CHAP. VI. REDRESSEMENT DE QUBLQDES ERREURS
des deux sexes fréquentent des écoles communes. Même en beaucoup de districts, ils sont déjà grands qu'ils continuent d'aller ensemble à l'école, durant la mauvaise saison. Or, je ne crains point d'affirmer qu'il n'en résulte pas tous les inconvénients qu'on pourrait croire. 11 est, au contraire, en Europe des pays, que j'évite de nommer , où l'on n'en agirait pas ainsi sans compromettre sérieusement les mœurs de la jeunesse : plusieurs y trouvent môme dangereux de confier à des hommes l'enseignement des grandes filles.
11 y a quelque chose d'étrange, disons-le, à voir de qui nous viennent quelquefois des leçons de morale. Un de ces Européens qui a bien voulu nous faire visite, a publié sur l'Amérique trois ou quatre volumes où il s'efforce de représenter toutes les villes des Etats-Unis comme des foyers d'infamie. Et voilà qu'un jour, dînant chez un particulier de Philadelphie, il se vante d'avoir vu la moitié des mauvais lieux de la ville de New-York, en ajoutant que sou intention était de faire connaissance avec les autres, lorsqu'il retournerait dans cette ville ; par pure curiosité, disaitil! — Un jeune homme qui habite à cent milles environ de la contrée où j'écris cet ouvrage, avait passé deux ans aux Etals-Unis. De retour dans sa patrie, il ne pouvait assez déclamer contre l'irréligion des Américains, accusant les négociants de Philadelphie, et entre autres ceux qui appartiennent au corps respectable des quakers, d'être extrêmement relâchés dans leurs mœurs et peu fidèles aux relations conjugales. Or, ce même jeune homme se vantait d'avoir donné une bail. 30
gatelle a un chef indien, en échange de sa fille, puis de l'avoir éconduite, sans autre forme de procès, après trois mois de cohabitatiou. La perversité de tels hommes est moins étonnante que l'insolence avec laquelle ils osent calomnier, comme ils le font, tout un peuple bien meilleur qu'eux. Mais c'est ainsi qu'il en ira toujours. Les mécban ts cherchent à couvrir leur honte, en accusant les autres des crimes mêmes dont ils se rendent coupables. 1
Ne dit-on pas aussi que les Américains n'exercent aucune discipline sur leur famille, et que leurs enfants croissent dans l'insubordination, l'orgueil, l'insolence, le manque de respect pour la vieillesse et pour l'autorité paternelle ! C'est encore sur le témoignage des étrangers qu'on nous juge de la sorte, comme si les étrangers pouvaient être réellement au fait de la vie intérieure de nos maisons ! ou bien c'est d'après les pauvres échantillons de quelques familles américaines qu'on a pu voir en Europe. Peut-être aussi conclut-on qu'il doit en être ainsi dans une république , apparemment parce que les institutions américaines n'exigent pas la subordination , si même elles la souffrent ! Que répondre à tout cela? Sans doute qu'en Amérique,
1 Cependant les Etatâ-Uuis n'ont pas été calomniés de tout le monde, et si, par exemple, M. de Toqueville peut quelquefois être récusé par eux, ce n'est pas quand il déclare en termes formels que «les Américains sont un peuple fort religieux » (3 e Part., ch. IX), et quelques pages plus loin, que dans l'Amérique du Nord « les mœurs sont inOniment plus sévères que partout ailleurs. » « 11 est évident,» ajoute-t-il, « que, sur ce point, les Américains « sont très-supérieurs à leurs pères les Anglais. » ( Traducteur. )