant aux sentiments de justice qui vous dirigent, nous demandons de pouvoir librement exercer notre religion, suivant nos consciences. Nous croirions d'ailleurs manquer à ce que nous nous devons à noUs-mèmes, comme à ce que nous devons à nos nombreuses congrégations, si nous négligions de mettre sous vos yeux un exposé de nos griefs, afin qu'ils ne se perpétuent pas avec le nouvel ordre de choses.

2> Il est bien connu que, dans les comtés frontières, lesquels renferment assurément la cinquième partie des citoyens de l'Etat, les dissidents ont eu à porter de pesants fardeaux. Us ont dû, presque à eux seuls, acheter les domaines destinés aux cures des pasteurs anglicans, leur bâtir des églises et fournir à leurs sa* laires; car il n'y a là que peu d'épiscopaux pour partager des dépenses qui, après cela, ne profitent qu'au petit nombre. Ce mal s'étetid dans une certaine morsure à tout le pays. Bon nombre de citoyens paient chaque année des impôts considérables pour Ventretien d'un culte dont leurs principes les obligent de s'abstenir. Ne sont-ce pas des violations manifestes de nos droits naturels, et, par une conséquence immédiate, n'est-ce pas une entrave qu'on met à la li-

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bdi'lé d'etaiûen et à la manifestation des conrictious individuelles? ^

3 En ce siècle de lutnièrei et au sein d'un pays o& les chrétiens de toutes les dénominations unissent ledrt plus grands etfbrls pour conquérir la liberté, nous espérons Termement que nos représentants se feront une gloire de renverser Tesclavage religieux, et non pas seulement Tesclavage politique. Il èsl ce^ tain qu'on ne peut présenter en faveur de la liberté civile aucun argument qui n'ait une force double en ce qui concerne la religion, et l'on ne saurait alléguer, à l'appui des églises nationales, aucune raison qu'il ne soit aisé d'appliquer également aux doctrines de Mahomet. Que si l'on nous ôonleste la chose, on avouera du moins que le pouvoir politique ne saurait, ^ans prétendre à une sorte d'infaillibilité qui rappelle le romanisme, faire un choix etilreles diverses sectes qui se partagent le monde chrétien.

• Permettez-nous ensuite de vous représenter combien les églises nationales sont nuisibles aux intérêts temporels des Etats. Sans parler de Tambition qui se développe chez ceux que le gouvernement favorise , et des actes arbitraires qu'ils se permettent; sans

^ « A restraiat upon freedom of iDquiry aod private judgement. » C'est une vérité qu'on n'avait pas encore mise en saillie comme l'a fait M. A. Vinet dans son beau livre sur le Devoir de manifester ses eanfnctians religieuses. Il est des personnes 4ui h'admettent pas que ^a question des églises d*Etat ou églises nationales ne ft»se qu'un avec celle de la liberté de conscience I On voit que les pasteurs presbytériens de la Virginie comprirent bien mieux la portée du principe, {trad.)

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dire Tesprit d'inlrigue et de révolte que fomente celle sorte d'oppression, comme toute oppression, il n'est pas douteux que ce système ne relarde les progrès de la population, et par conséquent ceux des arts, des sciences et des manufactures; témoin soit le rapide accroissement des provinces septentrionales comparées à la nôtre. Quand on pense à la supériorité physique du pays que nous habitons, quand on se rappelle d'ailleurs qu'il a été le premier colonisé, Ton se persuade qu'une foule d'artisans et d'autres citoyens utiles seraient venus s'y fixer, au lieu de le faire en des contrées presque stériles, ou de rester dans leur pays natal, s'ils avaient eu la perspective de jouir ici pleinement des droits de la conscience. D'où nous concluons que, sans l'église nationale, la Virginie serait actuellement le premier Etat de l'Amérique, et.qu'elle eût pu, à elle seule, tenir tète aux forces de la Grande-Bretagne, non pas qu'elle a dû dépendre des autres Etats pour le matériel de la guerre.

» Il ne nous parait point, d'un autre côté, que l'Evangile ait besoin de ce genre de secours de la part du pouvoir civil. Nous croyons plutôt que notre Sauveur, en déclarant que son règne n'est pas de ce monde, a voulu dire qu'il ne réclamerait point l'appui de l'Etal. Ses armes sont toutes spirituelles; il ne veut agir que sur la raison de l'homme et sur son cœur, et nous sommes persuadés que, si l'on assurait à chacun la libre jouissance des droits inaliénables de la conscience , le christianisme fleurirait comme

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au temps des apôtres, par sa seule énergie morale et sous raclioD puissante de la Providence divine.

» Nous prenons aussi la hardiesse de représenter que le gouvernement civil ne saurait avoir d'autre objet que le bonheur et la protection de Thomme icibas, et relativement aux choses du présent siècle. Garantir la vie, la liberté et les propriétés des citoyens, réprimer le vice et encourager la vertu par de bonnes lois égales pour tous : telle est la part de TEtat. Mais, quant à nos devoirs envers le Créateur et à la manière de s'en acquitter, c'est une Jiffaire qui est entièrement du ressort de la raison et de la conviction : nul tribunal n'en peut connaître , excepté celui du Juge suprême de l'univers.

> C'est pourquoi nous ne demandons rien à la loi pour nos églises, et nous ne saurions approuver les faveurs qu'elle accorderait à d'autres commuuions. Ce serait donner à une seule classe d'individus des émoluments ou des privilèges , sans aucune utilité réelle pour l'Etat et au grand détriment des autres cultes. Par les raisons que nous avons énumérées, nous supplions avec instances qu'on rapporte immédiatement toute loi qui, dans notre république de Virginie, organise une religion dominante, et que les diverses sectes reçoivent une égale protection dans le libre exercice du culte que leurs assemblées rendent à Dieu. Nous demandons enfin que nul ne soit astreint à payer quoi que ce soit pour l'entretien <l'une église , en sorte que tout, de ce côté, soit parfaitement volontaire. Par là vous abolirez les dis-

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tincliûn? pdieuses que la loi fait en^rç le» çiloyons, et ce ser^ lou^ ^ la foia upe gloire et un bien pour cet £lat; ^ans compter que les églises ne devront . IçujT cpûservaiiou et leur prospérité qii'ji Leur^ seuls guérit^, ce qui o'a pas lieu quapd l'une d'elle» est soqLçouç par la loi à Texclusiou des autres.

p Que le Souverain maître de l'univers daigne vous donnçr sagesse et résolution, afîu qup ypus preniez, dans cette afifaire imporlantet des détermination» conformes à la ju3lice» C'est l'ardente prière des pétitionpaires soussignés, o

Outre cette pétition du presbytère deHaoovre, il y en eut d'autres de la part des baptistes et des quakers. Il faut même recouuattre que ce furent eux qui firent les premières démarches dans ce sens. Déjà l'an 1775 ils présentèrent à l'Assemblée générale une adresse, où ils demandaient < qu'il leur fût perujis d'adorer Dieu k leur manière, et sans entraves; d'avoir des ministres de leur choix et de leur communion ; de pouvoir se marier et être enterrés san$ payer le clergé d'une église qui n'était pas la leur, d^ Sur quoi l'Asseipblée leur fît une réponse honnête, et donna des ordres pour que le clergé de toutes les sectes eût ac« ces auprès des soldats de l'armée républicaine, aussi bien que les aumôniers de l'église établie.

Les pétitions des presbytériens, celles deç baptistes et des quakers ne demeurèrent pas saus réplique. Les épisçopaux et les méthodistes firent des conlre^adres-

« Smpk't Hùtory of tke BapHiU m Virfiam, p. 35-27, 69.

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ses où ils défendaient Téglisu pationale au nom de la[ justice, de la sagesse et de||à politique. L'Etat, di^ saient*ils, ne saurait, san^ raïquité, rompre se^ en-* gagemenls. Up ordre de choses qui date de si Ipin, et h la con^rvalion duquel se lie l'existence de tantdeper«« sonnes, constitue des droits qu'il faut maintenir dans l^ur inti&grité. La longue e^ipérience de tous Içs pays chrétiens atteste d'ailleurs la sagesse de rinstjtutiojn qu'on propose de détruire, et qui seule garantit la morale publique et le bonheur de tous. La politique aussi devait être consultée^ ajoutaient-ils; et il était facile de voir que, faute d'une église nationale, la paix de l'Etat serait bientôt troublée par les jalousies et les contestations des sectes rivales. Enfin les pétitionnaires demandaient que cette question fût déférée, en dernier ressort , au peuple tout eutier, dans la ferme persuasion qu'il volerait pour le m&ÎQliQQ de l'église établie.

On pourrait croire, d'après ceci, que la majorité dm pays appartenait à l'église épiscopale, et cependant ses adversaires affirmaient que les deux tiers des citoyeps étaient dissidents. Pour moi, j'incline à penser que le plus grand nombre, en effet , professait l'anglicanisme, mais que beaucoup d'entre eux, loutefois, ne voulaient pas qu'il demeurât plus longtemps la reli-^ gion de l'Ëlat.

Quoi qu'il en soit, toules ces pétitions provoquèrenlt une longue et vive discussion. L'église nationale eut pour champions MM. Pendlelon et Nicolas, et pour principal adversaire M. Jefferson, qui parle de cette

àSO LA RI^ION EN AMERIQIJB. LIV. fîl

lutte comme de la plus rude où H se soit vu engagé. Après des débats qui Jft|rèreDt prés de deux mois, l'Assemblée révoqua toutes les lois coloniales qui, qualifiant de délit l8 profession de la dissidence, exigeaient la fréquentation de Téglise paroissiale, et défendaient, sous diverses peines, de rendre son culte ailleurs. On dispensa, pour l'avenir, les dissidents de toute contribution forcée en faveur de l'église épiscopale. Cependant, le clergé percevrait ses salaires jusqu'à la fid de Tannée suivante, et on lui garantissait les arrérages. Les temples, chapelles, fonds de cures, livres, vaisselle, etc., appartenant à l'église épiscopale, lui étaient laissés en toute propriété. ' Cette loi est du 5 décembre 1776. L'Assemblée discuta, dans le même temps, la question d'une cotisation générale en faveur des divers cultes, mais la décision fut ajournée.

Les années 1777 et 1778 virent reparaître celle question, ensuite de nombreuses adresses pour et contre. Le presbytère de Hanovre rentra dans la lice, et après avoir reproduit les idées essentielles de son premier mémoire, voici comment il s'exprimait :

« Pour éclaircir et appuyer ces assertions, nous dirons que le libre examen est un droit de conscience qui ne saurait s'aliéner. C'est d'après ce principe que l'Evangile se propagea dans l'origine, et que se fil notre bienheureuse réformalion. L'Eglise de Christ n'eut pas besoin d'impôts pour se maintenir. Nous sommes sûrs du moins, quant à la société dont nous

* Hening't SiaiuUi ùf Virginia, p. 34.

CHA^. VII. SEPARAT. D8 l'ÉT. £T fjfL t*ÉGL. âSi

faisons partie , que celle mesure lui serait plus funeste qu'utile. Tout vrai cbrélieniproit que Jésus-Christ gouverne rui-méme son royaume par des lois spéciales ; il doit croire également que sa Providence le maintiendra jusqu'à la fin des siècles. Dans la conviction où nous sommes que ce royaume de Christ, ou, pour le dire autrement, les intérêts de la religion ne sont pas du ressort des lois civiles, nous agirions d'une manière à la fois inconséquente et peu honorable, si nous acceptions quoi que ce soit des deniers publics.

» Cela étant , on nous pardonnera sans doute de protester contre toute taxe ou cotisation générale qu'on voudrait lever dans l'intérêt de la religion. D'après la maxime vulgaire que le serviteur se doit à son mattre, et que l'ouvrier est comptable de son temps à celui qui le paie, si nous reconnaissions au législateur quelque autorité sur les ministres de l'Evangile pour ce qui tient à leurs fonctions, et d'un autre côté le devoir de les entretenir , nous lui accorderions par cela même le droit de restaurer l'Eglise nationale abolie, ou d'en organiser une nouvelle ; de déterminer qui est apte à prêcher, ce qu'il faut prêcher, à qui, quand et en quels lieux ; d'imposer enfin aux diverses sociélés religieuses tels règlements el telles réserves qu'il le jugerait à propos. L'on ne peut nier que ce ne soient les conséquences du principe, et véritablement elles sont k un tel point subversives de toute liberté religieuse, que, si la Virginie les adoptait, nous nous verrions dans la déplorable nécessité de dire avec les apôtres : « Jngez vous-mêmes s'il

2^ LA RELIGION BN AMÉBIQCIS. LIV, lit

v«iut mieu^ Qbéir a^x bomqiçf plptôï qu'il Dieu ; • puis qous q|[irioos pomme ils I9 firçpt.

» En un mot, rQgaroAnt loute pplisatioD géoéraie pour Ip ci)Ue cpimge contraire à dos principes et à nos intérêts, et de^lruclive cle h liberté rpligi^use, nous supplions la législature ctp np jamais 9PDger à DOu$ en grc^tifier, ni nous, ni Ips congfégatioiis q^i )sç pop^remises^à nos soins. »

Cette adresse, et plus encore, selpn toute apparence, les vigoureux efforts des baptistes, firent abandonner la mesjurp projetée, bien que Je bill Tût pftrvpap à la troisième lecture. Cétait en 1779.

Au rétablissement de la paix, la législqtture de Virginie remit à l'ordre du jour la question religieuse, et dans les sessions de 1784 on discuta deux objets d'une grande importance. II s'agissait d'accorder à toute église qui en ferait la demande, Ip drpit d'être légalement reconnue, ce qp'on appelait le biH d'incorporation ; puis ou avait repris l'idée d'une cotisation générale et obligatoire. Le célèbre Patrick Henry * défen-

^ Patrick Henry, un des orateurs les [dus disUnguds de rAinérique^ fui, pendant longtemps, membre de la législature de Virginie, et à plusieurs reprises gouverneur de cet Etat. l\ fut de ceux qui s'opposèrent avec le plus de force aux prétentions de TAngleterro, et c'est lui qui dit un jour en pleine assemblée : « César a eu son Brutus, Gharleis 1*' son Gromwell, et Georges IIU. s — Trahieou ! Trabison ! s'écrie-t-on de diverses parties de la salle. — « Et Georges ni, continue l'orateur avec calme, et Georges III doit profiter de leur exemple. Si c'est là de la trabison, Messieurs, faites-en ce que vous voudrex. » — On a dît que, dans sa jemiesse, U Igelliia vers riecréduUté. U paraU^ au coolsaire, qu'il fut, dtekm» ferme-

CHAP. yiî. SÉPAIUT. DB L*ÉT. ET DB l'kCSL. ^

dait 9vep çhftlt^ur içs dçiix mesures. Alors reparut (lao3 rarènç 1^ presbytère de Hftqoyre qui s'opposait ca^ goriquemeot h I4 dernière de ces propositions» biep qu'elle fût aussi favorable à l'église presbytérienue qu'à toQ^ aptre- Mais sur le premier ppiqt ep discussion laiffarche du preshyière eut quelque çbone de yf^cili^nl, par la raison peut-être qu'il regardait coauni^ aasurô le succès des projets présentés à la législature^ et qu'il qe songeait qu'à oblenir I4 moins mauvaise loi possible. Quelques-uns attribuent ce pas rétrograde à ce que Palrjck Henry avait, dit-on, gagné par spu iu-^ fluence le révérend docteur Jobn B. Smilb, au des membres les plus distingués du presbytère.

Quoi qu'il en soit, il est sûr que l'acte d'iucorpo-^ ratioa passa dans l'assemblée à une forte majpritéi et

ment chrétien, et que, sur la fîo de sa yie, il eut une dévotion trts -prononcée. Il prenait fréquemment la sainte Cène, en s'y préparant par le Jeûne et en passant le jour entier dans la solitude, C'eat ce qu'il continua de foire lorsqu'il occupa la charge de gol^ vorneur.— Il était déjà fort âgé lorsqu'on parvint à l'engager à aocepter la députaUon 'au congrès, où de graves questions devaient se traiter. Dès qu'il parut devant les électeurs, il se vit entouré é'une multitude qui, dans son admiration , oe pouvait détourner ses yeux de dessus cç respcclablo citoyen, et l'adorait, pour ^iojû dire. Un prédicateur baptiste, dont la piété s'offensait de pareils hommages rendus à un mortel, crie à cette multitude : « Et pourquoi attachee-vous ainsi vos regards sur M. Henry t M. Henry n'est pas un dîau! a — «G'^st vrai, dit le magistrat chrétien, c'est vrai» mon amije suis un pauvre ver de lerre ; quelque chose d'aussi inconstant et d'aussi vain que l'ombre d'un nuage qui traverse nos champs et qui passe sans retour. » F/accent qu'il mit à ces paroles et Peipreasion de son visage touchèrent vivemi*nt les e<eur8 et firwt reotrer toutes les voix dans le iUeRce.

281 LA hbugion bn amériqcb. uv. m

que le bill en faveur d^une cotisation générale, après avoir été adopté en troisième débat, fut soumis à la sanction du peuple pour qu'il pût prendre force de loi.

Le jour même ou l'assemblée vota l'acte d'incorporation, elle autorisa la première lecture d'an bill portant la reconnaissance officielle de l'église épiscopale. Patrick Henry s'en constitua le promoteur. Ce bill avait pour effet d'assurer à cette église' tous les biens . qu'elle possédait jadis, non -seulement dans les paroisses o& elle avait des congrégations, mais encore dans celles où son existence n'était que nominale. Il lui garantissait d'ailleurs pour toujours la protection de l'Etat. Le bill passa dans l'assemblée, mais ce triomphe ne fut pas de longue durée. Le presbytère de Hanovre, se ravisant, prolesta contre l'acte de la législature, et celle-ci jugea convenable d'en suspendre l'exécution pour donner à l'opinion publique le temps de se manifester. Là-dessus arrivent dé tous les points de la Virginie des pétitions signées par plus de dix mrlle personnes. Une convention générale des églises presbytériennes se réunit. On y rédige une nouvelle adresse, et le révérend Smith, ramené par Texpérience à ses précédentes convictions, est chargé de la présenter lui-même et d'eu défendre les conclusions à la barre de l'assemblée. C'est ce qu'il fil trois jours durant. Dès ce moment l'affaire fut décidée et le plan primilif renversé.

Ce fut donc aux efforts combinés des presbytériens, des baplisles et des quakers qu'on dut la séparation

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de TEglise et de TËtat eo Virginie, ainsi que le rejet définitif du système par lequel l'Elal aurait fait les frais de tous les cultes protestauts.^ Jeff^rson, il est vrai y membre de la législature en 1776, les seconda de toutes ses forces; mais ce furent eux et non pas lui qui commencèrent le mouvement, et, grâce à leur persévérance, les églises, placées sur un pied d'égalité parfaite devant la loi, devinrent entièrement indépendantes du pouvoir civil.

La grande œuvre de JefTerson, en fait de législation religieuse, fut le célèbre acte en faveur de la liberté de conscience, acte formulé de sa propre main et sanctionné par la législature de Virginie en 1785.* Il n'y a, me semble-t-il, dans cette loi rien à quoi tout ami de la liberté ne puisse souscrire; mais les transports de joie qu'elle inspirait de temps en temps à son auteur, venaient moins de l'hommage qu'elle rendait aux principes éternels de la justice, qu'à l'espèce d'insulte qu'elle paraissait faire au christianisme. Selon les expressions de Jeiferson lui-même, on avait « couvert du même manteau le juif et le gentil, le chrétien et le mahométan, l'iudou et l'incrédule quel qu'il fût. »

^ A supposer que cette mesure eût été adoptée, on peut bien affirmer qu'elle eût fait, eu Virginie, le même mal qu'elle fit dans la Nouvelle- Angleterre, quand on conçut la funeste idée de l'essayer; car on n^aurait pu la restreindre aux seules communions évangéliques, et, de cette manière, on eût fourni aux unitaires et aux universalistes les moyens d'établir et de propager leurs doctrines.

* Voyez Appendice^ I.

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Telle est donc l'histoire de la sét)arati6D de TËlal et de TEgllto en Virginie.^ Si Ton veut atoir la date précise du motûedt où elle s'effectua, il faut remonter au 6 décembre 1776, puisque c'est alors que Furent rapportées les lois anciennes qui avaient consâisré l^union. Depuis ce roomeûl, il se fit, commeNon Fa vu, diverses tentatives pour obtenir les subsides de l'Etal en faveur de la religion, si ce n'est en favebr d'dne église ; mais elles finirent par échouer, à raison de l'injustice même des mesures qu'on proposait.

Il est probable que les discussions dont la Virginie fut le théâtre eurent du retentissement dans les Etals dont les circonstances étaient pareilles. On n'en a pas de preuves positives, mais tout porte à le croire. Aussitôt après la déclaration d'indëpetidadce, le Btaryland agita la grande question. Le Snovenobre 1776, la législature de cet Etat émit une déclaration de droits semblable à celle qui était émanée de l'Assemblée de Virginie quelques mois auparavant. Elle proclamait des principes devant lesquels l'union de l'Eglise et de l'Etat n'était plus possible. Toutefois, l'on eut soin de garantir à l'église épiscopale la propriété

* Taurais pu entrer dans plus de détails sur les mesures que provoquèrent les ennemis de Téglise épiscopale, afin d'enlever A ses ministres non-seulement leur existence U^galo, mais encore les biens-fonds qu'on leur avait jadis alloués; mais c'eût été m'éloigner trop longtemps de mon sujet. Ce fut en 1802 qu'on vendit les biens d cglise, et j'estime que la loi eu vertu de laquelle on le fit était réellement inconstitutionnelle. La manière dont on finit par traiter l'église épiscopale fut d'une violence que rien ne saurait excuser.

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desfôddsqui lui avaient été jadis assignés. Cette mè^ sare de justice n'a jamais été rêvôctuée, 0t te Mai7tand sW épargné de la sorte lès misérables discussions sur les biens d'église qui, en Virginie, ont Tait tant de mal à la religion et montré bon nombre d'individus sous un jour peu favorable.

Voici, d'ailleurs, en quels termes s'exprimait la déclaration de droits du Maryland : c Gotiime il y a devoir pour chacun d'adorer Dieu de la manière qu^il estime la plus agréable au Seigneur, tout individu qui professe le christianisme peut exiger, à l'égal des autres, qu'on protège sa liberté religieuse. En conséquence, nul ne sera molesté par la loi, ni dans sa personne, ni dans ses biens, à raison de ses opinions et de sa profession en matière de foi. Chacun pratiquera le culte qu'il jugera bon, à moins que, sous couleur de religion, il ne trouble l'ordre public, qu'il ne porte atteinte à la paix ou à la sûreté de l'Etat, qu'il ne fasse infraction aux lois de la morale, ou qu'il n'envahisse les droits naturels, politiques et religieux des autres citoyens. » Il était dit ensuite que nul ne poui'rdit se voir contraint à suivre ou à payer un culte qui ne serait pas le Èxen propre; Inais en mèmétedàps on reconnaissait à la législature le droit de lôVer un iôipôt équitable et général pour l'entretieii de la religion, moyennant la réserve expresse qu'en pareil cas tous ceux qui paieraient l'impôt auraient droit de désigner l'église à laquelle ils entendaient l'appliquer, et même s'ils le voulaient, il leur

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élail loisible d'exiger qu'il fût employé de préféreoce à l'enlretien des pauvres.*

Ce fut d'uoe manière toute semblable, et peu de temps après la révolution, que les législatures dcMenv- York, de la Caroliue du Sud, el, en un mot, celles de toutes les colonies où l'église épiscopale étail dominante, prononcèrent la séparation de l'Eglise et de l'Etal. Je ne sache pas que la crise y ait été accompagnée de circonstances qui vaillent la peine d'être signalées.

Mais il en est autrement de la Nouvelle- Angleterre, par la raison même que le principe des églises nationales s'y était plus fortement enraciné. Il fallut quarante années pour que l'exemple donné par la Virginie fût entendu au Connecticut. Jusqu^en 1816, le cougrégationalisme continua d'y être lui seul la religion de l'Etat. Mais, à celte époque, les épiscopaux, les baplisles, les méthodistes, les uni versai isles et d^uutres encore, se liguèrent contre l'église privilégiée, et ils obtinrent dans la législature une majorité favorable à leurs intérêts. L'on prononça l'abolition de l'ancienne contribution paroissiale. Il y eut bien toujours un impôt pour le culte ; mais chaque citoyen put en faire l'application à Téglise de son choix. Peu après, le New-Hampshire et le Maine adoptèrent ce système. Quant à l'Etat de Yermont, si je ne me trompe, Ml avait eu de tout temps quelque chose de semblable.

* Voir D' Hawk's, HiHory of ihe episcopal ehuttk in Mmqflmné^ p. 288.

CHAP. Vu. 8BPA1AT. DÉ L*BT. BT DB L*BOL. 3M^

' C'est le Massâchusets qui entra le dernier dans la bonite voie. Les pères de celte colonie, pleins de leurs idées théocratiquesy araient toujours vu atec orgueil la vigne du Seigneur entrelacer ses branches au sceptre du magistrat; ils se reposaient avec confiance sons cette ombre protectrice et ils ne cessaient de vanter les heureux fruits d'une telle union. C'est ainsi, par exemple, que, dans un style qui lui est propre, Cotton Mather parle non-seulement des avantages, mais encore de l'honneur et de la gloire d'une église nationale. « Les ministres de FEvangile , dit-il , passeraient mal leur temps s'ils ne devaient compter pour leur subsistance que sur les libres contributions du peuple. > « Par cela même , dit-il encore , que nos lois coloniales ont reçu la sanction de la couronne, elles sont lois de l'Etat. C'est par elles que le culte public est institué dans chaque plantation , que le ministre nommé par la majorité des habitants est envisagé comme le pasteur du lieu, et que le salaire dont on convient de rétribuer ses peines se lève sous forme d'impôt général. Eu conséquence, le ministre choisi par le peuple est réellement le mininre du roi, et non pas seulement le ministre de Jésus-Christ ; et le salaire qu*on lui paie, exigé des paroissiens au nom du roij est par le fait une pension qu'il tient du roi lui-même. » ^

Avant que la révolution éclatât, un acte spécial de

* Ratio disciplin»; or Faithfiil Account of tho Discipline professetl and pracUsed in the churches of Now-England, p. 20. I. 19

^ LA RBLIGION EN AlliRIQUB. LIV. Ul

la législature avait exempté les épiscopanx dp contribuer à l'eulrelien du culte paroissial, lueurs églises fureut légalement reconnues, et cales envisagea dès lors comme des paroisses, mais comme des paroisses qui ne se rattachaient pas à une circonscription territoriale. La constitution de 1780, tout en maintenant Tancien impôt du culte, permit à chacun de Tassigner à la société religieuse qu'il préférait; et toutefois, jusqu'en 181 1, les Cours de justice prononcèrent constamment que le ressortissant d'une paroisse quelconque ne pouvait disposer de sa cote d'impôt qu'en faveur d'un ministre appartenant à une paroisse reconnue par la loi. ^ Un statut de 1811, amendé en 1823, dispensa de la taxe paroissiale ceux qui présentaient une attestation authentique de leur affiliation à une autre église , lors même qu'elle n'aurait' pas la sanction de la loi ; mais, en droit et en fait, l'on ne cessa pas d'envisager comme membre de la paroisse officielle , c'est-à-dire, de Téglise congrégationaliste, tout individu qui n'appartenait pas à une société religieuse différente.

J'ai dit ailleurs les maux croissants qui naquirent 4e cet ordre de choses. ËnQn, les amis de l'Evangile, par où, j'eptends les chrétiens orthodoxes de toutes les dénominations, ouvrirent les yeux et réussirent à faire amender la constitution de l'Etat de manière à

1 Voir, pour plus de détails, un Sermon du révérend William Gogswell, docteur en théologie, sur la liberté religieuse, prêché le jour du jeune annuel du Massacbusets, 3 avril 1828. Bostoii.

CQup^T: k^.pialpfur lit rnfiUie. Il fallut pour o^ià^ trois anoé» da suite, obtenir rassentimeut de la législature, et c'est ofii qui eut lieu de 1831 à 1833.

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