‹ De la religion aux États-Unis dÁmérique (volume 2)Chapitre 63 sur 111 · LES FAITS · texte numérisé non relu

LES FAITS

Quand je parle de l'esprit religieux du gouverne* ment américain , j'entends qu'il y a dans les hommes qui le composent assez de christianisme pour que leurs actes s'en ressentent; ou , si l'on veut , j'entends par là qu'en Amérique le pouvoir ne manifeste pas un esprit ouvert d'opposition à l'Évangile. Notre gouvernement est chrétien comme le sont celui d'Angleterre et

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ceux des divers États de la chrétienté. Ce n'est dono pas dire que tous ses actes soient en parfaite barmo-» nie avec les exigences du christianisme. Hélas ! où trouver un corps politique dont on puisse affirmer qu'il est chrétien dans le sens strict de ce mot? Mais prenant la chose comme l'entend tout le monde » j'ose assurer qu'en ceci notre gouvernement central ne le cède point aux autres gouvernements^ et je ne crains pas d'en appeler aux faits.

D'abord , nos autorités fédérales sont les premières à donner l'exemple du respect pour te sabbat. Ce jour-là y toutes les affaires publiques sont suspendues, sauf en cas d'extrême nécessité; ni le congrès, ni les cours de justice ne tiennent leurs séances;* les douar nés et les bureaux de l'administration demeurent fermés toute la journée. Je ne pense pas qu'il y ait, sous ce rapport, de pays où l'influence religieuse se fasse sentir plus complètement.

Ce qui montre mieux encore l'esprit chrétien du gouvernement des États-Unis, ce sont les proclamations qui» à diverses époques, invitèrent le peuple à célébrer des jours de jeûne et de prières, dans les calamités nationales , comme aussi des actions de grâces publiques après quelque grande délivrance. Pendant la guerre de la révolution , il ne se passa pas une seule

* Qutud la fin d'une sesBion tombe sur le samedi , il arrive quel> quefois que le congrès siège bien avant dans la nuit et jusqu'au dimanche matin; mais cela n'a jamais lieu qu'il ne soit vertement repris par les journaux religieux et môme par plusieurs journaux politiques.

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année sans que le congrès ftt aux églises un appel de celte nature, «afln, disait-iUde confesser et de pleurer tout d'un cœur nos nombreuses transgressions, et d'apaiser, par les mérites et la médiation de Jésus- Gbrist, le juste déplaisir de Dieu. » Bien plus, quelques mois après une proclamation semblable , il en parut une où le congrès recommandait avec les plus vives instances (c à tous les citoyens des États-Unis, et particulièrement aux ofûciers civils et militaires, d'ouvrir, leur cœur à la repentance et de réformer leur vie, en les invitant d'ailleurs expressément à observer d'une manière stricte les lois qui interdisaient les jurements et la débauche. » Et voici le langage remarquable qu'il tenait en 1777 : «Que tout ce qu'il y a d'honnêtes gens dans la nation unissent leurs cœurs et leurs voix pour rendre leurs actions de grâces à Dieu et se consacrer au service de leur bienfaiteur suprême; qu'ils joignent au témoignage de leur reconnaissance la confession des nombreux péchés par lesquels ils se sont rendus indignes de toute grâce , et qu'ils demandent instamment à Dieu de les mettre loin de son souvenir par les mérites de Jésus-Christ. Que de cette manière il plaise à Dieu de répandre sa bénédiction sur les gouvernements des États particuliers et sur le conseil général de la nation, d'inspirer aux commandants de nos forces de mer et de terre et à tous ceux qui sont sous leurs ordres l'habileté et la valeur qu'il leur faut pour donner à notre pays les plus grands de tous les biens : l'indépendance et la paix ! Qu'il lui plaise aussi de faire prospérer notre commerce, notre

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tflduslrie et les travaux de uos agriculteurs, de sorte que le peuple des Ëlals-Uois ne cesse de 8'accrottre^ Qu'il daigne prendre sous sa direction palemelle les écoles et les séminaires, sans lesquels les principes de la vraie liberté, de la vertu et de la piété ne sauraienl avoir leur développement ! Qu'il bénisse enBn tout ce qu'on fait pour élândre le royaume qui consiste dans la justice, et la paix et la joie par le Saint-Esprit I *■ — En 1779, au nombre des objets sur lesquels le congrès appelait les prières du peuple, nous remarquons oelui-ci : « Demandez à Dieu qu'il accorde à soo Eglise de riches effusions de sa divine grâce, et qu'il répande son Saint-Esprit sur tous les ministres de l'Ëvaogile. Demandez-lui qu'il bénisse tout ce qu'on entreprend pour l'éducation, et qu'il répande jusqu'aux exirémilés de la terre les lumières de la foi cfarétieBDO. »

Nous retrouvons un tangage pareil dans les proclamations de 1780 , 1781 et 1782. Tel fut donc l'esprit qui anima nos conseils durant la guerre de la révolution. Quand la constitution fut entrée en vigueur , le pouvoir central continua de provoquer des jours de jeûne public dans toutes les circonstances difficiles, et c'est ce qui eut lieu surtout eo 1812 , au moment o6 éclata la guerre avec la Grande-Bretagne. Puis , au retour de la paix, le congrès exprima le vœu que les églises célébrassent un jour d'actions de grâces, et la président Madison s'empressa de le leur recommander. Et s'il est vrai qu'à l'exemple de Jefferson, le général Jackson , durant sa présidence, ne se crut pas

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autorisé par la constitution à promulgaer une solenoilé religieuse ^ et qu'il reruëa de le faire dans tme circonstance qui semblait le réclamer hautement, le président actuel, M. Tyler, n'hésita pas un instant à proclamer un jeûne lorsque mourut si inopinément le président Harrison. Jamais solennité ne fut célébrée avec plus d'unanimité. La nation tout entière sembla comprendre qu'en lui étant Thomme qu'elle venait d'élever, avec un si grand enthousiasme, à la première magistrature du pays , le Seigneur avait yooIo lui crier de ne pas mettre sa confiance dans le bras de la chair.

Pour revenir à mon sujet, le congrès ayant récenn ment autorisé la création d'aumôniers pour nos aN> mées de terre et de mer , on eb compte maintenant vingtK)inq dans la marine et vingt dans les principales garnisons, outre celui de l'Ëcole militaire de West- Point. Les premiers, choisis par le ministre de la marine , sont généralement assez mal qualifiés pour leur office ; quant aux seconds , ce sont les plus anciens offi« ciersdel'armée qui les nomment. Et bien que noasayoos plusieurs commandants pieux qui réunissent leurs sol' dais en assemblées d'édification, il u'est pas douteux que le personnel des aumôniers ne fût meilleur, surtout dans la marine, si Ton en confiait la nomination à quelque société religieuse. Quoi qu'il en soit, on voit que le congrès n'abjure pas le christianisme. Ce qui Tatleste encore, c'est qu'il a deux chapelains, l'un pour le sénait, et l'autre pour la chambre des repré^ seutanls. Ces chapelains ouvrent chaque séance parla

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prière, et, tous les dimanches, à midi, iisprêcherrt alterDalivement dans la salle des représentants, de^ vant les deux chambres réunies.

Je ne crains pas de dire , après cela, que la politique générale des États-Unis porte le cachet du christianisme. Nous avons toujours préféré la paix à la guerre; et nous avons constamment fait effort pour mettre, dans nos relations avec les autres peuples, de rintégrité et de la bonne fbi , sans astuces diplomatiques. A peu d'exceptions près, le pouvoir a fait ce qu'il devait relativement aux Indiens des frontières, et dans les occasions où il s'est attiré le blâme , il n'est pa$ aisé de dire qu'il eût pu se conduire autrement. Une ou deux fois peut-être , pour éviter la guerre civile , il ne les a pas protégés avec toute l'activité désirable contre leurs impitoyables oppresseurs ; mais , en gé-* néral, on peut affirmer qu'il les a traités avec dou-^ ceur et bienveillance. Depuis le temps de Washington jusqu'à ce jour, le gouvernement n'a cessé de vouloir la civilisation des Indiens; il a fait pour cela des dépenses considérables , el il seconde nos sociétés de missions par des moyens qui, pour être indirects, n'en sont pas moins efficaces. Mais j'aurai à revenir sur ce sujet, comme sur celui de l'esclavage.

Si de la politique générale je passe à l'ordre judiciaire, je rencontre quelques institutions qui dénotent hautement un esprit religieux. Ainsi, tout homme qui professe l'athéisme n'est pas admis à prêter serment. Pour que le témoignage d'un individu soit valable, il faut qu'il déclare sa foi en une vie à venir de

récompenses et de châlimeots, et le serinent se solennise en posant la main sur la Bible.

Enfin , je ferai remarquer l'empressement avec lequel le congrès a concédé de vastes terrains en faveur d'académies , d'asiles pour les sourds-muets et d'hôpitaux, bien qu'il sût que ces établissements seraient sous la direction de chrétiens prononcés, et qu'il ne pût pas douter que ces chrétiens n'y fissent^ autant que possible, prévaloir leurs convictions religieuses.

Yoilà suffisamment de faits, je pense, pour prouver que, si la constitution fédérale remet aux États particuliers le soin exclusif des choses de la religion, le gouvernement central ne s'y montre toutefois ni hostile, ni indifférent; et c'est ainsi qu'il en sera aussi longtemps qu'un certain nombre de nos hommes publics auront pour la religion le respect qu'ils lui témoignent maintenant. Or, ce respect est d'autant plus remarquable qu'il découle nécessairement du cœur. Ce n'est pas par intérêt pour une église nationale que nos magistrats montrent quelque zèle. Du reste, la religion , chez nous , n'a d'appui qu'en elle-même , et il ne lui en faut pas d'autres. Ce n'est point inutilement qu'elle sollicite le respect et l'atTection. Il est bon nombre de législateurs de la nation qui appartiennent à nos églises , ou qui, sans en être membres actifs, les défendent chaudement. Je pense d'ailleurs qu'il en est peu qui rejettent décidément le christianisme ou qui n'entrent jamais dans le sanctuaire du Très-Haut, le jour du sabbat.*

* En absorbant l'idée de religion dans celle d'église, et à son toiir

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